10 janvier 2010
Riesling 2007

1. Prologue
Après avoir tenté, l’an passé, une premier expérience sur les rieslings du millésime 2006, plusieurs membres belges actifs du forum LPV, entourés d’autres passionnés ont décidé de remettre le couvert pour le millésime 2007 avec toujours en tête de dégager les différences entre les terroirs, les pattes des vignerons, tout en tentant de cerner ce millésime avec son acidité, ses sucres résiduels et son aromatique complexe. On nous dit depuis des lustres, attention, chaud devant, grand millésime… in vitro Veritas …pour… 32 vins !
Après un rappel du millésime et les appréciations des vignerons eux-mêmes sur le millésime, ce dossier vous propose les cartes d’identité des vins proposés en dégustation assortis de mes commentaires de dégustation eux-mêmes, commentaires qui seront sûrement controversés par mes joyeux camardes de ce marathon vinique, à moins que parler de 32 vins les inquiète un tantinet (J'avoue y avoir passé tout mon week-end). Ces commentaires persos sont suivis des impressions générales des dégustateurs sur le millésime sa façon d’exprimer le terroir et leur avis sur l’influence des sucres résiduels (SR). Je tiens à les remercier tout particulièrement pour leur aimable collaboration, tout comme tous les vignerons qui n'ont pas lésiné à me fournir toute l'info souhaitée..
2. Petit rappel du millésime
Le millésime 2007 alsacien est totalement hors norme.
Le débourrement des vignes a été très précoce à la suite d’un printemps exceptionnellement sec et chaud. On était dans une situation assez comparable avec 2003 jusqu’au débourrement. Puis, tout s’est passé comme si l’été avait remplacé le printemps avec une floraison terminée le 25 mai. (Du jamais vu selon André Ostertag).
En revanche, les mois d’été ont été les plus frais (températures rechutant autour des 20° et souvent moins) et les plus pluvieux des 50 dernières années (279 mm d’eau du 28 mai au 24 août) et le cycle végétatif s’en est trouvé sensiblement rallongé. Ces conditions auront stressé largement les vignerons, propices qu’elles étaient aux maladies comme le mildiou et l’oïdium.
Les vendanges se sont dès lors déroulées à partir de la mi-septembre, leur point caractéristique le plus important étant qu’à l’humidité de l’été ont succédé de très belles conditions avec des températures plus élevées et surtout un climat plus sec, avec un peu de vent et des nuits suffisamment fraiches.
Si , certains vignerons, inquiets de la situation de 2006, ont préféré attendre le moins possible pour éviter des pluies éventuelles, les plus courageux ont attendu et ont été largement récompensés Si, par exemple, le domaine Weinbach a commencé ses vendanges le 6 septembre, les riesling du Schlossberg l’ont été le 12 octobre.
Cette longue période de maturation avec des conditions optimales de vendange permet au millésime 2007 de proposer de belles structures, une superbe acidité, le long cycle végétatif permettant le développement d’arômes complexes et profonds.
Hormis certaine parcelles près de Bennwihr détruites par un orage terrible le 20 juin, l’état sanitaire était excellent durant toutes les vendanges.
Finalement, les vendanges se sont terminées début novembre avec très souvent de très grandes VT et SGN.
2007 est sans nul doute un très beau millésime. Olivier Humbrecht a dit « Que rêver de mieux ? » … 2008, peut-être ?
3. Questions aux vignerons
La première question a pour but de percevoir comment le millésime 2007 reste interprété alors qu’un autre millésime de grande qualité, le 2008, est passé derrière.
La seconde question a pour but de confronter les vignerons à la question des sucres résiduels qui ont naturellement accompagné ce millésime 2007.
Avec 2008, 2007 est annoncé comme un très beau millésime de garde. Confirmez-vous avec le recul tous les espoirs qu’on mettait en lui, il y a deux ans ?
Frédéric Bernhard : Oui mais 2007 semble plus prêt à boire après 2 ans de bouteille que les 2008, plus stricts. (Arrière-saison plus chaude en 2007 qu'en 2008).
Laurence Faller : Je crois au final que 2007 est un millésime fantastique. De beaux arômes, des belles maturités et des acidités bien marquées produisant des charpentes racées et bien équilibrées. Rendement moyen du millésime au Weinbach : 36 hl/ha.
Florian Hartweg : Oui, 2007 a offert la possibilité de produire des vins très mûrs tout un gardant un bel équilibre. Ce millésime est également très grand pour les VT/SGN, grâce à la formidable arrière saison.
Thierry Kientzler : Nous sommes particulièrement heureux du millésime 2007. Il confirme le potentiel entrevu pendant les vendanges. Je le considère comme particulièrement représentatif de ce que l’Alsace peut produire de meilleure en général et en Riesling particulièrement.
Antoine Kreydenweiss : Le millésime 2007 est un très beau millésime, des vins droits, peu de sucres résiduels, concentrés, qui portent les caractéristiques de leur terroir. Wiebelsberg a des notes très complexes d'épices (clous de girofle) et reflète bien la douceur du grès rose, Kastelberg est très sphérique, d'une grande puissance aromatique, propre au terroir de schiste, droit comme un I et long très long en bouche.
Sébastien Mann : Effectivement nous confirmons que les millésimes 2007 et 2008 sont des millésimes de grande garde. Il y a bien sûr l'effet millésime qui a beaucoup joué, avec de très belles arrières saisons, mais il ne faut pas oublier que les rendements pratiqués, ainsi que tous les travaux culturaux en amont sont des éléments très importants pour garder de belles acidités et exprimer pleinement le terroir. Tous ces éléments vont alors rentrer en compte pour obtenir un vin de millésime de grande garde.
Pour le Domaine la distinction de ces deux millésimes va plutôt se ressentir par le biais de l’élevage sur lie fine qui a été plus long sur les vins 2008 car les mois de juin et juillet était plus frais et donc les vins ont pu rester plus longtemps en cuve avant la mise en bouteille. Le millésime 2008 montre alors plus de gras.
Félix Meyer : Je pense que 2007 sera un millésime de longue garde en riesling, les vins étaient fermés (voir légèrement réduits) pendant l'élevage et après la mise, ils commencent tout juste à s'ouvrir. Ils ne sont jamais passés par un stade fruit comme par exemple les 2004. Ainsi je pense que les 2007 exprimeront un caractère minéral assez fort d'ici quelques années (trois à quatre ans), peut être plus fort que les 2008 qui sont plus vif, cristallin, pur et qui resteront d'un caractère jeune très longtemps.
André Ostertag : Pour moi 2007 est définitivement un grand millésime car son cycle de maturité est tout simplement exceptionnel. En effet la fleur a battu tous les records de précocité (28 Mai), l'été frais et humide a ralenti jusque ce qu'il faut le cycle pour ne pas répéter le cauchemar de 2003 et l'automne a été un long été indien permettant une maturité lente et parfaite sans pluie ni pourriture. Ce cycle de 120 jours au lieu des 100 habituels a permis une patine exceptionnelle des maturités doublée d'une pureté rare.
Etienne Sipp : Oui je confirme les espoirs mis dans ce millésime. J’ajoute que en 2007 il y a eu peu de stress pour la vigne et cela se ressent sur l’expression assez « délurée » et « bien dans ses baskets » des vins.
Vincent Stoeffler : Concernant cette question, je pense que 2007 est un millésime comparable à 2001, c'est à dire de la belle pourriture noble sur la plupart des cépages, une grande maturité en général, donc des vins riches, bien équilibrés, mais plus tendres que les 2008. Ces derniers n'ont eu que peu de botrytis, des acidités plus fermes, un peu plus austères dans leur jeunesse, mais qui promettent beaucoup. En conclusion, 2 grands millésimes, mais tout de même différents, les 2007 plus adapté au "grand public" les 2008 pour ceux qui aime le côté plus tranchant et plus frais.
Avez-vous retrouvé les caractéristiques habituelles des rieslings (effet terroir) ou y-a-t’il un effet millésime plus marqué où la présence de sucres résiduels peut interférer ?
Frédéric Bernhard : La rondeur plus importante sur les 2007 semble due à une présence de pourriture noble plus importante (10-15 %).
Jean Boxler : 2007 et 2008 sont deux très beaux millésimes en particulier pour la définition des vins, je pense que pour les vins secs et avec sucre résiduel la lecture des terroirs est assez évidente.
Florian Hartweg : Je pense que ce vin représente bien son terroir, même si il est clair que ce vin est plus riche et concentré que les millésimes voisins. Au stade actuel, les sucres vont certainement interférer dans votre dégustation, mais la forte salinité, l’acidité et les beaux arômes me font penser que d’ici un an, on ne les ressentira plus.
Sébastien Mann : Les sucres résiduels restent très faibles pour ces deux millésimes sur nos rieslings, car l’image que nous souhaitons faire passer est sa caractéristique gastronomique.
André Ostertag : Les effets terroirs ont été plutôt renforcés car la vigne n'a pas eu un cycle perturbé et les raisins indemnes de pourriture ont gardé leur éclat naturel sans voile de botrytis.
Mes riesling 2007 n'ont pas eu trop de problème pour fermenter leurs sucres, c'est sans doute lié à l'absence de pourriture qui a moins bloqué les fermentations donc dans mon cas je ne trouve pas que la sucrosité est un problème. Par contre les pinots gris ont gardé plus de sucre que d'habitude car ils avaient des degrés naturels plus hauts.
Jean-Pierre Rietsch : Les vins de 2007 se caractérisent par leur très grande richesse en sucres. L’effet millésime est indéniable et je considère que nous avons atteint là des limites de maturités maximales, pour parvenir malgré tout à des équilibres de grands vins blancs « secs ».
Etienne Sipp : Les sucres sont entrain d’être digérés à grande vitesse par le Kirchberg. Bientôt on ne les notera quasiment plus. Oui l’effet terroir est bien marqué sur ce millésime. Ces vins se présentent en effet avec les caractéristiques respectives des terroirs.
Vincent Stoeffler : Les sucres résiduels sont un problème si on les retrouve sur des petits vins qui manquent de structure. Pour les grands vins, il n'y a pas de problème, éventuellement il faut attendre quelques années pour que les sucres s'intègrent mieux dans le vin. Ce sucre n'interfère pas sur l'effet terroir, d'autant plus que généralement on reste en dessous de 10 à 12g. Je dirai plutôt que quelques grammes rajoutent de la complexité au vin.
Le plus souvent chez les bons producteurs, ces sucres ne sont pas toujours voulus, mais les Riesling en particulier sont des vins qui fermentent très difficilement dès que l'on dépasse les 13° naturels, ce qui est pratiquement toujours le cas.

4. La dégustation
L’équipe de dégustation est très semblable à celle constituée pour son équivalent pour les rieslings 2006, soit Luc Javaux, Marc de Wolf, Frank Van Den Bulcke, Alfonso, Hédoniste, DidierD, Peterka, Laurent Labouré, Jacques Gorissen, Jef Heering et Patrick Böttcher. Les vins ont été débouchés en début d’après-midi et conservés au frais après avoir été vérifiés. Ils sont servis à l’aveugle par paire ou triade, selon leur apparentement au terroir, si possible, tout en tenant compte des acidités et surtout des sucres résiduels à la mise.
Avant les commentaires proprement dits, une petite carte d’identité des vins est donnée. De nombreux vignerons ont contribué à établir cette liste de données. Celle-ci devrait s’avérer utile tant pour les dégustateurs que pour les lecteurs qui tentent de se retrouver dans les commentaires. Le prix émane de nos données propres, aucun vin n’ayant été fourni par les domaines comme échantillon.
En détails...
4.1 : Bas-Rhin

1. Grand Cru Kastelberg (Bas-Rhin) - Dom. Marc Kreydenweiss - Antoine Kreydenweiss
Terroir : Schistes stratifiés de Steige (240-315 mètres - village apparenté : Andlau)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13% ; SR : 3,1 g/l ; Rendement 30 hl/ha
Evolution probable : garde de 10 à 20 ans
Prix d’achat : 37,5 euros (domaine)
La robe est dorée avec une intensité soutenue. Le nez s’ouvre très vite, d’abord sur des notes florales, puis se complexifie pour évoluer sur des fruits blancs et de la pomme. Une fine pointe d’alcool est perceptible. La bouche est droite, menée d’emblée par une acidité caracolante puis le tout se centre sur de la pierre. Ce côté minéral persiste en finale, longuement. Globalement, le vin actuellement paraît extrêmement austère, donc difficile à comprendre pour tous mais la matière est là, indéniablement. A revoir dans 5 ans.
Note personnelle : 15/20
Note moyenne du groupe : 13,4 +- 1,4/20 – rang : 30e
2. Grand Cru Wiebelsberg (Bas-Rhin) - Dom. Marc Kreydenweiss - Antoine Kreydenweiss
Terroir : Grès rose et sable en profondeur (227-320 mètres - village apparenté : Andlau)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.5% ; SR : 6,2 g/l ; Rendement 40 hl/ha
Evolution probable : garde de 10 à 15 ans
Autres remarques : élevage de 15 mois en foudre
Prix d’achat : 37,5 euros (domaine)
La robe est jaune-vert avec des reflets dorés. Le nez est puissant d’emblée complètement sur des notes pierreuses (pierre à fusil) et grillées. On retrouve aussi plus de fruit (citrus) qui donne plus d’opulence à ce vin par rapport au Kastelberg. La bouche rappelle le nez avec, en plus des notes miellées qui apportent une rondeur agréable à la structure toujours sur la droiture où l’acidité règne en maître. La finale est cohérente avec le milieu de bouche, d’une belle longueur avec une buvabilité plus importante que pour le premier vin, ce qui plaît plus au groupe.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,6 +- 1,3/20 – rang : 23e
3. Grand Cru Frankstein (Bas-Rhin) - Dom. Beck-Hartweg - Florian Hartweg
Terroir : granite rose à deux micas déchiqueté (200-340 mètres - village apparenté : Dambach)
Agriculture : Bio (Tyflo) en conversion en biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 12.8% ; SR : 9 g/l ; Rendement 45 hl/ha
Evolution probable : trouvera son équilibre dans 1 an environ, optimum dans une dizaine d’années.
Autres remarques : Vendangé le vendredi 5/10 par temps nuageux ; Excellent état sanitaire.
Prix d’achat : 10 euros (domaine)
La robe est jaune-vert sans défauts et le nez est très fermé. Après une assez longue aération, fruits exotiques et arômes pierreux apparaissent. La bouche est moins marquée par l’acidité, en fait, elle paraît plus grasse, plus sur le fruit avec une légère impression de sucres résiduels. La longueur est appréciable mais globalement chaque élément du vin paraît encore trop peu intégré, cela par rapport aux deux premiers vins. Effet de séquence ou perception objective… A revoir évidemment…
Note personnelle : 14,5/20
Note moyenne du groupe : 14,2 +- 0,8/20 – rang : 25e

4. Grand Cru Zotzenberg (Bas-Rhin) - Dom. Jean-Pierre Rietsch - Jean-Pierre Rietsch
Terroir : marno-calcaro-gréseux (225-310 mètres - village apparenté : Mittelbergheim)
Agriculture : Bio
Données analytiques : Alcool acquis : 14,3% ; SR : 9,2 g/l ; acidité 6,5 g/l en acide tartrique ; rendement : 60 hl/ha
Evolution probable : garde potentielle : 10 ans et plus
Prix d’achat : 12 euros (domaine)
La robe est jaune-vert assez soutenu. Le nez d’abord fermé s’ouvre ensuite sur des fruits blancs et des notes florales assez complexes surajoutées d’une pointe de balsamique. La bouche est structurée sur deux axes, acidité et rondeur, cette dernière étant caractérisée par un fruit très frais. Cela est particulièrement perceptible sur la finale que j’apprécie beaucoup. A l’inverse du Frankstein qui me paraissait plus dissocié, ce Zotzenberg me paraît bien plus uni.
Note personnelle : 15/20
Note moyenne du groupe : 14,8 +- 1,6/20 – rang : 22e
5. Grand Cru Muenchberg (Bas-Rhin) - Dom. Ostertag - André Ostertag
Terroir : Sédiments volcaniques et grès en décomposition (235-314 mètres - village apparenté : Nothalten)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.2% ; SR : 8g/l ; Rendement 47 hl/ha ; acidité : 7,3g/l en ac. tartrique.
Evolution probable : à boire de 2012 à 2020… et plus
Prix d’achat : 28 euros (domaine)
La robe est jaune-vert clair sans défauts. Le nez est bien ouvert, splendide de complexité où s’entremêlent floral, fruité (assez citrique) et minéralité, le genre de truc où on prendrait bien un fauteuil, rien que pour humer et rehumer à l’infini. La bouche est aussi d’une grande complexité, tout en harmonie entre la fraicheur et le fruit. La finale est d’une énorme longueur, très marquée par le fruit. Oui, j’ose dire que ce vin est l’archétype de ce que j’apprécie tant en Bas-Rhin où la finesse rencontre si bien la complexité. À noter que mes petits camarades à commencer par mon influent voisin de droite ne sont pas de mon avis, ils s’expliqueront bien par la suite, moi, je persiste et je signe.
Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 15,3 +- 1,2/20 – rang : 15e
6. Grand Cru Kirchberg de Barr (Bas-Rhin) - Dom. Stoeffler - Vincent Stoeffler
Terroir : Marno-calcaire du Muschelkalk (calcaire à oolitique et coquillé), riche en cailloutis (217-347 mètres - village apparenté : Barr)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.8% ; SR : 12g/l ; Rendement 45Hl/Ha ; acidité: 6.4g en acide tartrique.
Evolution probable : à boire dès maintenant jusque 2020/2025
Autres remarques : forte pente exposée Sud-Sud Est
Prix d’achat : 15,5 euros (domaine)
La robe est jaune-vert clair brillant. Au nez, on retrouve beaucoup de puissance avec des notes de menthol, puis balsamiques et enfin des fruits jaunes.
L’attaque est très vive, à la limite du perlant, mais on retrouve très vite un bel équilibre sur une très grosse structure où la minéralité et les épices dominent. La longueur est au diapason, et malgré son résiduel analytique important, le vin paraît complètement sec. Si je n’étais pas encore complètement sur le charme du Muenchberg, j’aurais à mon avis été plus généreux avec ce vin qui est vraiment excellent.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 15,9 +- 0,8/20 – rang : 12e
Petite remarque à ce stade :
On parle toujours de l’objectivité et de la subjectivité de ce type de dégustation. Il est un fait que tout cela reste terriblement « humain ». Une application de cela lors de cette dégustation est le fait que le niveau de cotation (pas vraiment le mien) a démarré assez bas, comme si les vins suivants ne pouvaient être que meilleurs alors qu’on avait bien spécifié que les 6 premiers vins représentaient le Bas-Rhin. Les premiers contacts papillaires avec l’acidité du millésime expliquent aussi cette tiédeur, particulièrement, pour moi, avec le Kastelberg, totalement sous-estimé personnellement probablement à cause du premier contact avec cette lame de fraicheur combinée à un style très droit.
4.2 Haut-Rhin

7. Grand Cru Pfersigberg (Haut-Rhin) - Dom. J.L. & F. Mann - Jean-Louis et Fabienne Mann
Terroir : Marno-gréseux avec un socle calcaire (222-348 mètres - villages apparentés : Eguisheim et Wettolsheim)
Agriculture : Bio
Données analytiques : Alcool acquis : 13.5% ; SR : 6 g/l ; Rendement 36 hl/ha ; pH : 3.09
Evolution probable : garde de 10 à 15 ans
Prix d’achat : 15,5 euros (domaine)
Le vin propose une robe jaune-vert très clair. Le nez est très net, droit, marqué par les aromes citriques (citron, pamplemousse) à la limite de l’impression de volatile. En bouche, on a actuellement un monolithe de fraicheur minérale avec le rappel des aromes citriques assez fulgurant… trop peut-être… On a une impression de jeunesse dissociée qui prime, et si la minéralité n’était pas présente, on aurait tendance à dire « variétal ». A revoir, évidemment, parce que cela reste concentré, pur et sans défauts.
Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 13,6 +- 0,6/20 – rang : 29e
8. Grand Cru Pfersigberg (Haut-Rhin) - Dom. Paul Ginglinger - Michel Ginglinger
Terroir : Marno-gréseux avec un socle calcaire (222-348 mètres - villages apparentés : Eguisheim et Wettolsheim)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13% ; SR : 6g/l ; pH : 3,05 (8,3 g/l en ac.tartrique) ; rendement : 50 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2012-2020
Prix d’achat : 12,5 euros (domaine)
On retrouve la robe du premier Pfersigberg mais le nez diffère d’emblée. D’abord fermé, il s’ouvre ensuite sur une aromatique plus complexe qui rappelle l’orange en fruit et en écorce ainsi que le miel. La bouche est droite marquée par un équilibre plus qu’intéressant entre l’acidité tranchante et l’opulence du fruit, tout en restant sec, surtout sur la très belle finale, explosion de fraicheur.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,3 +- 0,8/20 – rang : 24e
9. Grand Cru Eichberg (Haut-Rhin) - Dom. Emile Beyer - Christian Beyer
Terroir : Argiles gréseux (220-350 mètres - village apparenté : Eguisheim)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13%, SR : 14 g/l, rendement : 41 hl/ha
Evolution probable : garde jusqu’en 2020
Prix d’achat : 13,5 euros (domaine)
Autre vin, autre mœurs…. Sur la série d’Eguisheim, cet Eichberg se démarque nettement. La robe paraît d’emblée plus dorée, et le nez confirme qu’on est sur une expression plus évoluée, très aromatique où on retrouve à nouveau de l’orange mais nettement plus confite, ici, associée à plus de minéralité que le vin précédent. La bouche confirme la richesse avec un moelleux plus lisible, même s’il est considérablement rafraichi par l’acidité, saillante. La longueur est aussi marquée par le côté plus rond du fruit. Et comme il fallait un peu s’y attendre ce vin plaît énormément au groupe : certes équilibre et matière lui accordent pleinement ce jugement mais il me paraît indéniable, à ce stade, que le résiduel, plus important, même s’il n’est pas tactile, aide énormément à la sensation d’harmonie du vin (phénomène déjà rencontré avec le 6e vin). Un très bel Eichberg, tout de même, loin de certains vins pâteux qui caractérisent souvent l’appellation.
Note personnelle : 15,5/20
Note moyenne du groupe : 16 +- 0,8/20 – rang : 10e

10. Grand Cru Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Weinbach - Colette, Laurence et Catherine Faller
Terroir : Granite en décomposition, granite de Thannenkirch et migmatite de Kaysersberg (235-430 mètres - villages apparentés : Kientzheim et Kaysersberg)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13,5% ; SR : 4,5g/l ; pH : 3,08 (8,3 g/l en ac.tartrique) ; rendement : 31 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2010-2020
Prix d’achat : 24,5 euros (domaine)
La robe est jaune-vert assez clair. Le nez est à la fois puissant et complexe, sur les agrumes citriques, le floral (thé) et des notes lactées. On retrouve en bouche la structure sur la fraicheur tendue et la densité de matière propre au millésime avec beaucoup de race et de finesse, principalement sur la finale qui apporte aussi pas mal de fruit. Un vin qui peut paraître un peu austère à certains, mais qui pour moi représente un témoin idéal du millésime, un Schlossberg d’entrée qui mérite toute notre attention.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 15,3 +- 1,1/20 – rang : 15e
11. Grand Cru Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Jean-Marc Bernhard - Frédéric Bernhard
Terroir : Granite en décomposition, granite de Thannenkirch et migmatite de Kaysersberg (235-430 mètres - villages apparentés : Kientzheim et Kaysersberg)
Agriculture : Raisonnée, en conversion bio
Données analytiques : Alcool acquis : 13.2% ; SR : 5g/l ; pH : 3,2 (5,6 g/l en ac.sulfurique) ; rendement : 50 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation de 2 à 5 ans
Prix d’achat : 12 euros (domaine)
La robe est nettement plus dorée que pour le premier Schlossberg. Le nez paraît aussi plus évolué. Très puissant avec des notes lactées, il propose beaucoup de fruit au point de manquer légèrement de complexité.
Bien que la bouche reste emmenée par la droiture de l’acidité propre au millésime, on retrouve beaucoup plus de rondeur en bouche avec une impression légère de sucres trainant, plus par dissociation que par excès, ce qui nuit un peu à l’équilibre. La finale confirme cette impression. Vu que ce vin a été goûté récemment bien mieux lors d’une dégustation liée au domaine uniquement, je ne rejette pas un effet de séquence avec le premier Schlossberg du domaine Weinbach. A revoir.
Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 13 +- 1,2/20 – rang : 31e
12. Grand Cru Schlossberg Ste Catherine (Haut-Rhin) - Dom. Weinbach - Colette, Laurence et Catherine Faller
Terroir : Granite en décomposition, granite de Thannenkirch et migmatite de Kaysersberg (235-430 mètres - villages apparentés : Kientzheim et Kaysersberg)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 14% ; SR : 5g/l ; pH : 3,24 (7,8 g/l en ac.tartrique) ; rendement : 28 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2015-2030
Prix d’achat : 39 euros (domaine)
La première bouteille ayant évolué, depuis son ouverture, vers un manque de netteté, on décide d’en ouvrir une seconde servie à température de cave, donc, soit +- 12 degrés, confiant au vu du vin dégusté au domaine, que cette bouteille méritait d’être jugée dans la meilleure des conditions.
La robe est jaune-vert aux reflets dorés. Le nez est intense, complexe à la fois avec beaucoup de fruits blancs (pèche), d’agrumes (écorce d’orange, fruits citriques), de la minéralité et des notes florales venant parachever cette riche mais fine palette.
La bouche est très expressive structurée sans être massive, vibrante de fraicheur mais déjà avec une richesse aromatique indéniable. La longueur est énorme. Quand structure, finesse et fraicheur se rencontrent, cela donne ce vin fantastique, un des plus beaux Schlossberg qui m’ait été donné de rencontrer, un des plus secs, aussi. Chapeau bas, Mesdames.
Note personnelle : 18,5/20
Note moyenne du groupe : 16,9 +- 0,8/20 – rang : 3e

13. Grand Cru Wineck-Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Jean-Marc Bernhard - Frédéric Bernhard
Terroir : Granite à deux micas légèrement rose (270-420 mètres - villages apparentés : Katzenthal et Ammerschwihr)
Agriculture : Raisonnée en conversion bio
Données analytiques : Alcool acquis : 13.6% ; SR : 7g/l ; pH : 3,15 ; rendement : 50 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation de 3 à 7 ans
Prix d’achat : 10 euros (domaine)
La robe est jaune-vert clair. Le nez explose d’intensité avec des notes d'agrumes et de menthe dominantes, un côté pierreux ensuite, le tout d’une grande netteté.
En bouche, on est face à une des plus grosses droitures de la soirée tant l’acidité tartrique emmène le vin sans toutefois le déséquilibrer, le fruit citrique parvenant avec la minéralité à tirer leur épingle du jeu, avec une très belle expression saline sur la finale d’une grande longueur. Les Wineck de Frédéric Bernhard persistent à me fasciner, indéniablement.
Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 15 +- 0,8/20 – rang : 18e
14. Grand Cru Wineck-Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Meyer-Fonné - Félix Meyer
Terroir : Granite à deux micas légèrement rose (270-420 mètres - villages apparentés : Katzenthal et Ammerschwihr)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13.1% ; SR : 7g/l ; rendement : 47 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation de 5 à 10 ans
Autres remarques :
Prix d’achat : 13,9 euros (domaine)
La robe est jaune-vert avec des reflets dorés. Le nez est très expressif plus sur le fruit blanc que sur le minéral. Une certaine douceur est perceptible aussi.
La bouche est d’abord marquée par l’acidité, un peu perlante puis passe à un équilibre plaisant entre fraicheur, rondeur et fruit mais la finale est plus marquée par la rondeur des sucres résiduels. Il sera nécessaire, je pense de revoir l’oiseau dans 5 ans, quand les sucres seront plus intégrés. Un des vins les moins « prêtes » de la soirée, mais sans défauts, j’insiste
Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 14,2 +- 1/20 – rang : 25e
15. Grand Cru Osterberg (Haut-Rhin) - Dom. Kientzler - André Kientzler
Terroir : Marno-calcaro-gréseux (240-345 mètres - village apparenté : Ribeauvillé)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 14.2% ; SR : <2g/l ; pH 3.07; rendement : +- 45hl/ha
Evolution probable : Optimum de degustation 2012 à 2022
Autres remarques : pente douce
Prix d’achat : 17 euros (domaine)
Une erreur est détectée dira-t-on avec réserve. Est-ce du bouchon à 100%, je ne puis l’affirmer, toujours est-il que ce vin n’est pas net, c’est le moins qu’on puisse affirmer. Et cela devient particulièrement inquiétant quand les 4 derniers vins goûtés du domaine en Belgique (1 réserve particulière, un Osterberg et deux Geisberg) affichaient les mêmes défauts, défauts aussi rencontrés à Colmar lors de la dégustation organisée en septembre par Thierry Meyer. Je n’ai aucune envie de tirer ici sur l’ambulance, mais une communication claire du domaine serait appréciable. Ce dernier en a-t-il l’habitude ? Toujours est-il que en fonction des précédents, je n’ai pas cherché à ouvrir une seconde bouteille, à l’inverse de ce qui à été fait pour le Schlossberg du domaine Weinbach.
Note personnelle : ED
Note moyenne du groupe : ED

16. Grand Cru Osterberg (Haut-Rhin) - Dom. Louis Sipp - Etienne Sipp
Terroir : Marno-calcaro-gréseux (240-345 mètres - village apparenté : Ribeauvillé)
Agriculture : Bio
Données analytiques : Alcool acquis : 13,2% ; SR : 4,2 g/l ; acidité : 4,8 g/l en ac.sulfurique
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2010-2015
Autres remarques : Pente douce
Prix d’achat : 14,4 euros (domaine)
La robe est jaune-doré clair. Le nez est très intense, sensiblement sur le fruit (agrumes citriques) avec une légère perception de notes florales. La bouche est très équilibrée avec une acidité intégrée, moins tranchante qu’il y a quelques mois, ce qui fait ressortir très fort le fruit, lui conférant un côté gourmand sans que l’on soit perturbé par des sucres, le vin se goûtant très sec. La finale est longue, équilibrée, tout en plaisir. Un des vins les plus « buvables » pour ne pas dire « torchables » de la soirée.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,8 +- 1,6/20 – rang : 20e
17. Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé (Haut-Rhin) - Dom. Louis Sipp - Etienne Sipp
Terroir : en aval, marnes dolomitiques triasiques et de dolomies du Muschelkalk inférieur, en amont, marnes bariolées gréseuses et gypsifères du muschelkalk moyen (250-360 mètres – village apparenté : Ribeauvillé)
Agriculture : Bio
Données analytiques : Alcool acquis : 13% ; SR : 13,4 g/l ; acidité : 4,7 g/l en ac.sulfurique ; rendement : <50 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2012-2020
Prix d’achat : 16,75 euros (domaine)
La robe est jaune claire avec des reflets verts. Le nez est plus discret que pour l’Osterberg, du moins dans un premier temps, puis s’ouvre sur les fruits jaunes avant de partir nettement sur le minéral. En bouche, l’acidité est présente, mais bien intégrée, à nouveau, mais ici, la dominante est plus pierreuse, avec un côté « jus » évident, le tout sur un équilibre désormais splendide car la petite pointe de résiduel détectée, il y a encore 6 mois, est en train de s’intégrer totalement offrant une perspective beaucoup plus de terroir à ce vin qui n’est pas sans rappeler 2004 avec plus de structure et de race. La longueur est au diapason de cette petite merveille ciselée sur les pentes de Ribeauvillé. Un tout grand vin à se procurer d’urgence, s’il en reste !
Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 16,3 +- 0,7/20 – rang : 6e
18. Grand Cru Sommerberg (Haut-Rhin) - Dom. Albert Boxler - Jean Boxler
Terroir : granite à deux micas (270-407 mètres - village apparenté : Niedermorschwihr)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13.2% ; SR : 6g/l ; pH 3.00) ; rendement : +- 35 hl/ha
Evolution probable : Dégustation entre 5 et 15 ans.
Autres remarques : pente abrupte (45°)
Prix d’achat : 18 euros (domaine)
La robe est jaune-vert très clair. Le nez est d’abord assez fermé assez austère, puis on part sur une intense essence de roche avec un rappel de citrus et de floral. Le Sommerberg et la rigueur de ces pentes et de sa roche. En bouche, l’acidité est tranchante comme un sabre avec une pointe de sensation de perlant. Elle domine le vin, sans le déséquilibrer vraiment parce qu’elle porte littéralement les aromes citriques et minéraux, tant en milieu de bouche qu’en finale, kilométrique. Le côté strict de l’acidité ne permet tout de même pas de classer ce vin actuellement dans la catégorie prêt à boire, surtout que le côté sec assomme un peu une partie du groupe. Déjà très grand, mais à attendre, longtemps, probablement.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,8 +- 1,1/20 – rang : 20e

19. Grand Cru Sommerberg E (Haut-Rhin) - Dom. Albert Boxler - Jean Boxler
Terroir : granite à deux micas (270-407 mètres - village apparenté : Niedermorschwihr)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13.2% ; SR : 10g/l ; pH 3.03 (8,29 acide tartrique) ; rendement : +- 30 hl/ha
Evolution probable : Dégustation entre 5 et 15 ans.
Autres remarques : pente abrupte (45°) ; E est le symbole de la parcelle « Ekberg »
Prix d’achat : 18 euros (domaine)
Le commentaire sera ici assez simple. On prend le vin précédent et on y ajoute un poil de rondeur et de fruit tant au nez qu’en bouche. Allié à la puissance de l’acidité et à l’énorme minéralité, cela donne un vin impressionnant, une cathédrale gothique, droite, élancée pour les vins de granite du Sommerberg. Un chef-d’œuvre à attendre 10 ans pour atteindre l’ineffable jouissance !
Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 16,2 +- 1/20 – rang : 7e
20. Alsace Turckheim (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht
Terroir : granite, marnes (village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.2% ; SR : 3.5 g/l ; Rendement: 58 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2012-2022
Autres remarques : Age moyen des vignes: 24 ans ; Surface: 0.7 ha ; Indice ZH : 1
Prix d’achat : 18 euros (Primeurs caviste (Belgique))
La robe est jaune-doré assez évolué. Malgré son taux de résiduels natifs très faibles, le nez présente beaucoup plus de rondeur, effet probable de séquence avec les Sommerberg. Je reste toutefois perplexe sur la netteté de ce vin qui a déjà tendance à virer sur des côtés cireux. La bouche confirme le nez. Si l’acidité est sans défauts, que le vin propose un équilibre indéniable, il y a comme un côté flou qui dérange, surtout en finale. La déception de la soirée ou finalement un vin qui tient son rang vis-à-vis du noble aréopage qui l’entoure ? Allez savoir…
Note personnelle : 12/20
Note moyenne du groupe : 14,2 +- 1,5/20 – rang : 25e
21. Alsace Clos Windsbuhl (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht
Terroir : Calcaire Muschelkalk (300-350 mètres - village apparenté : Hunawihr)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.1%; SR : 1.4 g/l ; Rendement : 49hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2015-2025
Autres remarques : Surface : 0,9 ha ; exposé sud, sud-est. Indice ZH : 1 ; Age moyen des vignes : 33 ans, assez tardif
Prix d’achat : 38 euros (Primeurs caviste (Belgique))
La robe est vert-jaune très claire, presque cristalline comme de l’eau de source. Le nez est assez austère pour ne pas dire fermé et lentement l’aération l’anoblit pour aller chercher une puissance minérale inouïe, marque d’une très grande complexité.
La bouche est d’abord tranchante vibrant sur l’acidité, puis elle évolue sur un vin ou le côté minéral du terroir explose déjà, avec encore pas mal de retenue. La finale est tout simplement gigantesque de longueur. On est là sur un empereur du vin sec, une merveille de droiture et de précision, bref, vous m’avez compris, un vin que je recherche intensément ! Sublime !
Note personnelle : 19/20
Note moyenne du groupe : 16,1 +- 1,5/20 – rang : 8e

22. Alsace Clos Haüserer (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht
Terroir : Marnes calcaires de l’oligocène au pied du Hengst (village apparenté : Wintzenheim)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 12.5%; SR : 7 g/l ; Rendement : 67 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2012-2019+
Autres remarques : Surface : 1,2 ha ; Exposé est, très faible pente ; Indice ZH : 1.
Prix d’achat : 23,6 euros (Primeurs caviste (Belgique))
La robe est ici un peu plus dorée. Le nez offre plus de puissance que le Windsbuhl avec un axe énorme sur la pierre à fusil. Un nez de pierre auquel répond un jus de pierre en bouche, vibrant par l’acidité mais non sans proposer un côté plus tendre, le résiduel venant jouer du moderato cantabile dans cet extrait de carrière calcaire. Si je lui trouve un peu moins de noblesse et de caractère que le Windsbuhl, force est d’admettre que c’est au bénéfice actuel d’un plus grand côté plaisant, surtout en finale.
Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 15,6 +- 1/20 – rang : 14e
23. Grand Cru Hengst (Haut-Rhin) - Dom. Josmeyer - Christophe Ehrhart
Terroir : Marno-calcaire (235-380 mètres - village apparenté : Wintzenheim)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.1% ; SR : 7g/l ; rendement : 55 hl/ha
Evolution probable : optimum de dégustation vers 2015
Prix d’achat : 30 euros (caviste (Belgique))
Le vin est jaune-clair presque paille. Au nez, on constate d’abord une phase de fermeture avant que lentement le floral et le minéral ne jouent des épaules. On est loin d’une recherche de puissance, ici, plutôt de finesse. La bouche oscille en permanence entre densité, caractère et finesse. Si l’acidité est bien présente, on a aussi du gras et une salinité bien marquée, bref, un très bel équilibre de forces en présence, le tout sur un caractère tout en dentelle. La finale est bien longue, toujours sur la finesse et la pureté.
Note personnelle : 16,5/20
Note moyenne du groupe : 15,3 +- 0,9/20 – rang : 15e
24. Grand Cru Schoenenbourg (Haut-Rhin) - Domaine Agapé - Vincent Sipp
Terroir : Argile et marnes de Keuper avec incrustations calcaires (270-375 mètres - villages apparentés : Riquewihr et Zellenberg)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13.4% ; SR : 5g/l ; acidité : 7,5g/l en ac. tartrique ; rendement : 55 hl/ha
Evolution probable : optimum de consommation entre 3 et 7 ans
Autres remarques : vendangé vers le 10 octobre en légère surmaturité.
Prix d’achat : 14,8 euros (domaine)
La robe est jaune-vert clair. Le nez est bien ouvert, largement floral avec un peu d’épices et une légère impression de suavité. La bouche est droite mais a un peu de mal à affirmer son équilibre : tantôt minéral, tantôt sur le fruit, même si cela reste élégant, on aurait aimé plus de caractère. La finale est plus plaisante, très fine et plus saline. A revoir pour être plus objectif.
Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 14,9 +- 0,8/20 – rang : 19e

25. Grand Cru Schoenenbourg (Haut-Rhin) - Dom. Stoeffler - Vincent Stoeffler
Terroir : Marnes irisées dolomitiques et gypseuses de Keuper recouvertes de cailloutis siliceux provenant du grès vosgien et de Muschelkalk. (270-375 mètres - villages apparentés : Riquewihr et Zellenberg)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13,5% ; SR : 10.5 g/l ; Rendement: 40 hl/ha ; pH : 3,27
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2015-2040
Autres remarques : Exposition Sud – Fermentation d’un an en foudres
Prix d’achat : 13 euros (caviste belge)
La robe est assez évoluée allant plus nettement vers le jaune doré. Le nez est à la fois intense et complexe. On y retrouve des agrumes (orange, fleur d’oranger), des fruits blancs (pèche) avec un côté « mûr » très marqué.
La bouche présente, elle aussi beaucoup de maturité avec beaucoup de matière enrobée par une certaine rondeur que l’acidité vient justement rafraichir. Sur la finale, le terroir exprime plus de salinité. Le tout semble étonnamment « prêt », d’une très belle buvabilité mais sans perte de complexité. Un très très beau vin.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 16,4 +- 0,7/20 – rang : 5e
26. Grand Cru Brand (Haut-Rhin) - Dom. Josmeyer - Christophe Ehrhart
Terroir : Granite biotite (240-390 mètres - village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 12,5% ; SR : 10 g/l ; rendement : 48 hl/ha
Evolution probable : optimum de dégustation vers 2013
Prix d’achat : 30 euros (caviste (Belgique))
La robe est jaune-vert doré, avec un poil d’évolution par rapport au Hengst du même domaine. Le nez est puissant, bien ouvert, complètement sur la pierre et les épices, le tout avec une grande profondeur. On perçoit d’emblée, un plus, quelque chose de transcendant. La bouche est marquée par la concentration. Si l’acidité est là, bien présente, elle ne s’impose pas mais s’imbrique parfaitement dans cette architecture saline et puissante que constitue le milieu de bouche et la finale d’une longueur prodigieuse. Un vin au potentiel gigantesque, énorme de pureté.
Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 16,8 +- 0,8/20 – rang : 4e
27. Grand Cru Brand K (Haut-Rhin) - Dom. Albert Boxler - Jean Boxler
Terroir : Granite biotite (240-390 mètres - village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13.7% ; SR : 5g/l ; acidité : 8g/l en ac. tartrique ; rendement : +- 30 hl/ha
Evolution probable : Dégustation entre 5 et 15 ans.
Prix d’achat : 18 euros (domaine)
La robe est jaune-or avec des reflets verts. Le nez est une bombe allant de la pierre au fruit tout en imposant des notes fumées. Il n’y a pas de réserve, ici, tout est livré comme tel. Même chose en bouche, où l’acidité cisèle les contours du vin, sculpte sa puissance aromatique où le fruit jaune jubile. La finale est au diapason, un éclair de puissance et de concentration. Un vin monumental en devenir, peut-être un peu moins charmant que son prédécesseur.
Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 16,1 +- 0,6/20 – rang : 8e
28. Grand Cru Brand V/V (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht
Terroir : Granite biotite (240-390 mètres - village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.4%; SR : 18 g/l ; Rendement : 35 hl/ha
Evolution probable : Optimum dégustation: 2015-2032
Autres remarques : Age moyen des vignes : 57 ans ; Surface : 0,9 ha, exposé sud, sud-est. Forte pente. Indice ZH 3.
Prix d’achat : 44,5 euros (Primeurs caviste (Belgique))
Nouveau Brand, nouvelle bombe… La robe est très dense, profondément dorée. Le nez est d’une intensité rare pour un vin si jeune tout en faisant preuve de complexité. On retrouve des amandes, de la pèche, des agrumes plus citriques et du floral. Tout cela va de l’un à l’autre comme un ballet de particules agitées par une force thermique. La bouche est tout aussi puissante : acidité intense, salinité et fruits se partagent le royaume, que dire, l’empire, tout en parvenant à faire preuve de délicatesse. On se croirait à la Cour des Médicis au sommet de leur grandeur. Que dire de plus, sinon, que Olivier Humbrecht paraît ici au sommet de son art sur un vin qui clôt le chapitre des Brand qui en a transfiguré plus d’un dans le groupe, à commencer par votre serviteur. Rien que ces trois derniers vins méritaient à eux-seuls une dégustation.
Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 17,5 +- 0,7/20 – rang : 2e

29. Grand Cru Zinnkoepflé (Haut-Rhin) - Dom. Agathe Bursin - Agathe Bursin
Terroir : Calcaro-gréseux (250-428 mètres - villages apparentés : Soultzmatt et Westhalten)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 13,9% ; SR : 8,4 g/l ; Rendement: 41,5 hl/ha ; pH : 3,17 (7,48 g/l en ac. tartrique)
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2012 -2017
Autres remarques : pentes rudes au sommet du cru sur un sol presque exclusivement calcaire (Muschelkalk)
Prix d’achat : 14,1 euros (domaine)
Après cette série, j’avoue un peu avoir peur d’un terrible effet de séquence, surtout que l’on s’orient plus au sud, sur des coteaux réputés pour leur solarité au prix quelquefois d’une certaine précision ou fraicheur. La victime sera-t-elle Agathe qui ouvre le bal ?
La robe est bien dorée, elle appelle à une certaine concentration. Le nez ne se laisse pas démonter par les vins précédents avec des notes florales (acacia), d’agrumes assez citriques et de très belles notes fumées qui rappellent le terroir.
La bouche est très concentrée, splendidement équilibrée et d’une grande buvabilité. On retrouve le fruit et la salinité, non sans fraicheur et rondeur, donnant à ce vin un caractère gourmand indéniable, le tout sans lourdeur. La persistance aromatique est infinie sur la finale, ce vin est indéniablement une réussite. Mon seul drame est que de l’avoir fait goûté à toutes les provinces du petit royaume belge, il s’agit là de ma … dernière bouteille ! Agathe, si vous m’entendez…
Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 16 +- 1,1/20 – rang : 10e
30. Grand Cru Zinnkoepflé (Haut-Rhin) - Dom. Seppi Landmann - Seppi Landmann
Terroir : Calcaro-gréseux (250-428 mètres - villages apparentés : Soultzmatt et Westhalten)
Agriculture : Raisonnée
Données analytiques : Alcool acquis : 12,7% ; SR : 7,6 g/l ; pH : 3,32 (6,24/l en ac. tartrique) ; rendement : 55 hl/ha
Evolution probable : à boire dès maintenant sur le fruit, attendre 10 ans pour la femme mûre
Autres remarques : pentes rudes, très faible pluviosité
Prix d’achat : 9,9 euros (primeurs au domaine)
La robe est jaune vert assez léger. Le nez paraît un peu suave, pas trop précis. Le fruit domine, non sans rappeler des notes salines, fumées et iodées, mais sans grande complexité. La bouche est bien marquée d’entrée par la fraicheur, puis par un beau fruit croquant mais cet équilibre est un peu tempéré par les sucres résiduels qui trainent encore un peu trop, principalement sur la longueur de bouche. Si on retrouve les aromes du Zinnkoepflé ainsi que sa carte d’identité, le vin paraît, à ce stade, un peu grossier, toutefois, bien plus plaisant et intégré que quand je l’ai goûté en avril 2009. Il faut donc lui laisser toutes ses chances… A revoir.
Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 13,8 +- 0,9/20 – rang : 28e
31. Grand Cru Vorbourg Clos St Landelin (Haut-Rhin) - Dom. Muré - René Muré
Terroir : Argilo-calcaire très caillouteux sur une assise calcaro-gréseuse (217-320 mètres - villages apparentés : Rouffach et Westhalten)
Agriculture : Bio
Données analytiques : Alcool acquis : 13,5% ; SR: 6 g/l ; Acidité : 7,5 g/l en ac. tartrique ; Rendement: 50 hl/ha
Evolution probable : garde de plus de 20 ans
Autres remarques : Le Clos Saint-Landelin est un monopole au sud du Cru
Prix d’achat : 23 euros (domaine)
La robe est dorée, très dense sans manquer d’éclat. Le nez est puissant, marqué par l’exotisme ananas) autant que par les agrumes citriques, non sans faire preuve de minéralité avec de beaux aromes de silex. Alors qu’on est habitué à des vins très solaires sur le Clos, la bouche fait preuve ici de plus de droiture et de fraicheur que sur des millésimes comme 2005 et 2006. On retrouve aussi beaucoup de salinité avec une bouche très pure. La matière, très présente, doit toutefois s’intégrer un peu plus pour tendre vers plus de race. Un monstre en devenir, indéniablement.
Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 15,7 +- 1,1/20 – rang : 13e
32. Grand Cru Rangen de Tahn Clos St Urbain (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht
Terroir : Volcanique (tufs & grauwackes) (340-470 mètres - village apparenté : Thann)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13,5% ; SR: 2 g/l ; Rendement: 36 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2013-2025
Autres remarques : Age moyen des vignes : 45 ans ; Surface : 2.1 ha ; exposé sud, très forte pente. Indice ZH 1.
Prix d’achat : 46 euros (Primeurs caviste (Belgique))
La robe est jaune vert avec des reflets dorés. Pour comprendre le reste, il faut s’imaginer sur le radeau de la méduse, ballotté par une immense tempête d’arômes. Tout est ici au superlatif, sans jamais, et c’est cela même qui fait le sublime, être à l’excès.
En fait, que ce soit en bouche ou au nez, je reste sans mots, tellement ce vin pulvérise tous ses prédécesseurs sur son passage. Minéralité, fruit, fumé, grillé et acidité gigantesque se disputent le haut du pavé, le tout avec une harmonie incroyable. J’insiste aussi que c’est un des Rangen qui se goûte les plus secs depuis longtemps. Ce vin est dehors et déjà une des dix plus belles choses qu’il ait été donné de goûter, c’est de l’émotion à l’état pur. Merci Monsieur Humbrecht.
Note personnelle : 20/20
Note moyenne du groupe : 18,4 +- 1/20 – rang : 1er
4.3 La parole aux dégustateurs
Plutôt que de demander à chacun un avis global sur cette dégustation, j’ai préféré orienter la discussion sur des thématiques précises, tout en laissant une dernière question défouloir. A vous de juger, à travers la dialectique de chacun, ce qu’il y a lieu de retirer de cette dégustation.

Comment avez-vous trouvé globalement les vins de ce millésime ?
Laurent Labouré : Très structurés mais néanmoins équilibrés car, quand il y avait des sucres résiduels, les vins n'avaient généralement pas un côté "sucraillon". Un très beau millésime, au potentiel de garde certain.
Luc Javaux : Le niveau m'a semblé globalement très élevé, avec des vins portés par une très belle acidité sans que je ressente la moindre immaturité. Dégustation difficile en l'état, mais que de promesses pour l'avenir !
Pierre Krier (Peterka) : Sur les 32 vins dégustés, seuls 3 ou 4 pourraient être qualifiés de moins intéressants (subjectif bien sûr mais..) : C’est déjà un premier signe de la qualité des vins du millésime à mes yeux.
Ce sont des vins qui tiennent bien sur leurs jambes, concentrés, avec une colonne vertébrale imposante sans jamais être rigide (sauf rare exception). Les acidités sont bien couvertes, mûres.
Dans bien des cas les SR jouent un rôle déterminants : 8 à 10 gr permettent (j’irais même jusqu’à dire : sont indispensables) aux vins pour donner un volume de bouche et équilibrer les acidités.
Les taux d’alcool plutôt élevés ne se sentent pas.
Sur ces deux points, exemple étonnant avec le Rangen et ses 15° d’alcool pour 22 gr de sucres. Je m’attendais à un vin opulent, j’ai goûté un des vins les plus verticaux et élancés de la série.
Pratiquement aucune touche de surmaturité ou de botrytis, ce qui, à mes yeux, permet d’obtenir des vins secs plus droits et plus élégants.
Ils sont aujourd’hui sur la structure et assez réservés au niveau aromatique mais avec une promesse de belle évolution vu les matières présentes.
En gros, je dirais que l’équilibre acidité, sucres, alcool est optimal.
Marc De Wolf : Ce qui m'a surpris le plus est le niveau ou le plateau de qualité en général. Et surtout le plaisir éprouvé lors de ce marathon, avec beaucoup vins en grand équilibre. Tant pour les vins avec des sucres résiduels que pour les vins secs.
Marc Lotin (hédoniste) : La réputation du millésime est à la hauteur de ce qu'il y a dans les bouteilles.
Didier Dupont (DidierD) : Très haut niveau qualitatif global.
Patrick Böttcher : Globalement, les vins ont présentés une image très positive du millésime structuré autour de l’acidité, colonne vertébrale d’une belle matière. Aucun des vins n’a montré de faiblesse majeure et en plus de la structure, on retiendra aussi la grande précision de la très grande majorité d’entre eux, de même, à aucun moment, il n’a été fait mention d’amertume et très rarement d’alcool, deux gages supplémentaires de qualité.
Pour la recherche pure du plaisir, il faut admettre qu’on se situe un poil trop tôt, attendre un an aurait été préférable (ce sera le cas avec les 2008). Il n’en reste pas moins que la buvabilité de ces vins est étonnante, observation déjà faite lors d’une dégustation comparable du millésime 2007, en septembre, organisée par Thierry Meyer. Une remarque sur les acidités : Celles-ci sont clairement tartriques et en aucun cas maliques, donc clairement très nobles, elles s’intègreront doucement aux vins, c’est indéniable. Ce sera d’ailleurs mon seul regret, c’est que certains dégustateurs, probablement par manque d’habitude, ont envisagé cette acidité de manière globale et ont été un peu perturbés ont point de ne pas tenter d’aller voir « over the rainbow ».
Sur les vins dégustés, ce millésime mérite-il sa réputation ?
Laurent Labouré : Je crois même qu'il est au dessus de sa très bonne réputation (dans la mesure (très limitée) de mes connaissances).
Luc Javaux : Assurément !
Pierre Krier (Peterka) : Incontestablement
Marc De Wolf : Je trouve que 2007 en Alsace - sur les vins qu'on a goûté - a le mérite d'être surtout un millésime de plaisir et d'équilibre.
A mon avis, C’est toujours un bon signe qui annonce un très bon voire un tout grand millésime. Il faudra encore un peu de temps pour voir comment les vins vont évoluer pour dire "grandiose". Le potentiel est certainement là. Il y avait des vins avec13,5% à 15% alcool et on ne le sentait pas…. tour de force dans le vignoble.
Marc Lotin (hédoniste) : Je trouve que c'est un beau millésime avec de belles acidités et de belles maturités.
Didier Dupont (DidierD) : Absolument, mais tu ne nous a fait goûter que le nec plus ultra ...
Patrick Böttcher : Oui, certainement au niveau qualitatif. 2007 sera peut-être un peu « moins » que 2008 en ce qui concerne la puissance et la concentration, mais probablement plus plaisant, plus harmonieux que son frère cadet de rang.

Avez-vous retrouvé les caractéristiques variétales ou de terroir sur cette dégustation ?
Laurent Labouré : Très rarement et, lorsque cela "pétrolait", cela n'était pas "envahissant". Les caractéristiques des différents terroirs étaient inversement évidentes (il faut ajouter que la séquence des vins était très judicieuse, merci Patrick!).
Luc Javaux : J'ai été étonné de trouver très peu de caractère variétal à la plupart des vins dégustés. A tel point que je suis certain que je me serais trompé plus d'une fois sur le cépage à l'aveugle...
Certains terroirs marquent assez fort les vins, même dans leur prime jeunesse (le paroxysme étant atteint avec le Rangen), mais à ce stade, je dirais qu'on retrouve plus facilement la patte du vigneron/vinificateur que celle du terroir.
Pierre Krier (Peterka) : Je ne sais pas trop ce qu’il faut entendre par caractéristiques variétales sur le riesling tellement le cépage est multiple en fonction des terroirs.
Pas de notes pétrolées, pas d’amertume en fin de bouche, pas de notes végétales.
Bien sûr le profil gustatif global est bien celui du cépage mais je répondrais non.
En ce qui concerne les terroirs, cela m’a semblé plus évident sur le Bas Rhin que sur le Haut Rhin. J’ai trouve que le millésime imposait parfois sa marque pour le moment (exemple : beaucoup de vins des terroirs granitiques se présentaient un peu plus abrupts que d’habitude). Néanmoins, les différences restent relativement sensibles et en ligne avec les attentes. A noter que, jamais, je n’ai eu l’impression de répétition, donc pas d’ennui.
Marc De Wolf : Oui, en regardant mes points/appréciations. Pas trop de pétrole ;o) et plus sur des fruits rouges et blancs. Les différences de terroir sont les plus lisibles chez ZH. Et j'aime bien le Brand. Tout en acidité et équilibre!
Marc Lotin (hédoniste) : Aucune caractéristiques variétales sauf peut-être des aromes citrique en bouche sur quelques vins mais on est loin des aromes terpéniques...
Par contre pour moi, le terroir s'exprime bien sur ce millésime (voir Rangen, Windsbuhl, ...)
Didier Dupont (DidierD) : Étonnamment, très peu de variétal et beaucoup de vins très caractérisés.
Alfonso : J’ai trouvé que chaque vin avait des atouts à faire valoir ! Et qui plus est, la touche terroir se fait énormément ressentir!
J’ai noté quelques évolutions de style significatif entre le Bas et Haut Rhin surtout sur les acidités plus prononcés amha sur le Haut-Rhin.
En relisant mes notes, j’ai trouvé que même si la majorité des vins présenté assez bien de S.R, on a dans la majorité des cas des acidités assez tranchante mais aussi majoritairement de beaux équilibre.
Patrick Böttcher : A l’exception de deux ou trois vins où les caractéristiques variétales étaient perceptibles (et encore, il fallait aller les chercher), en aucun cas, sur cette sélection, il y a lieu de parler de variétal. De là, à dire que le terroir s’exprime pleinement, il y a une marge. Les vins sont trop jeunes, encore trop dominés par l’acidité pour exprimer pleinement leurs nobles origines. C’est dans 10 ans que tout cela devrait parler pleinement…. Quand aux sucres résiduels, il semblent s’intégrer extrêmement vite !
En fonction de ce que vous avez goûté, quelle garde moyenne conseilleriez-vous pour les rieslings 2007?
Laurent Labouré : Grande garde (5-10 ans) en général, avec un minimum de trois ans pour les vins déjà ouverts (comme par exemple le n°25 qui est déjà superbe mais a un bel avenir) et beaucoup plus pour les n°1 et 32 (20 ans ?).
Cela dit, cela confirme que mes estimations de garde relatives aux 2006 doivent être revues a la baisse .Cela confirme aussi que je ne m'y connais pas vraiment en vin d'Alsace....
Frank Van den Bulcke (fvdb) : Pour la garde, je pense qu'une dizaine d'années semble être le minimum, mais c'est aussi du cas par cas ; pour le Rangen, par exemple, là c'est une autre catégorie.
Luc Javaux : Je pense qu'il ne faut pas toucher aux meilleurs avant au moins cinq ans, voire dix ans, et qu'ils sont partis pour une vingtaine d'années au moins.
Pierre Krier (Peterka) : Sauf exception, optimum dans 8 à 10 ans et garde du double.
Marc De Wolf : Tout dépend de la bouteille en question. Mais en général, tous les vins que j'ai noté au dessus de 16,5: iront sans problème sur 12 à 15 ans.
Les autres: 6 à 10 ans. On aura peut être quelques belles surprises avec les vins contenant un plus de sucre.
Marc Lotin (hédoniste) : Garde moyenne, cela varie de quasi pas de garde pour un ou deux vins à 30 ans pour le dernier Rangen. Mais les acidités et la concentration de certains vins peuvent les emmener loin en matière de garde.
Didier Dupont (DidierD) : Majoritairement, je trouve ces vins déjà très buvables. Mais nul doute qu'ils sont armés pour une grande à très grande garde, jusqu'à 20 ans et plus pour certains.
Alfonso : Soyons honnêtes, cette dégustation vient beaucoup trop tôt ! Mais elle nous en dit long sur l’évolution future de ces vins qui, j’imagine, ne pourra être que de longue durée.
Patrick Böttcher : Il faudra attendre 5 ans, encore pour que les 25 meilleurs vins s’expriment pleinement et ils devraient le faire durant une dizaine d’année pour la majorité, tout en allant chercher plusieurs décades pour des « monstres » comme le Rangen. Ceux qui cherchent une bouteille pour honorer leur descendance sont prévenus…
Avez-vous un autre commentaire à donner ?
Laurent Labouré : J'attends la dégustation des rieslings 2008 avec impatience car celle des 2007 m'a déjà permis de relativiser celle des 2006. Le millésime semble "monstrueux", de surcroît, ce qui permettra de mieux relativiser la dégustation d'hier soir.
Frank Van den Bulcke (fvdb) : Tout d'abord merci et bravo pour cette belle soirée de dégustation, riche sur tous les plans et notamment l'apprentissage de la dégustation et le rythme (32 vins!!), pas facile. J'ai vraiment essayé d'être le plus juste dans l'attribution de mes cotes car je sais que derrière une bouteille il y a le travail de toute une année. Je pense quand-même que les premiers vins ont toujours tendance à être cotés un peu sévèrement.
Une fois n'est pas coutume, j'ai (à partir du 16-17ème vin) ressenti le besoin et une préférence pour les vins présentant un peu plus de SR car l'acidité des vins plus tranchants commençait à "m'agresser" le palais.
Dans l'ensemble et sans vouloir trop généraliser, on est incontestablement en face d'un grand millésime, car sur cette sélection (on pouvait difficilement faire mieux !), les vins sont complets et d'un superbe équilibre puissance-matière-fruit mûr et...acidité assez élevée, gage d'un long vieillissement.
Cette belle maturité a permis de proposer de grands vins très peu marqués par le cépage, ce qui permettra après une longue attente, une bonne expression des terroirs.
Voilà un peu mes sensations brutes.
Ce que j'ai retenu particulièrement, c'est que la série des Brand m'a énormément plus, et ce, à un moment ou je commençais à peiner.
Aussi les différents styles et la "patte" des vignerons qui différenciaient les vins issus pourtant du même terroir (mais pas les mêmes rendements)
Luc Javaux : J'ai mal aux dents... ;o)
Marc De Wolf : Surpris par le retour en force - par l'équilibre et le plaisir - des vins de Weinbach et de Sipp.
Surpris par la simplicité un peu trop extrême au Clos Saint Landelin. Il faut dire aussi que les vins en biodynamie se portent bien. Ainsi que les vins de Zind-Humbrecht qui étaient vraiment bien équilibrés sans caricature de volume.
Un très très grand merci pour l'organisation de ce Grand Tasting du Riesling Alsacien 2007.
Mais personnellement c'était très dur de rester concentré avec tous ces vins. La fatigue tapait après 15 vins. Il vaut mieux faire ça sur un après midi/soir avec une pause de 45 minutes. Ou bien réduire le nombre de vins à déguster.
En général, j'étais très séduit par la qualité et le plaisir des vins. Tous les deux étaient au rendez-vous !
Les Alsaciens 2007 étaient aussi bons que les Allemands 2007! Oups j'ai fait une gaffe... Oui vraiment ???
Marc Lotin (hédoniste) : Au cours de cette dégustation, nous avons, je pense fait un beau survol de ce qui se fait de mieux en Riesling en
Alsace. Les meilleurs producteurs y sont. Ce qui m'inspire deux choses : les rieslings sont de bien beaux vins et peuvent rivaliser sans rougir avec les autres régions de France.
Et deuxièmement, pendant la dégustation, j'avais souvent envie d'accompagner mon verre avec des plats. Ce qui pour moi est un gage de qualité.
Didier Dupont (DidierD) : Même si j'ai eu moins de mal à encaisser le nombre de bouteilles que lors de la dégustation des vins de Bizeul, je trouve que la quantité était excessive et qu'il est dommage d'avoir de telles merveilles dans son verre et de ne pas pouvoir en profiter sur un temps un peu plus long.
Alfonso : J’ai fait quelques belles découvertes comme le GC Eichberg d’Emile Beyer ainsi que les vins de Stoeffler. Des confirmations aussi: Sipp, surtout le Kirchberg que j’adore et des re-re-confirmations avec les ZH pour ne citer qu’eux !
À propos de ZH, j’ai remarqué que, souvent au nez, on avait des senteurs de champignons voir de truffes (marques du terroir ou patte du vigneron ?)
Mais aussi de petites déceptions, Kreydenweiss, Seppi Landman ainsi Bernhard surtout sur son Scholssberg.(Des vins à revoir assurément)
Bref, une bien belle dégustation orchestrée de main de maître par le « Maestro » Patrizio.
Que je tiens encore une fois à remercier !
Patrick Böttcher : Concernant les vins eux-mêmes, je pense que beaucoup a été dit, mais je voudrais revenir sur la dégustation et les réactions du groupe. Il est un fait évident que 32 bouteilles paraîtront aux yeux de beaucoup, excessifs. Fallait-il pour autant se priver d’une telle série quand on la possède ? Je ne pense pas d’autant plus que de nombreux vins placés en fin de dégustation ont plu énormément. Quant à la subjectivité du groupe, elle est incontournable, la dégustation à l’aveugle ne change pas l’influence des voisins ni le fait que certains vins, comme ils se présentent aujourd’hui peuvent être plus ou moins à leur avantage par rapport à d’autres, je pense ici au Kastelberg. De même, il semble y avoir une attente d’une suite toujours plus heureuse qui a nettement desservi les premiers vins. Il n’y a rien de malhonnête là-dedans, c’est tout simplement humain et la série des Brand puis le Rangen, placés logiquement en fonction de leurs sucres, en fin de dégustation, vont évidemment conforter cet état d’esprit. Il n’en reste pas moins (je commence à connaître le groupe) que les moyennes générales sont extrêmement élevées et que ceux qui se trouve en bas de classement (hic en nunc) n’ont pas à rougir, tout au contraire. Idem pour ceux qui chercheraient à se satisfaire d’une place plus haute que son voisin, les moyennes affichées sont le plus souvent plus que proches, finalement, imperceptiblement différentes en fonction de la subjectivité de nos papilles.
Il n’en reste pas moins que ce soir, nous avons rencontré des géants, dont le Rangen d’Humbrecht, et que les lecteurs diront probablement que les grands domaines les plus médiatisés placent leurs vins au sommet. Peut-on leur donner tort, non, en fait, il est quelquefois rassurant de voir une hiérarchie ainsi respectée. Et puis, je ne peux m’empêcher en dehors du Rangen, côté au sommet pour sa matière de dégager quatre coups de cœur en la personne des Windsbuhl, Muenchberg, Kirchberg de Ribeauvillé et Sommerberg rencontrés ce jour, pour moi des perles de droiture, de précision et de fraicheur.

29 décembre 2009
Voeux et émotion pour un ami
Une année très dense en émotions viniques se termine avec plein de nouveaux visages qui animent désormais ces noms tant rencontrés sur les forums ou dans les guides... 2009 sera un cru que je ne pourrai oublier de sitôt !
Emotion aussi et surtout pour un ami, Laurent, dont l'épouse nous a quitté ce 23 décembre, terriblement trop tôt. Toutes mes pensées vont à lui, à ses enfants et sa famille.
Tiens le coup, Laurent, on a besoin de toi !
Meilleurs voeux à tous.... Happy New Year...
17 décembre 2009
Une magnifique soirée à la "Caudalie"
Le restaurant "La Caudalie" à Bruxelles a la bonne idée de proposer le mercredi à ses clients d'apporter leurs propres bouteilles (sans droits de bouchon, si ce n'est que le maître des offices apprécie de goûter chaque vin). L'occasion était belle de partager ce dernier mercredi avant les fêtes avec quelques fines bouches rencontrées au hasard de 20 ans de pérégrinations oenophiliques. Le menu étant fixé d'avance, chaque participant peut donner libre court à son imagination pour trouver les accords adéquats.

Mise en bouche : Petites Roulades de Jambon de dinde sur un lit en vinaigrette légère
Domaine Billecart-Salmon - Champagne "Grande Cuvée" 1996
Dégusté seul, pour lui-même, le vin est très plaisant avec une pointe d'évolution à la robe, des bulles fines et régulières et un nez bien développé entre fruits mûrs et un toasté british qui sans faire penser à de l'oxydation, rappelle quelques notes évolutives très "select". La bouche est marquée par la finesse de l'attaque, la minéralité et la complexité du milieu de l'équilibre ainsi qu'une longueur prodigieuse. Un très grand vin, vraiment prêt à boire.
Sur le plat, on ne note pas d'acquisition ou d'amélioration de l'un pour l'autre, la pointe de vinaigrette atténuant un peu la fraicheur interne du vin.
Petite choucroute de poissons sauce légèrement safranée
Domaine Weinbach - Riesling Grand Cru Schlossberg Cuvée Ste Catherine 2005
Dégusté seul, ce vin est en train d'arriver à son sommet d'expressivité, un véritable joyau. La robe est d'un beau doré, intense. Au nez on a d'emblée une grande fraicheur avec une complexité inouïe qui nous offre tantôt des agrumes, tantôt de fines notes miellées, tantôt de la noisette, tantôt des aromes plus pierreux. C'est purement splendide. La bouche est au diapason, avec une attaque d'une fraicheur cristalline, une densité et un équilibre inouï, pas la moindre trace de résiduel, une minéralité omniprésente, pas un atome d'amertume et une longueur infinie. ce vin est de l'orfèvrerie, peut-être le plus grand vin du Domaine Weinbach qui m'ait été donné de boire un jour.
Pour comprendre l'accord sur la choucroute, il faut un peu décrire le plat. On est à des lieues de la choucroute alsacienne classique. Le choux est adouci par une sauce crémeuse assez fluide qui rappelle les arômes de poisson, tout en gardant un âcreté qui empêche le plat de s'écraser. Les poissons ( sandre et rouget) sont délicatement déposés sur le nid de choucroute et apportent beaucoup de fraicheur et de pureté. Ce plat que j'ai découvert en alsace dans de belles maisons n'a ici rien à leur envier, tant il est réussi. Si vous n'avez jamais goûté cela, ne passez votre chemin en aucun cas.

Le maître des lieux est une fine mouche, en proposant ce plat, il savait que j'allais y trouver du plaisir avec des rieslings. En fait, une fois de plus le vin et le plat se conjuguent dans un absolu de finesse et de fraicheur, sans jamais se couvrir et gardant chacun leurs aromes. On est proche de la perfection, déjà ressentie avec un Frédéric-Emile 2001.
Domaine Zind-Humbrecht - Riesling Clos Hauserer 2004
Seconde alternative, toujours sur la recherche d'un perception de vin sec et minéral. La robe est comparable au domaine Weinbach, toujours aussi brillante. Au nez, le vin exprime beaucoup plus de puissance et et de pierre avec aussi de l'empyreumatique marqué. C'est un nez de style plus germanique que j'apprécie beaucoup personnellement mais dont les convives notent un peu de perception de "trop" par rapport au Weinbach. La bouche rappelle le nez, avec une acidité plus puissante, un milieu de bouche très droit mais laissant de l'expression au fruit, pas un "gluon" de sucrosité et une belle finale sur le fruit et des amers assez plaisants. s'il n'atteint pas les sommets de finesse de son camarade de table, il n'en reste pas moins un grand vin équilibré et expressif.
Avec le plat, la puissance de ce vin a tendance un peu à écraser la finesse et on a pas l'harmonie rencontrée avec le premier vin. Par contre, en fin de plat, repris seul, le vin d'Olivier Humbrecht apporte beaucoup de fraicheur et de tension et prépare mieux à la suite, alors que le Weinbach s'efface un tantinet.
Mignon de biche rôtie, risotto d'épeautre aux chorizo et jeunes oignons légèrement crémés,
Tranchette de jambon de marcassin et petit jus de gibier corsé au pesto de truffes noires
Domaine Jamet - Côte Rotie 2005
La robe est grenat profond avec de l'évolution sur les bords du verre. Le nez est assez ouvert mais sur une certaine austérité qui fait plus penser à un Hermitage. D'abord sur les fruits noirs, il évolue ensuite vers plus d'animalité et d'épices. L'attaque en bouche est un peu réservée, puis on ressent assez fort cette puissance austère déjà perçue au nez où acidité et fruit sont un peu en retrait par rapport au côté sauvage du vin. Les tanins sont d'une grande élégance et la finale conserve la perception d'austérité un peu amère. est-ce un poil trop tard ou faut-il attendre ce vin pour qu'il se livre entièrement, je me plais à opter pour la deuxième option. Autre remarque, le vin n'a pas été carafé, ceci expliquant probablement cela.
Sur le plat, l'austérité du vin durcit un peu l'accord et entre en compétition un peu trop forcée avec le risotto, alors que les aromes sauvages de la biche se complaisent plus avec le vin que j'ai globalement préféré plus en accord que bu pour lui-même. Sur l'aération, on note plus de fruit en fin de plat.
Domaine Amiot-Servelle - Chambolle-Musigny 1er Cru Les Charmes 2002
Très gros contraste avec le Jamet, le présent vin impose sa finesse dès la robe d'une grande brillance et pureté. Au nez on est plein sur le fruit, toujours avec une classe et une pureté impressionnante, très mûr sans être nullement surmuris, le tout avec une fraicheur remarquable. La bouche est tout simplement magnifique, tout y est, fraicheur, harmonie, suavité, velours, une tannicité de classe paradisiaque et une persistance du fruit frais sur la longueur très notable. Un tout grand vin qui règle net les réticences que certains, à table, avaient vis à vis de certains vins du domaine. Après l'orfèvrerie du Weinbach, voici la dentelle de la Côte de Nuit, de la séduction à l'état pur.

Que dire de l'accord sur le plat ? Un tel vin s'associe à tous les mets qui ne sont pas vulgaires, ce qui est évidemment le cas ici. La triangulaire risotto-jambon de marcassin et vin est spectaculaire. un second très grand moment
Tarte fine aux pommes cuite minute, compote de pommes-raisins, boule de glace à la vanille
Domaine Boulard - Champagne "Les Rachais" 2004
Le vin est jaune-vert clair avec une nuée de bulles d'une grande finesse. Le nez est à la fois intense et d'un grand raffinement, doux et floral, pierreux et fruité... quelle complexité! La bouche est fraiche et ample sans opulence, complètement sur la pierre et le fumé, le tout avec une très belle profondeur. La finale est tout aussi dense, elle amène l'esprit à la rêverie. un tout grand vin, Francis, mais cela, on te l'a déjà dit non?
Sur le plat le fraicheur et la minéralité du vin ne sont jamais écrasés par la richesse suave des fruits et j'aurais tendance à dire que le champagne sublime plus le plat que le contraire. Une belle façon de finir ce repas tout en fraicheur avec un grand coup de chapeau au chef !

Et puis... pour le plaisir...
Domaine des Lambrays - Puligny-Montrachet 1er Cru les Folatrières 2000
La robe est or pâle avec des signes d'évolution. Le nez se livre bien sur des notes complexes et évoluées de miel d'acacia de silex et un peu de végétal, feuille écrasée. En bouche, si l'acidité est un peu en retrait (pour le monomaniaque que je suis), le milieu de bouche est très goûteux, presque charmeur avec le côté pierre saline qui s'impose lentement. La finale est plus minérale que fruitée, avec de beaux amers. J'aime beaucoup, et le côté british de ce vin est une splendide manière de conclure cette superbe soirée.
16 décembre 2009
Vino Nobile di Montepulciano

1. A propos de Montepulciano
Montepulciano est située au cœur de la Toscane, dans la province de Sienne. La ville, d’une population de 14500 habitants s'étire le long d'une étroite crête de grès, dominant deux vallées à une hauteur de 605 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Les origines de Montepulciano sont très anciennes, puisque le site semble avoir été occupé par les Étrusques, comme beaucoup de sites de la région où ils prospéraient. Néanmoins, la ville actuelle trouve son origine au 6e siècle, fondée par des habitants de Chiusi afin de se protéger des invasions en cherchant de la hauteur. Ils lui donnèrent le nom de Mons Politianus qui explique celui de ses habitants : les Poliziani (Politiens).
Cette petite ville dont l'architecture est marquée par le style de la Renaissance attire de nombreux touristes pour la beauté de ses ruelles et la vue sur la Toscane et l’Ombrie du haut de ses remparts impressionnants. Si son Duomo, chef d’œuvre du début de la Renaissance occupe fièrement la Place Haute et que la ville renferme des palais somptueux, une des attractions architecturales principales est, extra muros, L'Église San Biagio, considérée comme l'une des plus belles églises de la Renaissance italienne.
L’autre attraction de la ville est sans conteste son vin pour lequel, elle a reçu la DOCG Vino Nobile di Montepulciano.

2. A propos des Vini Nobile di Montepulciano
Les origines du Vin Nobile di Montepulciano sont très anciennes et intimement liées à l'histoire de Montepulciano, la présence de caves parfaitement intégrées dans le centre historique en est le témoignage plus évident. L’histoire commerciale de la ville atteste que déjà en 1350, des normes et des clauses furent établies aux fins du commerce et de l'exportation du Vin Nobile de Montepulciano. Dans la seconde moitié du 14e siècle, le pape Paul III loua les qualités du Vin Nobile et sa réputation s’étend sur toute l’Italie. A partir du 18e siècle, la renommée du Vin Nobile rejaillit au-delà des frontières nationales, en France, puis en Europe et puis aux Etats-Unis.
L’appellation Vino Nobile di Montepulciano DOCG a été obtenue en 1980, après que, dès 1966, les termes de productions avaient été définis. La zone de production s’étend sur 670 hectares du territoire communal et sur les hauteurs entre 250 et 600 mètres, avec une exposition Est-Sud-est. Les sols sont principalement argilo-sablonneux avec des incrustations de grès.
La température moyenne est de 14°c (les hivers sont froids) et les précipitations sont de 740mm en moyenne.
Plus ou moins 50 producteurs se partagent l’appellation. Parmi le plus connus, Avignonesi, Poliziano, Boscarelli et Dei.
Le Vino Nobile di Montepulciano est un vin rouge issu principalement d’une variété du Sangiovese, le «prugnolo gentile» (minimum 70%) pouvant être associée au Canaiolo Nero (10 à 20%) et de petites quantités de « Mammolo » et « Colorino », cépages locaux. Les cépages français sont aussi tolérés dans l’assemblage.
Le vin est élevé au moins trois ans dont minimum un an en présence de bois (sans restriction, neuf, foudre, barrique) pour les Vino Nobile di Montepulciano classiques, deux, pour les Riserva et trois pour les Riserva Speciale, le reste peut l'être en bouteille. Le degré d’alcool minimal est de 12,5% et rendement maximum autorisé de 56 hl/ha
Sur les 10 dernières années, cette appellation a bénéficié d'un nombre important d'années exceptionnelles. Ainsi, 1999, 2001, 2005, 2006 et 2007 sont à considérer comme de très grandes années, 2008 devrait être sur la même tendance. Les années à éviter sont 1998, 2002 et 2003
Quand le vin n’atteint pas la qualité souhaitée, il est rétrogradé en Rosso di Montepulciano.

Prugnolo Gentile
3. Caractéristiques des vins
Les Vino Nobile di Montepulciano sont généralement d’une robe rubis foncé avec des reflets violets. Au nez, on retrouvera des fruits rouges, de la violette, de la cerise et une touche d’arômes forestiers. En bouche, les vins sont souvent ronds, avec une acidité marquée, forts marqués par le fruit avec des tanins souples et plaisants et une longueur plus qu’appréciable. Certains domaines comme Dei visent plus la concentration et une structure tannique importante alors qu’Avignonesi recherche des vins plus modernes, plus marqués par l’élevage. On estime la garde moyenne de 8 à 14 ans.
4. La Dégustation
Le but de la présente dégustation est de comparer 12 des meilleures références de l'appellation, sans toutefois aller rechercher des cuvées spéciales, des Riservas ou autres super-toscans, mais bien le vin, comme il se vent le plus classiquement sur place, le plus souvent dans le but d'être associé à un repas.
Remerciements à l’Enoteca « Dolce Vita » à Montepulciano pour les nombreux conseils et pour la majorité des vins proposés ici.
Les vins ont été ouverts à 16H00 et laissés dressés à +- 16°C. Ils ont été ensuite carafés au moins 3/4 heure avant le service.

Fassati « Gersemi » 2004 (17 euros)
Prugnolo Gentile 90 %, Merlot et Cabernet Sauvignon 10%
La robe est rubis assez soutenu avec des traces d'évolution. Au nez, le vin semble assez ouvert, très sur le fruit rouge avec des côtés sanguins, prune et une légère impression de poussière. En bouche, si l'attaque est fraiche, on part sur un équilibre où la rondeur est un peu effacée au profit d'une impression de vieux vin avec des tanins souples mais légèrement asséchants. La longueur est acceptable. Un vin assez classique, bon, sans plus. 13/20
Luna d’Oro 2005 (14,5 euros)
Prugnolo Gentile 100 % - Biodynamie
La robe est rubis assez foncé. Le nez est nettement plus puissant que le vin précédent avec des notes grillées, de cacao et un fruit rouge assez évolué, proche de la liqueur de fruit. En bouche, dès l'attaque, l'acidité rafraichit puis porte bien l'équilibre sur un beau fruit assez gourmand. La finale est plus sanguine, ferreuse, assez souple et d'une belle longueur. Un très beau vin avec un rapport qualité-prix qui interpelle. 15/20
La Braccesca 2005 (16 euros)
Altitude 280-300m - Prugnolo Gentile 80%, Merlot 15%, Canaiolo Nero, Mammolo et Cabernet Sauvignon 5% - Appartient à Antinori
La robe est semblable au vin précédent mais le nez est plus fermé. Quand il s'ouvre c'est pour partir sur des notes plus charnues de fruits rouges, de la menthe, un peu de floral et petit côté résine. En bouche, l'acidité est présente, sans dominer, tout en finesse, comme tout le reste des impressions qui donnent une sensation de grande légèreté. C'est extrêmement buvable, et si l'alcool ne venait pas jouer les trouble-fête en finale, ce vin aurait été des plus charmeurs et plaisant. 14/20
Val di Piatta 2005 (18,5 euros)
Altitude 250-600m - Rendement 35hl/ha - Prugnolo Gentile 85%, Canaiolo Nero 15%
La robe est rubis, très dense. Si le nez est d'emblée à nouveau assez fermé il évolue, par rapport au vin précédent, vers des notes plus complexes, charnues, viandeuses, animales et épicées. En bouche, l'acidité est bien présente à l'attaque, puis on retrouve une belle densité assez ample, glycérolée avec des tanins fins et fondus. Le vin paraît plus classique, surtout sur la finale plus austère et sur les épices. Tout cela reste très équilibré. On s'attendait à un vin moderne, on a une belle chose très "sangiovese" en finale. 15/20
Azienda Agricola Dora Forsoni « Sanguinetto » 2005 (17 euros)
Prugnolo Gentile 85%, Canaiolo Nero et Mammolo 15%
Dernier 2005 de la série. La robe est rubis assez évolué et le nez surprend par sa fraicheur, tout en petit fruits rouges acidulés (mures, framboises), vraiment plaisant. Confirmation en bouche, où si acidité et fruit sont bien au rendez-vous, les tanins donnent nettement plus de structure au vin. La finale (une des plus longues de la soirée) est plus charnue, tout en volume. Très beau vin et un des deux coups de cœur de la série. 16/20
Le Bèrne 2006 (15,5 euros)
Altitude 350 m - Rendement 25hl/ha – Prugnolo Gentile 97%, Colorino 3%
Passage au 2006, pour lesquels on attend plus de jeunesse et d'exubérance. Confirmation dès la robe de ce fin où on retrouve le rubis soutenu appuyé par des reflets violets. Globalement, tous les autres vins qui suivent, s'accorderont sur ces notes de robe. Le nez est dense, semble plus extrait, avec des fruits rouges, de l'alcool et une perception d'élevage, en faisant un vin d'approche plus bordelaise dans les arômes. En bouche, seule l'acidité me parle vraiment parce que le reste est plus marqué par l'alcool et le bois avec des tanins trop souples. Si cela reste buvable, cela manque trop de structure. 12,5/20

Icario 2006 (16 euros)
Prugnolo Gentile 90%, Canaiolo, Mammolo et Colorino 10%
Le nez est très puissant mais axé trop sur le lactique, les fruits compotés et le bois qui fait penser à des vendanges en surmaturité. La bouche est au diapason, toujours sur impression de "trop", avec une rondeur presque sucrée et de l'alcool trop présent en finale. Sans grand intérêt. 11/20
Avignonesi 2006 (19 euros)
Rendement 33hl/ha – Prugnolo Gentile 85%, Canaiolo Nero 10 %, Mammolo 5%
Qui que vous soyez, un jour ou l'autre, vous serez confronté à ce vin que l'on trouve sur d'innombrables cartes de restaurant, issu d'un des domaines les plus emblématiques de l'appellation. La robe est ici d'une très grosse densité, tout comme le nez, moins sur le fruit mais plus vert, charnu, sanguin à nouveau, sans que cette verdeur soit gênante. La bouche est structurée avec de la fraicheur, un bel équilibre avec du fruit juteux, gourmand, de beaux tanins qui donnent un relief intéressant, une finale avec de beaux amers, des épices et du fruit. Bref, tout cela est très bien fait... trop bien fait , formaté, diront certains, mais sûrement sans défauts. 14,5/20
Poggio alla Sala 2006 (16,5 euros)
Prugnolo Gentile 90%, Canaiolo Nero 10%.
On retrouve ici les impressions du premier 2006 (Le Brème) avec peut-être plus d'animalité et de rusticité au nez. La bouche est aussi très équilibrée, sans défauts, sapide... trop sapide, parce que l'on se rend compte que si tout cela est bien sur soi, c'est résolument très court en bouche. 13,5/20
Poliziano 2006 (19 euros)
Altitude 300-400 m - Prugnolo Gentile 85% – Colorino, Canaiolo et Merlot 15%
Seconde grosse vedette de l'appellation, Poliziano est connu pour des vins souvent parkérisés à souhait. Côté extraction, le nez confirme la réputation, mais le boisé est plus modéré que prévu, avec un axe sanguin et alcool plus net. En bouche, si c'est à nouveau très bien fait avec du fruit et de la fraicheur, les tanins guident plus le vin que pour les autres vins rencontrés et on aurait là un superbe vin, si en finale, bois et chaleur ne venaient pas nous revisiter un soupçon de trop. 14,5/20
Cantine Dei 2006 (14 euros)
Altitude 300 m - Rendement 30hl/ha - Prugnolo Gentile 80%, Canaiolo Nero 15% et Mammolo 5% - Bio
Si à la robe, l'extraction semble de mise, au nez on est sur une complexité et une austérité plus marquée, sans que ce soit déplaisant. C'est réglissé, animal, floral et après aération, on a un beau fruit qui apparaît. En bouche, l'acidité est présente, droite, juste ce qui est nécessaire pour rafraichir la plus grande structure en bouche de la soirée avec beaucoup de matière en bouche et des tanins marqués. On garde cette impression de densité longtemps sur la finale. Si on a là un vin plus austère, c'est le plus complexe et le plus abouti de la soirée. J'adore. 17/20
Boscarelli 2006 (21 euros)
Prugnolo Gentile 90%, Canaiolo, Malvasia Nera, Mammolo et Colorino 10%
Pas facile de passer derrière le Dei, mais le vin de cette autre domaine emblématique de l'appellation s'en sort pas mal. Le nez est plus sur le fruit mûr avec un élevage marqué mais on trouve aussi d'intéressantes notes de cacao. La bouche est tout en équilibre, sans défauts avec une légère dissociation de jeunesse. Un vin plus sapide, plus moderne, très bien sur lui mais certainement pas déplaisant. 15/20
Conclusions
Plusieurs points ressortent collégialement du groupe :
- Si les vins sont souvent assez faciles (ce n'est pas non plus le haut de gamme), ils restent presque tous bien faits et représentent une belle alternative en terme de prix aux chiantis plus classiques surtout en terme d'accord sur un repas.
- Il y a une grande homogénéité entre ces vins dans lequel on retrouve souvent du fruit et de la fraicheur avec de la souplesse en bouche et des tanins très civilisés. Le côté sanguin du Sangiovese s'exprime souvent mieux que l'élevage.
- Beaucoup de vins, toutefois, malgré leur côté très plaisant manquent un peu de structure et de longueur.
- Il paraît erratique de juger ces vins seuls, alors qu'ils sont clairement formatés pour la gastronomie
14 décembre 2009
La Grande dégustation du Clos des Fées

A l'occasion du passage d'Hervé Bizeul à Bruxelles, Eric Ducoulombier, un passionné de la région a réussi à convier ce premier à un repas-dégustation le moins qu'on puisse dire énorme, puisque à l'exception des Petites Sibéries, l'entièreté des vins produits au domaine depuis sa création, étaient proposées à nos palais avides, et cela en présence du maître.
Je ne m'étendrai pas sur le domaine et Hervé, j'en ai déjà causé ICI,... MAIS, je me dois d'insister sur la chose suivante : le forum LPV a publié, ICI, dans le cadre du "domaine du mois" un dossier dithyrambique sur les vins du domaine associant les vins dégustés à Bruxelles aux impressions d'autres membres de ce forum.
Si vous êtes un tant soit peu intéressés par le domaine, ne ratez ce dossier sous aucun prétexte, vous saurez tout sur tout! Le cas échéant, je vous laisse profiter de mes notes personnelles quant à cette fabuleuse dégustation.
Quoiqu'il en soit, un grand merci à Eric, Hervé et à tous ceux qui ont participé à cette belle aventure.
1. Grenache Blanc Vieilles Vignes (Vin de Pays des Côtes Catalanes)

Parcelle de 2,5 hectares de grenache blanc (90%) et grenache gris (10%) avec des vignes de plus de 100 ans.
Terroir argilo-calcaire sur une altitude élevée (200-400 m)Vendanges manuelles
Fermentation lente en cuve Inox (GB) et barrique de deux vins (GG) et élevage en cuves 8 mois.
Filtration avant la mise en bouteilleGrand vieillissement au programme (avec quelquefois un peu de sucres résiduels)
1.1. Vieilles Vignes 2007
La robe est jaune-dorée assez claire. Le nez est plus ouvert que pour le 2006, d’une belle intensité, sur le fruit et des notes miellées. A l’attaque, on perçoit aussi plus de fraicheur que pour le 2006, consécutive à une acidité qui va bien avec le fruité gras du milieu de bouche. Le vin se goûte sec et la finale, épicée est très intéressante. J’aime beaucoup 16,5/20
1.2. Vieilles Vignes 2006
La robe est jaune assez soutenue sans aller vers le sauvignon pour autant. Le nez est fermé, à la limite du réduit. A l’aération on perçoit des notes iodées et de la pierre à fusil. La bouche est équilibrée, épicées, très saline avec une pointe de rondeur presque résiduelle et d’amertume. A revoir. 14/20
Aucun des deux derniers vins ne présente de l’alcool sensible ni au nez, ni en bouche, ce qui augmente le plaisir tactile
1.3. Vieilles Vignes 2005
La robe est jaune-vert soutenu. Au nez, il faut aller en profondeur pour vaincre la fermeture des premiers instants. On retrouve lentement des notes de résine, d’amande et de fruits blancs.
La bouche est au diapason du nez, assez discrète avec une acidité en léger retrait et un fruit blanc dominant. La finale est marquée par une pointe d’alcool et par un léger asséchant. Cela reste assez conforme toutefois à ce qu’on attend de ce vin après quatre ans. Bien. 14,5/20
1.3. Vieilles Vignes 1998 (Vin issu de grenache gris, uniquement)
La robe est jaune-orange, légèrement tuilée. Si le nez paraît oxydatif, il n’en demeure pas moins complexe avec des fruits confits, de la cire d’abeille, de la vanille…. Pour commencer, puis des noisettes, de l’amande et de la badiane (anis étoilé). La bouche est marquée par une fraicheur étonnante, une rondeur importante avec une sensation tactile de tannicité et une pointe d’amertume sur la finale, pas kilométrique. Un vin plaisant et étonnant. 15/20
2. Vieilles Vignes (Côtes du Roussillon Villages)

Assemblage de Grenache (35%), Carignan (35%), Lladoner Pelut (15%) et Syrah (15%) sur les plus vieilles vignes du domaine (50 à 100 ans) avec des sols majoritairement coteaux et argilo-calcaire. Travail en vert important : ébourgeonnage, effeuillage, … et vendange manuelles avec tri puis égrappage.
Fermentations et macération en cuve inox (20-25 jours) puis élevage en barriques (1vin/2vins) pendant 12 mois. Mise en bouteille après affinage en cuve 2 mois sans filtration.
Vin pouvant être consommé jeune (marqué alors par les tanins fins) mais… aussi d’une garde le plus souvent supérieure à 6 ans.
2.1. Vieilles Vignes 2007
(13/11/09) La robe est rouge grenat, très sombre. Le nez est très fermé, réduit au premier abord mais ce vin a été servi trop froid. A l’aération, on oscille entre fruits noirs et verdeur. La bouche est dense, emmenée par une belle acidité. Les épices dominent et la finale est marquée par l’amertume. 13/20
(14/11/09) Tout autre chose au programme où le nez livre vite un beau fruit noir presque chocolaté (noir) alors que la bouche est bien plus gourmande. 15/20(4-5/12/09) Toujours la gourmandise, le croquant et la fraicheur en plus 15,5/20
Le vendredi 13, on avait bossé toute la journée et il faisait assez frais et humide, le samedi 14, il n’y avait eu que la matinée de travail, et au Grand Tasting, on était mieux qu’au Club Med, la chaleur avec. Moi, je dis que ça joue.
2.2. Vieilles Vignes 2006
Toujours du grenat profond à la robe et toujours cette sensation de fermeture au nez… Bien que c’est moins intense que pour le 2007. On retrouve plus vite des fruits noirs, de la garrigue apparaît et on perçoit une certaine douceur légèrement compotée. La bouche est marquée par un bel équilibre, plus gourmand avec des tanins plus fondus, aussi. La longueur commence à s’affirmer. J’aime plus que mes voisins. 14,5/20
2.3. Vieilles Vignes 2005
La robe est semblable en tous points au 2006. Le nez est de plus en plus ouvert, d’abord sur le fruit, puis sur un côté toasté, grillé que j’apprécie énormément. En bouche, on retrouve un très bel équilibre entre acidité, fruit et relief tannique. C’est du velours. Et la longueur est maintenant définitivement au rendez-vous. Excellent. 17/20
2.4. Vieilles Vignes 2004
On commence à noter un peu d’éclaircissement à la vue, sans tuilage apparent cependant. Le nez est bien ouvert, frais, pas une bombe d’intensité, mais riche en complexité avec du sureau, de la viande, des épices (cannelle) et de la garrigue.
La bouche est assez semblable au 2004 mais plus marquée par le relief tannique. On laissant reposer le vin, la fin de bouche devient presque gourmande. Très Bien. 17/20
2.5. Vieilles Vignes 2003
Premier vin de la série à montrer de l’évolution sur la robe. Ce n’est pas intense mais c’est perceptible. Le nez, quant à lui, est résolument ouvert sur des fruits murs, de la confiture de framboise et de la torréfaction. La bouche ne manque pas de fraicheur mais le côté solaire domine plus, et, surtout, les tanins marquent très fortement. Dommage pour le reste, sinon on aurait eu un vin splendide pour le millésime. Bien. 14/20
2.6. Vieilles Vignes 2002
Retour à une robe grenat foncé, plus classique. Le nez est expressif, très ouvert sur des fruits rouge (la framboise à nouveau), de la résine et de l’eau de vie. On part ensuite sur de la réglisse et un peu d’animalité.
La bouche est à nouveau assez fraiche, équilibrée avec des fruits murs remplissant bien le volume buccal. Si les tanins sont fondus en structure, ils deviennent asséchants sur la finale. Ca reste très beau, surtout pour le millésime. 15,5/20
2.7. Vieilles Vignes 2001
La robe est à nouveau très soutenue, toujours aussi peu évoluée. Hervé a-t-il un secret de la conservation des couleurs? Le nez est une petite bombe d’aromes secondaires, complexe à souhait entre fruit, charnu, cacao, réglisse et j’en passe. Si la fraicheur est moins intense, elle est suffisante pour relever l’énorme perception de fruit en bouche, fruit qui fusionne avec les tanins soyeux pour donner une élégance absolue. La longueur est extraordinaire. Du tout grand vin, l’émotion par le plaisir ! 17,5/20
2.8. Vieilles Vignes 2000
Autre millésime, autre vin. L’évolution de la robe se marque à nouveau mais cela reste soutenu. Le nez, lui, est toujours aussi intense, mais sur des arômes tertiaires maintenant. On retrouve de l’animalité, du champignon et de la liqueur de fruits rouges. En bouche, l’acidité s’efface un peu plus mais les tanins soyeux ne viennent pas perturber les petits fruits rouges agréable. La finale est assez souple avec de beaux amers. Joli ! 16/20
2.9. Vieilles Vignes 1999 (Dégustation du 02/09)
La robe est rouge grenat profond avec toujours de l’évolution. Directement, le vin surprend par son nez : très intense, les notes herbacées s’imposent avec de la gentiane, de l’herbe de bison et un petit côté poivron qui fait penser à un cabernet franc pas trop mûr. Mais les patients sont récompensés par des notes plus nobles de réglisse, de fruit et une certaine présence de chair fraiche (pas de gibier) un peu sanguine.
La bouche est structurées, équilibrée entre l’acidité fine, plus de fruit qu’au nez mais les notes premières du nez sont aussi présentes et perturbent une partie du groupe.
La finale est longue, fraiche avec une pointe d’assèchement. Un peu moins séducteur que les vins précédents mais bien à très bien. 15/50
2.10. Vieilles Vignes 1998 (Dégustation du 02/09)
Le vin se présente avec une robe toujours grenat évolué marquée aussi avec une impression de non-filtration. Le nez est assez fermé au service puis s’ouvre sur des notes évoluées (cacao, humus), puis sur du fruit (Fruits rouges et noirs) pour ensuite proposé un peu de pain grillé et de lacté. Après 15 minute d’aération, la torréfaction s’est installée et domine. Très beau.
En bouche, l’acidité est fine et fraiche, l’équilibre qui suit nous étonne par sa qualité (à mettre en parallèle avec les difficultés décrites par Hervé sur son site). En finale on note un peu d’alcool et une pointe de sécheresse le tout sur une longueur moyenne. Pas mal du tout… 14/20
3. Tradition (Côtes du Roussillon Villages)

Vin à base de Lladoner Pelut (100%), cépage cousin du grenache, vinifié uniquement sur les millésimes 98 et 99 et dont les raisins ont été ensuite intégrés dans les vieilles vignes.
3.1. Tradition 1999
La robe est rouge-orangé, très évoluée. Le nez est très ouvert, sur la compote de fruits croquants. En bouche, on est face entre un équilibre quadrangulaire entre l’acidité fine, le fruit, les tanins souples et… du chocolat noir amer. C’est un délice. En plus, c’est long…. J’adooore…. Dis, Hervé, pourquoi t’en fais plus ? 17/20
3.2. Tradition 1998
Toujours cette robe rouge-orangé, mais ce coup-ci, le nez est moins plaisant, plus vert, sur la cire d’abeille, moins précis aussi et dominé à l’aération par l’animalité. En bouche, derrière la fraicheur résiduelle, la torréfaction domine…. Le vin est toutefois assez bien structuré par les tanins, qui dominent en finale. Bien. 13,5/20
4. Le Clos des Fées (Côtes du Roussillon Villages)

Parcelles sélectionnées de vieilles vignes sur des coteaux argilo-calcaires avec un assemblage de parts égales Grenache, Syrah, Mourvèdre et Carignan 25%.Travail en vert intensif et vendange manuelles avec tri puis égrappage.
Vinification en futs demi-muids neufs de 5hl, malolactique en barriques neuves.
Elevage en barriques sur lies pendant 18 mois.
Mise en bouteille sans filtration.
Potentiel de garde 8 à 12 ans
4.1. Le Clos des Fées 2007
La robe est dense à l’extrême, elle me fait penser aux Angélus 89 et 90… c’est dire. Le nez est un peu fermé, vert, mais assez rapidement, il lâche son fruit et son boisé pas encore intégré entièrement. La bouche est à la fois gigantesque de concentration et à la fois équilibrée avec un fruit fondant merveilleux. Les tanins sont encore énormes et doivent impérativement s’assagir. Gigantesque. 19/20
4.2. Le Clos des Fées 2006
La robe, comme pour le 2007 est opaque, pas dans le sens du trouble mais de la densité. Le nez est bien plus ouvert que le 2007 sur les fruits noirs, le toasté et de splendides notes charnues. La bouche est gigantesque avec une tension nettement supérieure au 2007, des tanins fermes très différents de ce que l’on retrouvait sur les V/V, un fruit noir légèrement amer. S’il n’y avait pas la pointe d’assèchement en finale, ce vin serait la perfection absolue. Longueur gigantesque… attention devant. Emotion !!!! 19,5/20
4.3. Le Clos des Fées 2005
Le vin est très concentré à la vue noir, avec de nombreux reflets violacés. Le nez est très complexe, dense et on n’arrête pas de bondir d’un arome à l’autre : fruits noirs, réglisse, des huiles essentielles sur le résineux et une pointe fine d’alcool. La bouche propose un équilibre bien affirmé et soyeux. Un très grand vin à attendre toutefois. 17,5/20
4.4. Le Clos des Fées 2004
Toujours la robe dense et sombre, sombre…. Le nez est intense avec une impression de fruit rouge un peu acide, des essences puis des notes charnues et animales. C’est vraiment une belle complexité. La bouche est dense, fraiche et équilibrée mais le bébé doit encore assagir ses tanins, c’est sûr. Très, très beau mais à garder. 16/20
4.5. Le Clos des Fées 2003
La robe ne manque pas d’intensité par rapport aux millésimes précédents moins solaires. Bien que le nez soit dominé par le bois, que l’acidité est en retrait… on a du fruit et des tanins structurés sans être asséchants. On a vraiment la sensation d’un bel équilibre et la finale est plaisante, sur de beaux amers. Très bien. 15,5/20
4.6. Le Clos des Fées 2002
La robe est très semblable au 2004 et au nez fruit noir et boisé se disputent la mise avec un peu de Kirsch qui vient s’en mêler. La bouche est caractérisée par une grande rondeur, une amertume plus nette que pour 2003 et des tanins un peu secs. Globalement, c’est plaisant mais on sent que cela peut beaucoup mieux. 14,5/20
4.7. Le Clos des Fées 2001
Ce vin a un problème, c’est sûr, il manque totalement de précision et la verdeur… aie… Problème de bouteille ? Non côté
4.8. Le Clos des Fées 2000
La robe est grenat noir, très dense, sans évolution majeure. Le nez est bien sur les fruits noirs et rouges avec une légère évolution vers l’alcool, sans déranger. La bouche est onctueuse, flatteuse avec un fruit qui s’installe vite et longtemps. Du grand Plaisir. 17/20
4.9. Le Clos des Fées 1999
Belle densité de robe. Le nez ne me séduit pas avec des aromes de gentiane et de menthe. Un excès de bois neuf ? Confirmation en bouche plus sur l’acidité et les tanins secs que sur le fruit. Moyen : 12 ,5/20
5. De battre mon cœur s’est arrêté (Vin de Pays des Pyrénées Orientales)

Vin issus de syrah trentenaires plantées sur un sol granitique drainant de type plutonique sur des coteaux d’orientation sud-sud-est à 600 mètres d’altitude. Vendanges manuelles et transport en camion frigorifique. Fermentation rapide sans maîtrise des températures avec de nombreux remontages. Aération maximale et cuvaison de 17 jours avec maintien du chapeau immergé. Pressurage pneumatique, sélection du vin de goûte uniquement. Malo rapide, sulfitage modéré et mise rapide des vins au clair par soutirages successifs. Elevage en cuve de 5 à 6 mois. Première cuvée en 2007 (2500 bouteilles)
5.1. De Battre 2008
La robe est noire (vous savez comme les siciliennes…), dense, dense… Le nez est d’abord sur la réduction avec des notes animales dominantes. Avec l’aération on revient sur du fruit rouge, des épices et un peu de cacao. En bouche, la fraicheur acide est très présente avec ce côté suret des Syrah jeunes et on trouve aussi du grillé. Ce serait pas mal si, à côté de cela, il n’y avait pas ce côté crayeux qui dérange. A attendre et revoir. 13/20
5.2. De Battre 2007
La robe est à nouveau aussi dense et bois d’ébène. Si le nez animal ouvre le tir, on retrouve beaucoup plus de complexité que le 2008, avec du fruit plus net et des épices poivrés. En bouche, on se tourne vers le plaisir…. Il y a de l’alcool, certes, mais ce crémeux aux tanins épicés dont le vin fait preuve appelle la fête. Probablement à ne pas attendre… mais, comme cela, c’est bon ! 16/20
6. Un faune avec son fifre sous les oliviers sauvages (Vin de Pays des Pyrénées Orientales)

Cabernet-Franc taillé en gobelet, planté à 6800 pieds/ha sur une micro-parcelle de 7000 m² au pied d’une falaise abrupte de calcaire Urgonien qui protège les vignes de la chaleur et de la sécheresse. Un cépage de garde taillé pour la garde….
6.1. Un Faune… 2008
Un cabernet franc de 2008, on imagine que cela peut y aller… La robe est assez dense mais on n’est visiblement pas sur de la surextraction. Au nez, avec de la fraicheur, on retrouve les standards du cabernet franc sans verser dans le poivron mais plutôt le fruit rouge croquant. La bouche est puissante, violente, la réglisse y domine les tanins encore avec beaucoup de relief. La finale est gigantesque pour un vin trop jeune mais très prometteur. 16,5/20
7. Conclusions
Côtés blancs, j’aime toujours ce côté fruit blancs gras et fraicheur qu’on retrouve aussi sur la nouvelle cuvée du Roc des Anges. Cela fait des vins très plaisants apéritifs.
Sur les rouges, même s’ils étaient ce soir assez fermés, les Vieilles Vignes m’emballent par leur cohésion. Si le style est un peu austère, le plaisir est là, dans le fruit et surtout la fraicheur, ultra constante sur la verticale.
Difficile de juger le Lladoner Pelut sur 2 millésimes, mais le Tradition 99 me donne des regrets que ce cépage ait rejoint les vieilles vignes définitivement. (Hervé, même pas un petit demi-muid, l’année prochaine ?)
Le corps de la dégustation est le Clos, ce vin dont Hervé nous confie qu’il se veut un jour être son image d’un grand vin de France. Si je préfère le style des V/V sur les premiers millésimes réalisés, avec dans ceux-ci des perceptions quelquefois comparables aux vins de Gauby, les trois derniers millésimes se démarquent vers des vins denses, complexes, très structurés, beaucoup plus modernes qui contiennent, eux, l’émotion qui me fait les goûter si souvent si jeunes. Du grand art… des vins comme je les aime aussi en Italie !
Pour Faune et De Battre, je passe mon tour… et on revoit cela dans deux ans.
Ca c’est pour le technique, mais dans ces vins goûtés lors de cette fabuleuse soirée, il y a l’homme et quand l’homme est présent, qu’il nous anecdote chacune de ces bouteilles, le vin se met à vivre réellement, à battre intensément, avec ses grands moments, ses faiblesses et sa sensibilité. Vous ne pensez pas qu’Hervé est sensible ? Moi, il y a cinq ans, j’en doutais, aujourd’hui, il fait partie des gens les plus humains que je connaisse. Avant je devais être ignorant, l’ignorance de celui qui connaît mal. Salut l’artiste….
PS : A force de nous permettre de telles dégustations, ne devenons-nous pas des … anges ?
11 décembre 2009
Le domaine Jean-Marc Bernhard à Katzenthal

Les images de ce compte-rendu sont utilisées avec l’agréable agrément du domaine Bernhard et de Pierre Radmacher (Forum DC)
Beaucoup parlent en bien et de plus en plus de ce domaine, coup de cœur de l'édition millésime 2008 de la RVF en juin, d'autant plus que l'on y est remarquablement accueilli.
L'occasion après 3 passages de faire une thématique sur ce domaine était belle, surtout que Frédéric Bernhard m'a permis, à l'occasion, d'acheter quelques plus vieux ou plus rares flacons.
A propos du domaine
Le domaine familial Jean-Marc Bernhard se situe à Katzenthal, en Haut-Rhin à 10 minutes à l’ouest de Colmar, blotti depuis 1802 dans une des vallées encaissée entre Kaysersberg et Niedermorschwhir (Turckheim).
Frédéric, son père Jean-Marc et leurs charmantes épouses représentent l’épine dorsale actuelle de la gestion du domaine.
Le vignoble de 10 hectares est réparti sur 5 communes, où l’on retrouve les Grands Crus Schlossberg, Wineck Schlossberg (attenant au village), Mambourg, Furstentum, Florimont et le récent Kaefferkopf. Pour mieux découvrir « LE » Grand Cru du village, soit le Wineck-Schlossberg, un détour par ICI s’impose.

Une tradition de générations en générations
La culture de la vigne est basée sur le respect du terroir et des sols. Tout est fait pour favoriser la vie de ceux-ci : labours réguliers, enherbement renouvelé un rang sur deux, apport de compost, entretien des vieilles vignes. Globalement, la plupart des parcelles sont travaillées en bio sans que l’agrément ai été demandé à ce jour.
A la récolte, les raisins murs sont favorisés sans vouloir rechercher de la surmaturité (densités de 1095 à 1100 maximums sur les rieslings du Wineck), ce qui confère à leurs vins une tradition de caractère sec.
La vinification est basée sur la même philosophie, limitant les intrants au strict minimum, non interventionniste, favorisant les fermentations longues avec l’aide de levures naturelles.
Les malos se font parfois mais elles ne sont jamais recherchées ni favorisées. Les élevages se font en foudre pour les rieslings, les pinots gris et les pinots noirs, les autres cépages sont élevés en cuves inox thermorégulées.
De nombreux investissements sont réalisés sur la modernisation du matériel de vinification à la pointe du progrès afin de garantir le maintien qualitatif des raisins.
Les terroirs dégustés
Grand Cru Wineck-Schlossberg (Katzenthal)
Le cru s’étend sur 27 hectares entre 270 et 420 mètres d’altitude avec une exposition sud, sud-est et des pentes importantes. Son sol, pauvre, est de nature granitique, presque exclusivement, à 2 micas désagrégés. Il contient cependant un peu plus d'argile que son illustre voisin du Schlossberg. Plus protégé des vents que les autres terroirs granitiques, ce terroir donne des vignes précoces avec des vins solaires souvent résiduels si on ne tient pas compte de cette capacité à murir plus tôt. Le riesling sied particulièrement à ce terroir.

Katzenthal et le Wineck
Grand Cru Schlossberg (Kaysersberg-Kientzheim)
Le Cru s'étend sur 80 hectares exposés majoritairement plein sud entre 230 et 430 mètres d'altitude sur un sol exclusivement granitique plus friable du côté de Thannenkirch, plus compact du côté de Kaysersberg, mais globalement, il laisse bien filtrer l'eau. Les vins sont le plus souvent très minéraux, d'une grande finesse et de grande garde. Si le riesling est le cépage roi du Schlossberg, les Gewürztraminers sont des plus intéressants pour leur finesse.
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Le Schlossberg
Grand Cru Mambourg (Sigolsheim)
Le cru s'étend sur 62 hectares entre 205 et 340 mètres d'altitude. Exposé au sud et particulièrement pentu, son sol est marno-calcaire avec des argiles inclus de galets calcaires du tertiaires. Bien que bien aéré et hydraté, il s'agit-là d'un des terroirs les plus solaires de l'Alsace, très favorable au Pinot Gris et au Gewürztraminer pour lequel il donne des vins aromatiques aux senteurs souvent orientales, avec des notes fumées pour les pinots gris.

Le Mambourg
Grand cru Florimont (Ingersheim - Katzenthal)
D'exposition Sud-Sud-est ce coteau s'étend sur 21 hectares entre 225 et 290 mètres d'altitude. de couleur marron, ce terroir est formé d'un substrat calcaire inclus de marnes avec des parties plus argileuses en bas de coteau. Il s'exprime mieux sur des années fraiches, car il a tendance a souffrir facilement de la sécheresse. Bien que le riesling y soit bien planté, c'est le Gewürztraminer qui domine ce cru. Tendant entre épices orientaux et aromes floraux, ce dernier cépage donne des vins souvent gras et puissants.

Le Florimont
Grand Cru Furstentum (Kientzheim - Sigolsheim)
De nature calcaro-marno-gréseuse avec un peu d'argile, le terroir est riche en fer en en pierres calcaires jaunes. Les 30 hectares du cru sont exposés au Sud, Sud-ouest sur des dénivelés importants. Le Gewürztraminer y est le cépage le plus planté, et paradoxe par rapport à la richesse relative des sols, il y donnes des vins très fins et de grande garde. Le riesling y est aussi bien planté, donnant aussi des vins fins. Le pinot Gris, enfin, s'exprime souvent avec force et richesse sur ce terroir mais il y profite d'acidités élevées qui lui garantissent une belle fraicheur et une garde importante.

Le Furstentum
Le vignoble autour de Katzenthal
Les sols autour du village sont de nature plus argileuse que sur le Wineck-Schlossberg, avec des parties, en plaine, plus sablonneuses, et sont souvent très précoces.

Katzenthal
Questions à Frédéric Bernhard
Sur votre site web, vous prônez une identité d’agriculture « raisonnée » avec respect des sols sans vous identifier « bio » comme tel alors que de nombreuses parcelles sont cultivées comme tel. Pensez-vous aujourd’hui qu’aller vers une démarche encore plus bio est logique, programmée ou non ?
Oui, programmée et déjà entamée par la conversion progressive du domaine dès le millésime 2010.
On sait l’alsacien fort attaché à sa terre et, à l’inverse des nouveaux viticulteurs, comme certains dans le Languedoc, accrochée à celle-ci depuis des générations, au point qu’il pourrait être facile de considérer l’Alsace comme la patrie des viticulteurs les plus terriens. Vous considérez-vous comme digne héritier de cette lignée ou pensez-vous que le vignoble doit être envisagé aujourd’hui par une démarche plus intellectuelle ?
Plutôt terrien et respectueux du travail de nos ancêtres, comme les Bourguignons…
L’association des Grands Crus d’Alsace a été marquée par des récents débats houleux autour des appellations. Sans vous demander de vous positionner, que pensez-vous de la complantation ?
Les grands vins peuvent avoir un Nom et un Prénom...
En dehors des 4 cépages dits « nobles », avez-vous un petit coup de cœur pour un autre?
Le Pinot Noir sur certains terroirs calcaires, mais ceux-ci sont plus difficiles à valoriser pour ce cépage
Pouvez-vous nous décrire vos impressions sur les trois derniers millésimes, chez vous, au domaine, plus principalement pour 2009, dont, à l’heure où ces lignes sont écrites, nous n’avons que peu de recul ?
2007 : précoce, beaux équilibres, bonne garde, botrytis et concentration. Mention spéciale aux Gewürztraminers.
2008 : très grand millésime de garde, tardif et frais, avec des raisins très propres et denses. Deuxième millésime très ''Alsacien'' avec une mention spéciale aux Rieslings.
2009 : plus de fruits, de rondeur, d’acidité tendre, et donc, des vins gourmands et opulents, peu de botrytis. Mention spéciale aux Pinot Gris.
Une certaine augmentation de la demande du public favorise depuis quelques années la production de vins structurés sur plus de sucres résiduels, la résultante en étant la présence croissante de VT et SGN sur les tarifs des viticulteurs de votre région. De votre côté, on associe souvent à vos vins, un caractère très sec. Pensez-vous que l’on peut garder le respect de l’expression du terroir en le travaillant à la fois pour les vins secs, VT, SGN et autres voisins de glace ?
Oui, tout cela est possible, mais attention à bien distinguer les genres. Effectivement, nous essayons de trouver dans le style sec notre voie, notre style et nous tentons de nous y tenir au maximum, quelles que soient les variations de la demande générale.
Voyez-vous personnellement ces dernières années une évolution de la clientèle ?
Oui nous avons plus de clients œnophiles, de cavistes et d'importateurs qui demandent nos vins spontanément.
Notre club, DCVD, a une forte appartenance au monde des forums de vins. Etes-vous plus ou moins sensibles aux réactions face à vos vins, et ce par rapport à la presse professionnelle ?
Oui, j’y suis plus que sensible, même si je ne lis pas tout par faute de temps ; votre avis est complémentaire à ceux des guides pros car vous êtes également acheteurs et consommateurs, et aussi plus sensible à la notion de rapport Qualité/Prix.
Quelle serait pour vous, aujourd’hui, la plus belle reconnaissance à laquelle vous aimeriez aspirer (encore ?)…
Peut-être que notre production continue à être demandée à long terme, et notre style reconnu et recherché.
C’est bien parti….
Les vins dégustés
Sylvaner Katzenthal 2007
Riesling V/V 2006
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 1996
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 1999
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2004
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2006
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2007
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2008
Riesling Grand Cru Schlossberg 2006
Riesling Grand Cru Schlossberg 2007
Riesling Grand Cru Schlossberg 2008
Pinot Gris Grand Cru Furstentum 2002
Pinot Gris Grand Cru Furstentum 2008
Gewürztraminer Grand Cru Florimont 2005
Gewürztraminer Grand Cru Florimont 2006
Gewürztraminer Grand Cru Florimont 2007
Gewürztraminer Grand Cru Mambourg 2005
Gewürztraminer Grand Cru Mambourg 2006
Muscat VT 2005
Riesling VT "Jus de Jules" 2004
Gewürztraminer Grand Cru Mambourg VT 2001
Pinot Gris SGN 2005
Gewürztraminer SGN 2005
Les vins n'ont pas été dégustés à l'aveugle mais dans un ordre qui se rapproche de celui du domaine, à une température de 8-9 degrés, température extérieure du moment. Chaque bouteille a été ouverte vers midi pour tester les défauts éventuels avant d'être refermée par un bouchon de verre jusqu'au soir.

Sylvaner Vignoble de Katzentahl 2007 (4,5 euros)
Belle robe jaune-vert très claire. Le nez est intéressant, complexe avec des aromes de bonbon aux fruits d'abord, puis des fruits plus citriques et de la poire. En bouche, on retrouve le côté citrique, très appuyé par l'acidité droite et pure. Le vin est long, frais, très sec et aromatiquement pur, très loin du côté variétal du cépage. A 4,5 euros, ce serait un crime de s'en priver. Très Bien (14,5/20)

Riesling V/V 2006 (6 euros)
La robe est doré-clair, sans défauts. Le nez est plus fermé, moins expressif que pour le sylvaner, puis à l'aération il parsur des notes variétales citriques ainsi qu'un peu de fruits blanc et de floral. La bouche est à nouveau très droite, marquée par l'acidité qui masque un peu trop le fruit. Cela pourraît paraître aussi yun peu plus complexe, surtout que la finale, assez courte est marqué un peu par l'amertume. Moyen. 13,5/20

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 1996 (12 euros (anciennement 10)
Intéressant de commencer la série des Wineck par un vin plus ancien, d'un beau millésime, dans un style annoncé plus germanique. La robe est jaune-or sans l'impression d'une évolution prononcée. Le nez est d'abord très fermé puis s'ouvre sur des notes très citriques, puissantes et un côté viandeux. On sent transparaître la fraicheur. L'acidité ouvre, porte et ferme la bouche comme un sabre affuté donnant à ce vin une rectitude énorme et qui paraît au yeux de sa longueur, indestructible. Si ce style semble avoir disparu du domaine et même de l'Alsace, plusieurs dont moi (qui ne craignent pas le soufre) s'en délectent. Très Bien. 15/20
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 1999 (12 euros (anciennement 10)
La robe est semblable au 96. Le nez est assez intense, plus sur l'orange et les agrumes exotiques que sur le citron. On reçoit aussi une certaine chaleur. Bien que la bouche paraisse encore droite, l'acidité est plus en retrait au profit d'une certaine rondeur confortée par la présence tactile de résiduel. La finale qui en résulte est un peu molle et plus courte Moyen. 12,5/20
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2004 (12 euros (anciennement 10)
La robe est jaune-vert clair, et aura cette constance pour les trois millésimes suivant dégustés en Wineck. Le nez est net, intense, avec une belle élégance hormis une toute petite pointe de verdeur (gentiane). Il s'en dégage aussi beaucoup de minéralité. La bouche est fraiche avec une acidité bien plus tranchante à nouveau tout cela en bel équilibre avec le fruit et la salinité et cette fraicheur persiste sur la finale de façon très vivace en faisant ressortir de beaux épices sur la longueur. Très Bien. 15,5/20
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2006 (12 euros (anciennement 10)
Le vin paraît d'abord fermé au nez qui lentement s'ouvre sur des aromes citriques, floraux et un peu mentholés. En bouche, on retrouve un bel équilibre entre le fruit et l'acidité sans perception tactile de résiduel, ce qui est notable pour le millésime. La finale pourrait être plus longue et est un peu perturbée par une pointe d'alcool et une structure un peu asséchante. Bien+. 14/20
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2007 (12 euros (anciennement 10)
On passe à un millésime plus réussi avec 2007 et c'est très perceptible. Le nez redouble d'intensité et on y retrouve les notes d'agrumes et de menthe du 2004, renforcées ici et là par une touche de bonbons, une toute petite pointe d'alcool et de la pierre. La bouche a de quoi réveiller Horst Tappert (Inspecteur Derrick) tellement on en prend plein les papilles. De l'acidité tranchante comme un sabre (presque perlante) aux aromes citriques en passant par la salinité, la concentration est là, omniprésente, sans pour autant manquer d'élégance et de finesse. Un très très beau vin. Ce vin se goûte très sec, de plus. 17/20
Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2008 (12 euros)
Pour ce 2008, on prend le 2007 et on met un petit exposant en plus. Tout s'exprime effectivement avec un plus, à commencer par le nez, qui bien que jeune exprime les aromes du 2007, sans l'alcool toutefois, mais avec une complexité inouïe avec des aromes supplémentaires de thé, de miel et du floral. La bouche est gigantesque avec l'acidité à nouveau tranchante et légèrement perlante, un fruit et de la salinité très présents, compacts. Ce n'est pas un pic, c'est un roc!. La finale est somptueuse, dense et fraiche promettant un tout grand avenir à ce très très grand vin sec. Et vu le prix, cela paraît totalement incontournable. 18,5/20

Riesling Grand Cru Schlossberg 2006 (12 euros)
A la robe, on évolue un peu par rapport aux Wineck, avec un jaune-or plus intense et une légère impression de gras plus présent. A nouveau, sur les 3 millésimes considérés (06-07-08), on ne peut qu'être frappé par l'uniformité de ces robes.
Le nez est d'abord fermé (comme pour le Wineck) puis il s'en va chercher des aromes assez évolués, lactés, miellés et mentholés. C'est très plaisant. En bouche, on retrouve moins d'harmonie et de complexité, parce que, si l'acidité reste appréciable, on note une rondeur un peu chaude qui perturbe l'équilibre. La longueur est aussi un cran en dessous, même si cela reste agréable globalement. 14,5/20
Riesling Grand Cru Schlossberg 2007 (12 euros)
On repart sur un nez très intense, puissant avec des notes lactées, fumées avec un côté viandeux, animal, du fruit, bref, une grosse complexité. La bouche est droite, façonnée par l'acidité (un peu moins tranchante que sur Wineck) qui maitrise le fruit et le résiduel pour donner un vin frais et ample avec un volume de bouche qui paraît aussi plus important que pour le Wineck. Sur la finale, très longue, on note plus de rondeur avec une fine pointe de chaleur et d'amertume qui avec l'âge se fondront pour donner un très beau vin. 16,5/20
Riesling Grand Cru Schlossberg 2008 (12 euros)
La robe est un peu plus claire que pour le 2007 et au nez, on reprend les même aromes avec un fruit plus expressif et une densité minérale plus notable. Equilibre, pureté et fraicheur sont à nouveau au programme, avec ce petit plus du 2008 par rapport au 2007. La matière structurale est en effet énorme en milieu, comme en fin de bouche avec la salinité qui ne se discute pas et un relief de bouche presque tannique. Grand vin de grande garde au programme. 17/20

Pinot Gris Grand Cru Furstentum 2002 (10 euros)
Ce vin était hélas marqué par du bouchon à l'ouverture et même si celui-ci s'était largement effacé le soir, le nez et la bouche manquaient de netteté et nous n'avons pas estimé cette bouteille.
Pinot Gris Grand Cru Furstentum 2008 (12 euros)
La robe est claire, jaune -vert et le nez est puissant et frais avec des aromes plus exotiques de mandarine, de macédoine de fruits jaunes avec un note d'orange amère. En bouche, on ressent un bel équilibre avec un beau rapport entre l'acidité, le fruit et les sucres. Sur la finale toutefois, le côté sucré a tendance à s'affirmer avec une amertume qui se développe lentement. C'est bien mais a réserver à une cuisine asiatique, selon moi. 14,5/20

Gewürztraminer Grand Cru Florimont 2005 (10 euros)
La robe est plus dorée que jaune sans un excès de concentration. On retrouve celle-ci de façon très cohérente sur les millésimes 2006 et 2007. le nez est intense sur des notes beurrées et lactées d'abord, puis on évolue sur des notes plus variétales de rose mais celles-ci sont tempérées par une forte impression de terroir que, avec mon vocabulaire, j'appelle perception de minéralité. Si fraicheur acide et fruits sont au programme surtout sur le milieu de bouche pour donner un vin très plaisant, la finale dérive un peu sur des vagues amères ou sucrées. Bien+. 14,5/20
Gewürztraminer Grand Cru Florimont 2006 (10 euros)
Le vin est d'abord fermé au nez puis celui-ci s'ouvre sur des aromes variétaux, épicés, presque caramel, avec une netteté qui perturbe un peu. En bouche, le vin paraît un peu passé, sans vigueur dans la fraicheur et une finale trop courte, plate et sucraillonne. effet de millésime ou défaut de bouteille; je préfère la seconde option, surtout que j'ai de meilleurs souvenirs au domaine. 12,5/20
Gewürztraminer Grand Cru Florimont 2007 (10 euros)
Ce nez-ci est nettement plus complexe, moins variétal et plus sur le floral et le minéral avec une belle finesse aromatique à peine perturbée par une petite invasion d'alcool. La bouche est plus fraiche, plus équilibrée, sapide et saline avec du fruit et nettement moins de sucre et d'amertume sur la finale, bien longue aussi. J'aime vraiment beaucoup et je trouve ce vin idéal, dès maintenant, pour un apéritif. 16/20

Gewürztraminer Grand Cru Mambourg 2005 (13 euros)
Passage à un terroir plus marquant généralement que le Florimont. La robe est un ton de concentration au-dessus, toujours dans la gamme du doré clair. Le nez est agréable, riche et varié avec des mandarines et d'autres petit fruits, des notes de café et le variétal très en retrait. Une pointe d'alcool vient s'ajouter à cette fort belle exubérance. La bouche est équilibrée avec une tension perceptible mais pas dominante. On n'a pas une grosse perception tactile de résiduel et je trouve la finale très classe, si ce n'est des amers un peu envahissants sur la fin. A nouveau, un très beau vin, nettement plus accompli que le Florimont. 16,5/20
Gewürztraminer Grand Cru Mambourg 2006 (13 euros)
Ce vin est le dernier gewurztraminer de la gamme des vins secs de la soirée. Par rapport au 2005, il semble avoir subi de plein front les assauts du millésime, chaleur estivale et humidité sur les vendanges. Le résultat est tant au nez qu'en bouche quelque chose de bien trop souple pour rivaliser avec le 2005, tant sur la structure que sur la tension. Très moyen. 12,5/20

Muscat VT 2005 (50 cl - 20 euros)
Petit détour par un vin qui nous avait "accroché" au domaine, Jehan et moi, pour commencer les "sucres". La robe est très claire, plus verte que jaune. Le nez confirme d'emblée notre impression de l'été passé avec une splendide finesse, des aromes aériens de violette et de muscat croquant. La bouche est tendue à l'attaque, puis équilibrée, complexe sur le fruit, avec des épices qui se marquent sur la très belle finale avec des équilibres de sucres qui font plus penser à un vin de glace frais qu'à une vrai Vt, fraicheur qui apporte beaucoup de sapidité. a ne pas rater si vous passez au domaine. 16,5/20 et Coup de Coeur.

Riesling VT "Jus de Jules" 2004 (50 cl -15 euros)
Ce vin a été nommé ainsi pour célébrer la naissance du petit Jules en 2004. La robe est jaune-or assez clair. Le nez est riche, pur et complexe, comme souvent sur les riesling en VT, avec de beaux aromes de pomme, d'orange et de mandarine. L'attaque de bouche est vivace, mais le vin semble un peu étroit. Si les sucres ne débordent jamais, seule la fraicheur marque le vin et la finale paraît asse courte. C'est bien mais on aurait espéré un peu plus de densité et de longueur. 14/20
Gewürztraminer Grand Cru Mambourg VT 2001 (50 cl -15 euros)
On s'attendait à un grand vin sur un beau terroir et un grand millésime. En finale, on est déçu parce que le vin est trop marqué par les sucres, l'amer, la faiblesse de la longueur et surtout la fraicheur en retrait. On a peut-être mal compris ce vin , on commençait à fatiguer, il est vrai, mais l'avis objectif de Frédéric m'intéresse sur ce coup-là ! 12,5/20

Pinot Gris SGN 2005
On monte d'un échelon dans la sucrosité avec ce premier "Grain Noble". Si le nez est plus complexe que le vin précédent avec un lacté botrytisé intéressant sans fadeur du champignon, la bouche manque de vivacité et le sucre domine trop la finale. Les prédiabétiques apprécieront. 14/20

Gewürztraminer SGN 2005
L'enfant se présente mieux avec une robe bien dorée, grasse mais nette. Le nez aussi assure plus de netteté bien qu'un peu de volatile est présent. Des aromes de fruits croquants se dégagent tant au nez qu'en bouche, très sur la mandarine, le variétal est pratiquement absent et la bouche ne manque pas de fraicheur pour assurer une belle longueur à ce vin. Très bien, même si ce n'est pas ce type de vin que je recherche particulièrement.
Conclusions
La réputation du domaine de faiseur de vin secs fins et précis, surtout sur les Rieslings est loin d'être galvaudée, et si les Schlossberg sont marqués plus par l'amplitude tout en gardant de la fraicheur et de la longueur, c'est aux Rieslings Wineck-Schlossberg que vont mes louanges. Ces vins sont purs, droits et longs, rafraichissants dans les beaux millésimes et d'une très belle salinité. Au prix où ils sont commercialisés, il serait criminel de passer à côté. Si j'ai eu moins facile avec les pinots gris, secs, VT ou SGN, je trouve que les Gewürztraminer s'en tirent avec les honneurs, avec souvent plus de terroir que de variétal, et c'est tant mieux. Je ne voudrais pas oublier le sylvaner dont je regrette de ne pas l'avoir incorporé à notre marathon de juin sur ce cépage et puis... il y a ce muscat VT dont mes papilles frétillent encore et qui me permet de croire que le domaine peut assurer autant de maitrise sur les sucres que sur les secs.
Je dirais pour finir que la majorité des vins, surtout les secs sont à l'image de cette famille, tout en accueil, charme, finesse et élégance. J'ai hâte d'y retourner, mais cela personne ne l'ignore !

Coordonnées du domaine
Domaine Jean-Marc BERNHARD
21, Grand'rue
F-68230 KATZENTHAL
TEL : +33 (0)3 89 27 05 34
FAX : +33 (0)3 89 27 58 72
WEB : www.jeanmarcbernhard.fr
07 décembre 2009
Le Grand Tasting - 2 days after

Première observation que Thierry Meyer m'avait suggéré il y a quelques jours : "Les salons, c'est super.... tu pourrais y découvrir des tas de choses et tu files toujours droit vers ce que tu connais, et prioritairement chez tes potes". Résultat, j'ai passé au moins une de mes deux journées chez les Alsaciens et les Italiens.
Deuxième observation : Vient-on encore au salon pour le vin? Je parle du liquide pas de la sphère... C'est vrai qu'ici le mot salon prend tout son sens... Rien que par les rencontres. C'est un vrai bonheur de mettre des visages sur des noms, Gunthard du matin et du soir, jeunes admirateurs de normale sup (un peu moins, maintenant), mon Arelate qui m'a cherché dans tout le salon pendant une bonne paire d'heures... J'en passe et des meilleures... Et puis, y a les potes des potes qui deviennent des potes, faut pas les oublier, ces zoziaux-là.
Troisième observation : C'est la conjonction des deux premières observations... T'arrêtes pas avec les potes de la deuxième d'aller chez les potes de la première, question de présenter les seconds aux premiers. Y en a qui apportent des bonbons, moi c'est des potes (un peu de chocolats quand même). Résultat, 5 passages chez mon Hervé, autant chez Petite Agathe, et, chez Sipp, je compte plus, c'est au dessus de ma base dix, va falloir que je me mette au Babylonien, paraît qu'ils étaient en base soixante!
Enfin, chez Valgiano et Roagna, là je dis pas, les deux petites dames ont du croire que j'en pinçais pour elles, surtout qu'elles, au début, z'étaient pas potes, mais mon acharnement soudain, c'est de la faute à Paulo et Elisabetta (Je me comprends).
Quatrième observation : Y a un truc à la mode, le gros Buzz chez les Français de France, ce sont les escaliers (non pas les Marches, c'est ailleurs), mais les escaliers, enfin, l'ESCALIER. C'est à tel point couru que samedi soir, on savait plus le traverser. T'étais en haut ou en bas, c'était un choix, mais quand t'y étais, tu changeais plus. Préparateurs physiques, alerte rouge, je dis !
Bon parlons quand même vin :
Alsace :
Passion oblige, fallait bien que je me fasse un max de la brochette rhénane présente.

Etienne
Chez Sipp, toute la gamme présentée par Martine et Etienne se comportait vraiment bien, au top même, avec un Kirchberg 2007 qui lentement s'affirme par rapport à l'Osterberg du même millésime, par la puissance et l'expression du terroir. Belle mention pour le PG du Kirchberg toujours en 2007, plus marqué par son sol que par le résiduel. Je trouve le GW Osterberg 2005, plus marqué, pour le moment, par le variétal, mais ça, c'est une question de goût. Enfin, pas oublier le Riesling Kirchberg 1999, d'un autre style, plus à l'ancienne, mais en pleine maturité !

Agathe
Chez Petite Agathe Bursin, comme d'hab, c'est compact, je veux fidèle à un style. Les résiduels du millésime 2008 sont peut-être plus marqués qu'en été, ce qui peut en contrarier certains, mais j'aime bien l'intensité et le fumé de ses vins. Mention spéciale pour le Sylvaner Eminence, le Riesling Zink classique, précis en diable et surtout la VT en Riesling GC Zink, très rafraichissante avec ses seuls 28,5 gr de résiduel.

Matthieu
Chez Marcel Deiss, content de retrouver Matthieu (dommage que Florian ne fut pas là aussi), toujours aussi disponible malgré le monde. Gros coup de cœur pour le Schoffweg 2005, au nez un peu pomme (mais pas oxydatif), mais surtout avec cette puissance dans l'acidité et le fruit. Un grand vin. Grassberg 2005 et Huebuhl 2002 sont plaisants à souhait, surtout le second, d'une superbe buvabilité. Mambourg 2006 est visiblement trop jeune, un peu fermé quand on sait de quoi la bête est capable.
Chez Blanck, la gamme présentée est énorme, très glacée comme l'année passée. S'il faut saluer l'effort de viser large, encore faut-il que tout ait la même précision, or, là, je reste sur ma fin. Si les Schlossberg s'en tirent bien, surtout le 2007, énormément de vins sont sous la coupe du millésime avec des résiduels pénibles sur 2006. Et puis, ca m'arrive rarement d'être acide en critique, mais la présentation de ces vins me laisse perplexe, tant l'animateur, sommelier de son état, refuse le dialogue ou la controverse et peine quand on va sur le technique du terroir. Maintenant, j'ai pigé, si j'y retourne, ce sera au domaine, en espérant tomber sur un vinificateur.
Découverte que je voulais faire, parce que totalement inconnu pour moi, c'est le domaine Paul Zinck. Alors là, chapeau bas, rarement vu une telle constance dans la médiocrité, avec des acidités qui risquent pas de réveiller qui que ce soit et surtout un pâteux généralisé. Et puis, tout cela est d'un flou. Indigne d'un tel salon. (là, je ne me suis pas fait un pote).
Pas eu le temps de passer à la Cave de Ribeauvillé, une bien belle maison pourtant, ce sera donc sur place, plus tard... parce que le Clos du Zahnacker, c'est souvent intéressant. Aussi intéressant de voir l'influence de D. Dubourdieu sur les vins.
Italie
On commence par le p'tit chéri à mon Paulo, la perle de Lucca, le Tenuta di Valgiano avec ses deux DOC majoritairement sangiovese (70%). Le premier vin présenté, le Palistori 2007 est fait avec les jeunes vignes du domaine. Si le fruit et la fraicheur s'y expriment déjà bien, les tanins sont encore un peu dur... mais cela promet. Le Tenuta di Valgiano 2007 est, par contre, beaucoup plus soyeux avec une finesse et une profondeur exceptionnelles, le tout avec beaucoup de fruit et une buvabilité étonnante pour un vin si jeune. Coup de Cœur des toscans présents.

Toujours en bonheur avec Sottimano, domaine piémontais récemment mis à l'honneur par le Paulo (toujours lui) sur Vins-Terre-Net. Bonne entrée en matière avec le Barbera d'Alba 2007 "Pairolero", droit comme un I et très buvable, mais les deux mentions, je les garde pour les Barbaresco 2007 "Pajoré" et Cottà 2006 où profondeur, finesse et longueur méritent l'attention de tous. Sublimes. Dommage que tous les vins n'étaient pas présents les deux jours.
Toujours sur la même table (et c'est pas fini), le domaine Luciano Sandrone avec un intéressant Nebbiolo d'Alba Valmaggiore 2007, plus sur la souplesse et le fruit que sur la structure mais surtout, le Barolo "Le Vigne" 2005 dont j'ai apprécié la puissance et la longueur, malgré le millésime.

Un pas de côté et on est chez Voerzio. Si le Barolo La Serra 2005 est trop dur (même impression que pour les Spinetta 2006 goûtés en Belgique), j'ai, à l'inverse de mes camarades, apprécié le Barolo Capalot 2000, encore un bébé qu'il faudra attendre 10 ans, mais une bête de structure.

Luca Roagna
Encore un pas de côté... et c'est à peine si je ne pleure pas de bonheur : Deux domaines co-représentés et non annoncés au programme, et pourtant, parmi les plus beaux : Foradori et Roagna. Les plus beaux, parce que nous sommes des êtres humains, avec notre sensibilité propre et quand le jeune Luca Roagna et sa splendide complice italo-franco-québécoise aux yeux à tomber vous présentent les choses avec tant de simplicité, de crédibilité et de passion, on est au paradis.
En dehors de leur magnifique culture et langue splendide, les italiens ont vraiment une chose importante à communiquer : la vie et le savoir-vivre.

Elisabetta
Chez Foradori, dois-je encore m'épancher sur la Grande Elisabetta, princesse des vins d'Italie, impératrice de la biodynamie mais surtout poétesse du vin? Heureux de pouvoir goûter le Teroldego Rotaliano 2007 (sans savoir qu'un de ses ancêtres me tomberait dessus le soir-même chez les Gunthards (voir post précédent), j'en connais un qui a du se marrer toute l'après-midi), très sur le fruit lui aussi, gourmand et épicé. Et puis, il y a le nectar, le Granato 2006, la perle : Philippe Barret en disait sur LPV : un très beau vin, toujours dans ce style fin, frais, tendu, avec de jolis arômes fruités très purs, une finale digeste et avec une nette sensation minérale saline qui fait saliver et donne envie de passer à table ! Rien à ajouter, il goûte bien cet homme-là. Le cépage Teroldego dans les mains d'Elisabetta, c'est le TRUC à découvrir d'urgence. Amusant, aussi, le samedi de goûter le Myrto blanc, une IGT, assemblage de Sauvignon Blanc et de Incrocio Manzoni, un vin à la fois tendu, plein de fraicheur et aussi fin, élégant.

Chez Roagna, toute la gamme présentée méritait le détour : Le Barbaresco Pajé 2003, tout d'abord qui se bois avec beaucoup de fraicheur pour un millésime pareil (bien que le piémont ait moins souffert en 2003) et si les tanins sont en retrait, le fruit offre énormément de buvabilité. Le Barolo Vigna Rionda 2004 est une petite bombe issue d'un superbe millésime quant à lui. S'il aura besoin de dix ans pour se faire définitivement il serait dommage de passer à côté de cette splendide structure tannique et de la complexité de la bouche, faite de fruits rouge et de fraicheur. Un tout grand vin ! Le Blanc Solea 2003, par contre m'a moins marqué, si ce n'est qu'en plus du chardonnay, il est assemblé avec du nebbiolo vinifié en blanc pour les 25% restant. C'est plaisant mais cela manque un peu d'ampleur.
Un autre grand moment, c'est la découverte chez Lucchetti (Marches) du Lacrima di Morro Superiore rouge 2006, un vin fait à partir du cépage indigène "Lacrima", étonnant de densité (proche d'un amarone), surmaturé avec des aromes de rose comme un GW ! Tuant !
Bonne impressions encore chez Albino Rocca avec des Barbera plus sur la fraicheur et le soyeux que sur la structure. Toujours intéressant de faire goûter des Sagrantino (Ombrie) aux collègues, surtout les Passito, mais ce qui était présent n'arrive pas à atteindre la qualité d'Arnaldo Caprai.
Le reste du monde

Hervé et Claudine Bizeul étaient donc une étape fréquente de cette catégorie... C'est marrant, les Fées me visitent pas mal ces temps derniers, mais Hervé, j'veux bien le rencontrer tous les soirs.... L'avantage d'y passer souvent (au stand), c'est de pouvoir goûter finalement toute la gamme présente sur et sous la table, les cloches et autres mots de passe aidant. tout se goûtait mieux qu'à Bruxelles, deux semaines plus tôt, surtout les Vieilles Vignes 2007, à nouveau sur la fraicheur et le croquant. Le Clos 2007 était lui aussi en grande forme, superbe de structure avec un bois civilisé et la Petite Sibérie 2007 entre structure énorme et fraicheur cathédralesque. Si Un Faune... propose un cabernet étonnant de fruit avec des tanins souples et un côté solaire évident, De Battre... est le seul qui m'a semblé fermé (à revoir, sûrement)
Et sinon : Superbe passage chez Ferraton qui était à la qualité présentée ce que Chapoutier était à la médiocrité (bizarre quand même), Richaud reste au top pour moi et je fais un petit salut à leur délicieuse représentante et à sa passion pour la biodynamie. De beaux Vermentino, encore et beaucoup de choses bues mais pas notées....
Allez hop !
06 décembre 2009
Gunthard Absolute Final Experience
Pré en Bulles
Tiens, c'est vrai, y en a pas eu, des bulles,... z'ont vraiment du goût, ces p'tits gars...
Je l'avais dit, je vais l'écrire, moi les Gunthards, les rencontrer, ca tenait du phantasme, alors même avec 10 Grand Tasting dans les pattes... j'y retourne... demain!
Pourquoi ?
Alors, avant tout le côté Bisounours, la note poétique, les violons quoi :
LPV, ca vous tue à petit feu parce que, un jour ou l'autre, on tombe sur des mecs comme le "Grand de Paname", "L'ordonnateur des Sévices" (au fait, "Sévice Vinum, Para Gunthard"), le type où on a pas assez d'un cœur pour partager une amitié. Chapeau l'ami, pour le CR, pour les Sévices, pour ce que tu es, surtout.
Et j'oublie pas ta gente dame, tout en douceur comme disent les Taloche ! Bises Brunette!!!

Brunette et Oliv (tout simplement !)
Bon, rangez les violons... quoi que...
Dans Banga, il y a de l'eau, oui mais pas trop. Dans Gunthard, y a de la joie, y a de la joie... Bon d'accord, le Boss, l'était pas là (faut l'appeler Dynamite Bruno, maintenant), mais quand même, si les zozos débarquent un jour au pays des Belges, on va pas se faire ch... J'les connaissais pô, j'les aimais d'jà mais lô, purée, c'est bon ! On va en faire une marque déposée comme antidépressif, moi, je dis. (Are you, yes you are, but where is big moustache?). Y a le président, y a sa présidente (une des rares p'tis bouchons abonnés à mon Blog, la Marie... Bises Marie), y aussi le Gilles, autre ET rencontré d'jà dans des contrées plus austères, y a tous les jeunots qui m'en ont bouché un coin...
Hé les mecs, Belgique-Gunthard, c'est pas gagné pour la frite. Et puis y a aussi les camarades de classe, les zimportés du jour, les baroudeurs de tous chenins, Msieu Totoulaga et mon binôme d'arpentage d'allée de GT, le définitivement et sûrement ami Chinbourg.
Merci les filles... pour tout

Le virage "Nord"
Ready Steady Go ho !
Faut quand même que j'dise... Les Gunthards, sont forts les mecs mais z'ont un soucis d'endurance, non? Pas du palais, ca, j'oserai pô, mais c'est le physique.. A part le ptit basket-addict (qui m'a tué toute la soirée par ses talents), les zautres, z'ont pas besoin d'un ptit préparateur physique, hein ? C'est quoi, ça? A part mon fan club féminin du blog, z'étaient où les aminches on sunday morrrning ? Et puis, c'est quoi cette manie de fréquenter les escaliers. Vais vous envoyer un préparateur physique pour l'an prochain, moi, paraît que celui de Laure est libre....
Z'allez voir, l'an prochain, on a fini de se la culer douce à Monmembre (fallait que je la fasse, celle-là, fallait)...
Restez poli... restez poli

Le virage "Sud"
Acte 1, scène blanc
Domaine André Boxler - Riesling Grand Cru Sommerberg - 2007

La robe est jaune vert très claire. Après une pointe de volatilité liée probablement aux transports, le nez s'ouvre doucement sur des aromes citriques et minéraux ('scuse Nico). C'est plus complexe et moins puissant que sur d'autres granits. En bouche l'acidité est tranchante mais baignée d'une noblesse inouïe qui fait que Monsieur Guillotin doit se dire qu'il a manqué quelque chose. Elle est présente sur tous les fronts et emporte la finale de façon kilométrique en n'arrêtant pas de mettre les agrumes au pouvoir. Le prototype de riesling pour lequel je ferais le tour du monde mais pour lequel je peux comprendre que ceux qui aiment les Chardonnays murs de Meursault risquent d'être perturbés. Un OVNI au pays du granit donc, pour lequel je me fais Raélien demain. Euh... Sublime

Tu veux le voir mon Riesling Président ?
Domaine Marc Kreydenweiss - Riesling Grand Cru Kastelberg - 1995

La robe est évoluée, dorée brillant intense. Le nez lui aussi est très évolués sur des notes d'agrumes amers, d'écorce de fruits avec du caramel doux, du fumé et un côté iodé avéré... et puis il y a de la pierre de forçats là-dedans. Certains appellent les notes principales de l'oxydation, je ne pense vraiment pas; ces aromes correspondent à l'évolution du riesling sec. Maintenant, on aime ou on aime pas, personnellement, je suis fan !
La bouche, encore bien marquée par la fraicheur de l'acidité livre des aromes d'agrumes citriques dans un style très germanique avec toute l'austérité des schistes du terroir. Bien que la finale énorme de longueur, me paraît un peu marquée par le soufre, ce qui renforce le côté teutonique, on sent que ce vin est loin d'avoir fini de causer... Euh.... Mon coup de cœur de la soirée.
Domaine Ferraton – Hermitage – Les Miaux - 1998
La robe est jaune-vert clair avec des notes de gras. Le nez confirme qu'on est sur quelque chose de plus gras avec une attaque très lactique, à la limite de la pâtisserie du matin, les notes beurrées en soutien. A l'aération de beaux fruits blancs en grappe apparaissent joyeusement. L'attaque de bouche est droite, tenue par l'acidité et le milieu de bouche est un cocktail de caillou (silex) et d'épices. S'il y avait eu un peu plus de fruit, c'eût été parfait, mais à la place, surtout sur la finale, c'est Tonton Ethanol qui prend le pouvoir. Bien +
Tout cela est toutefois bien suffisamment intéressant que pour me ruer le lendemain au stand Ferraton pour une belle rencontre assez "dandy" que je ne regretterai pour rien au monde.
Baron de L de Ladoucette - Pouilly Fumé - 1978

Avant - Après Galinsky
La robe est claire entre jaune et vert selon l'état du daltonisme de chacun et de l'état tout court...le nez est chardonnay-minéral genre très chablis avec de la pierre d'abord, puis (et c'est là qu'on hésite, que le doute angoisse) on part sur des fruits exotiques. Ca y est, encore un... Comme David Vincent, au détour d'une table arrosée, après une journée physique et pétillante, on les a vus.... Y en a qui disent "Rael, Rael, montre-toi" alors que les plus fins des naseaux avancent subrepticement "Sauvignon, tudieu, faut laisser les p'tis hommes verts tranquilles..." Bon, le grand ordonnateur des Sévices, il y sent des algues... Il est fort, très fort l'ordonnateur (Allez hop, dans le vaisseau, tout de suite).
C'est pas la bouche qui nous fait revenir sur terre, avec une fraicheur qu'on dirait "c'est quand qu't'es sorti de l'incubateur?" et des aromes exotico-aspergo-herbeux (C'est celaàààà, mwouiii) et une bien belle longueur... Quand j'étais petit, dans les marges de mes cahiers, j'me disais, j'les caresserais bien les miches de La Doucette, vlà que j'ai bu quasi une contemporaine... Purée, quel honneur. Très bien (et une grosse baise au géniteur)
De Montille - Pernand Vergelesses PC - Sous Frétille - 2006

Bien belle robe, Mon Seigneur, avec la pureté des lieux, pas évoluée pour un sou. Le nez, il est un peu discret, y aurait pas aussi un peu de bois? Y a du fruit (comme dans Banga!), des agrumes en chair fraiche, en fait (ça, ça veut dire sans l'écorce, NDLR). L'attaque de bouche est fraiche, tendue, limite perlante et puis on part sur des épices, un peu monolithiques, et c'est là, que j'ai un peu de mal. C'est peut-être fermé, mon Bon Monsieur... mais faudra qu'on se revoie. Bien -
Domaine Leflaive - Puligny Montrachet - Clavoillon -1996

La robe est plus évoluée, plus marquée par le doré que la bestiole d'avant. Belle complexité au nez, avec, comme le dit l'ordonnateur, des notes florales et grillées et de la ... minéralité ('scuse Nico), enfin, on dira, notes grillées et silex beurré.
En bouche c'est tout en finesse, avec un beau côté sur le fruit blanc beurré avec la pointe de la pierre à feu qui revient. La longueur souligne la race... Très bien !
Acte 2, scène rouge
Château de Coulaine – Chinon - La Diablesse - 2005 (Magnum) (ou la vengeance du TcheninBoy)
La robe est dense, pourpre avec des reflets clairs sur les bords (une fois). Le nez est puissant, pas pour les fillettes, c'est registre grôôôsse maturité, la bébête. j'ai du cassis compoté plein le nez, mais les pros de la table, ils avancent tout de suite "Cabernet Franc, enfin... mais c'est bien sûr". C'est bien sûr, c'est bien sûr, moi, j'dis qu'ils sont costauds. Ouaip, mon Oliv, jeU sais... on est pas d'accord, hein ? La bouche exprime tout autant cette maturité avec de la fraicheur qui ne rend pas l'affaire pâteuse. Et puis, il y a le fruit, et pas à côté... c'est gourmand, un max. J'adore. Et la finale, souple comme on en fait plus. Excellent
Domaine Philippe Allié – Coteau de Noiré – 1996

La robe a un certain âge, avec des bordures très claires. Le nez, aussi, et pas que sur le noble. Il y a de l'alcool, je pars sur le Sud, mais, alors, où est le fruit. Et aussi, il y a un petit bois mouillé et des épices. En bouche c'est pire... y a que du vieux bois, et c'est dure et aigre. Trop d'élevage tue le vin.... la preuve... (Goûtez les Vieilles Vignes : elles viennent d'un terroir pas noble et elles gardent du fruit, elles !). Encore un drame de la Parkérisation. Dommage
Château Haut Bailly - Pessac Léognan -1961

La robe est très évoluée, genre brunello de trente ans. Au nez aussi, on est dans le tertiaire, mais qu'est-ce que cela appelle au respect. On se sent dans la cathédrale, on foule la tombe des poètes, C'est le Westminster Abbey du jour. Et ici pas de bois.... Non Môssieur. Si la tension n'est plus de la partie, la bouche est d'une fine rondeur et d'un soyeux sans égal avec des tanins fondus mais encore structurés. On dit Bordeaux sur ma droite, on dit Pessac sur ma gauche, on surenchérit Haut-Bailly en face. Entretemps, le vin est toujours présent en bouche. Respect Monsieur Sanders. Phénoménal
Château Bouscassé - Madiran - Vieilles Vignes - 1990

La robe est sombre comme un village de siciliennes (Oliv, il dit "avec du dépôt", ca j'ose pas!). Il y a aussi de l'évolution notable. Le nez est puissant presque bestial fait de fruits noirs et d'bêtes (j'suis agricul (NDLR)). Ca fait penser à Bordeaux, mais d'où vient cette pointe d'écorce d'orange, alors? En bouche, on a, d'une part une acidité encore franche, presque solaire, et, d'autre part, un milieu de fruit qui a de l'âge et enfin une densité de tanins qui fait penser, elle, à un vin encore jeune, même si ces tanins sont intégrés. Grosse structure aussi en finale avec une pointe d'assèchement. Je pense à un 2004, rive gauche, c'est un tannat 1990, modèle avec lequel Brumont pulvérisait les Grands Crus Classés, il y a vingt ans, en concours à Bruxelles, bien avant Reignac ! Plus qu'intéressant
Dominique Laurent - Beaune PC - Bressandes 1992

La robe est très évoluée, beaucoup plus claire, aussi, que pour les prédécesseurs. Le nez est aussi évolué avec de l'animalité, un côté herbes séchées ainsi que de beaux épices. C'est assez discret mais complexe en diable. La bouche est souple avec une acidité plus en retrait, mais on retrouve du fruit rouge, c'est pas plus mal.
Les tanins sont totalement fondus, un peu trop, parce que la finale, assez courte, manque un peu de structure. Bien+
Domaine Ampeau - Volnay Santenots - 1982

Même type de robe que pour le vin précédent, un chouilla encore plus avancé dans le temps. J'ai aussi un doute sur le côté trouble du breuvage. Le nez n'est pas net et me perturbe beaucoup, mais le fruit semble persister, tapi dans un coin. Si la bouche est équilibrée, avec une fraicheur bien préservée, on retrouve les imprécisions du nez et malheureusement, la finale n'est pas au rendez-vous. Moyen
Domaine Bizot - Echezeaux - 1998

La robe est foncée, encore pleine de fougue. Le nez est puissant, avec des notes animales et du fruit rouge. On pense assez vite à la "Nuit". En bouche, l'acidité fine tient bien le fruit et de belles notes de sureau et les tanins donnent encore pas mal de relief. La bouche offre une belle longueur tout en finesse et en retenue. J'aime énormément. Splendide
Domaine Forey Père & Fils - Echezeaux 1991

Volatile, bouche décharnée, finale ridicule, beaucoup trop vieux. Dommage
Elisabetta Foradori - Teroldego Rotaliano - 2004

Retour aux affaires avec une robe plus dense d'un rouge pourpre encore bien jeune. Le nez est vivace, pur, avec une grosse complexité avec du fruit, des épices et une petite pointe de chaleur qui nous ramène au Sud. Dès les premières effluves, je pense à l'Italie, cette Italie que je vénère comme l'Alsace. En bouche, fraicheur et fruit sont à nouveau très présent le tout sur une structure entre charpente et suavité, d'une grande buvabilité. Il y a une race indéniable !!!! La finale aurait pu être un poil plus longue pour atteindre l'extase. Mais quand je découvre l'étiquette, je frise la jouissance ineffable. C'est la Dona Foradori, la Grande Elisabetta, la vigneronne que j'admire le plus en Italie. Imaginez ce vin sur des vieilles vignes, avec encore plus de complexité, c'est Granato, l'empereur du Trentino. Excellent à Sublime.
Le Cupole 2006 - Tenuta di Trinoro (Andrea Franchetti)

On est sur un rouge extrêmement sombre d'une grosse densité mais avec des bords plus clairs Au nez, la chose est tout aussi dense, complexe à mourir et à nourrir, tant le fruit est présent. Boisé, épices et un un petit côté solaire s'ajoutent au cortège, splendide. La bouche est plus serrée sur l'acidité et les tanins encore très construits, mais au fur et à mesure, a noblesse s'installe pour allez au croquant/gourmand et ne jamais disparaître tellement la finale est d'une longueur incommensurable. Je sais, c'est un de mes vins, mais, j'men fiche, je dis "Exceptionnel". A noter que la bestiole, en 2004, avait emporté la lutte face à une meute de nobles toscans, dans le cadre de LPV Belgique. Donc, Erika, si tu me lis, tu peux ëtre fière, Il Signore Franchetti, anche!
Bodegas & Vinedos Alion - Ribera del Duero - 2003

A nouveau une robe de mariée, la version Truffaut, pendant que mes gargantuesques voisins se resservent et se resservent de truffade au canard et et au cochon. Tant qu'on est dans le goret, allons voir de quoi ce vin truffe. Et, il blaire bien, l'oiseau (non Eric, y a pas de volatile) mais du fruit et du sang, comme à Golgotha, quand le porteur de croix se prenait quelques tomates... (mais qu'est-ce que je dis, moi ?). Il y a aussi un peu de bois de cèdre (version Liban, pour rester dans le croissant).
La bouche est ronde, moins fraiche que pour les deux vins précédents, avec plus de gras, sans que l'on ait l'impression de lourdeur alcooleuse. c'est peut-être du aux travail des tanins que je trouve élégants (mais moi, je commence mon plat maintenant alors que le "Président" lèche les derniers contreforts de la truffade). La finale est puissante, elle aussi, un peu sur l'alcool, mais d'une belle longueur. Bien+
Domaine Jamet - Côte Rôtie - Côte Brune - 2006

Puisqu'il ne reste qu'un rouge à servir et que je sais qu'un vin apporté ne s'est pas encore montré doit encore pointer du nez, il n'y a pas trop de surprises.
Oliv m'a dit : "Mais t'es un grand malade, toi... en plus, un 2006, ca va pas être fermé ?
Je lui répond : "Je suis un grand malade"
Le Jamet s'impatiente : "See me, feel me, touch me, drink me..."
Noir, c'est noir, c'est la robe impénétrable. Le nez est directement et massivement construit sur cette austérité puissante de fruits noirs toastés qui me fait vénérer la syrah du Septentrion. Non Môssieu, ce n'est pas fermé, et si ce machin-là, c'est fermé, alors dans 10 ans, ce sera portes ouvertes. La bouche est au diapason avec une puissance massive où aucun excès cependant ne transparaît, le tout avec une grande unité. Que dire de la longueur de bouche. J'ai du bonheur plein la tête, parce que ce machin, Dieu que c'est cher, mais Dieu que c'est bon. 21/20
Acte 3, scène Sucre ou le retour de la vengeance de la famille Sac à Rose
Joh. Jos. Prüm - Wehlener Sonnenuhr - Riesling Auslese 1995

J'aime vraiment bien le type à gauche, il a amené le Foradori et, zou, vlà un autre truc sublime. Ce vin est grand ! Le genre de chose qui me dit que si je me met un jour à donf à l'Allemagne, mon banquier ne me parlera plus.. La robe est or or or gratté des chevaux de la Porte de Brandebourg. Le nez défonce tout en beauté. Passer de Jamet à ceci, après 19 vins et un Grand Tasting, faut des ressources... L'archétype de l'agrume, l'archétype de la minéralité ('scuse Nico), l'archétype de la droiture.
La bouche est aussi énorme avec une tension inouïe mais aussi un côté ample sur le fruit sans un atome de trace d'éthanol. Grand, Cathédralesque.
Comme pour le Jamet, ca n'a pas de fin, Maman j'ai peur.... Ce qui va suivre, va-t-il tenir la route. Je supplie les retardataires et les distraits de goûter le vin suivant d'abord...
Altenberg de Bergheim Grand Cru 2004 JM Deiss

La robe est jaune dorée, sans intensité majeure, avec un peu de gras. Le nez est fermé au premier abord, puis s'ouvre sur des notes de sucres candi, de fleurs blanches avec pas mal de complexité. la bouche est ronde, et bien que tendue, l'équilibre actuel est un peu trop déplacé vers l'alcool. Vu la longueur énorme, je pense qu'il faut attendre. Heaven can wait ! Très Bien
Gewürztraminer Clos Windsbuhl VT 2005 Zind-Humbrecht

Arrivée d'une grosse bête de concours et qui a l'habitude de les gagner... et pourtant... La robe est encore très claire pour ce type de vin et on perçoit une certaine onctuosité. Le nez est d'abord fermé puis s'ouvre sur notes qui déroutent l'assemblée : fleurs, épices, caramel, minéralité ('scuse Nico), il y en a un peu pour tous les goûts mais pas un ne dit rose, lychee, ni ne prononce "Gewurz", ça, c'est le signe avec lequel Zind signe ses Windsbuhl de la pointe du terroir. C'est sûrement trop tôt, certes mais ce sera énorme dans 15-20 ans. La bouche confirme, tout est là, avec une pointe d'amertume qui me déroute un peu en finale. Très Bien, aujourd'hui, Grand demain.
Klein Constancia - Vin de Constance - 1995

J'ai du mal... pas que le vin est mal fichu, mais trop de sucre pour moi. Rien que la couleur me terrorise. Je passe, mais cela ne veut pas dire que je critique. (Mais où sont passées les Gazelles ?)
Château Suduiraut – Sauternes - 1983

La robe est très évoluée, vieil or comme on dit dans les clubs aux fauteuils de cuir. Le nez est assez intense fait de miel, de cire, et le champignon est incontournable.
La bouche a encore de la fraicheur, intéressant pour un 83, et on retrouve aussi les grands aromes classiques, orange, botrytis... La densité de sucre est encore au zénith, et c'est là que le bas blesse un peu, ca déséquilibre vers le côté sucre/alcool.
La finale est longue, assez structurée mais le sucre persiste, un peu trop pour hurler au génie. Très Bien
Et puis l'Ogue, après les rappels
Voili, voilà, voilou... Finalement, j'ose l'avouer, plus d'heures pour faire ce CR que pour boire les vins... c'est dingue, mais quand on aime, on compte pas.
Je donne pas rendez-vous dans dix ans, parce que ce serait un crime. Au pire à l'année prochaine, mais ce sera avant. Demain, peut-être ?
Au fait, et encore une fois... Brunette et Oliv, MERCIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!!
03 décembre 2009
En route vers...
... de nouvelles aventures ((c) TELEX) au Grand Tasting.
Ce n'est pas sans impatience que je m'apprête à rejoindre le cheval de fer qui m'amènera dès ce début de soirée à Paname pour ces deux jours forcément épiques faits de Grand Tasting et de Gunthard Absolute Final Experience (le GAFE pour les intimes) où les rencontres pétillantes ne devraient pas manquer... même si des éléments hautement sécessionnistes ont décidé de préférer Cornas à la Ville Lumière (et je ne les félicite pas).
01 décembre 2009
Zind Humbrecht 00, 04 et 06

Préambule
Après avoir tâté des bourgognes 93 et 94, des bordeaux 93, donc pas dans le facile troupier, le tout dans un incessant balai de diner et autres dégustations et salons et en attendant le Grand Tasting, Laurent Attout, le Gaillard de Jodoigne, un de mes potes les plus tordants, me conviait à une dégustation de vins d’Olivier Humbrecht, moins d’une semaine après avoir croisé l’oiseau à Bruxelles, et, à nouveau, (2004 mis à part) sur deux millésimes controversés en Alsace : 2000 et 2006.

Mais pour tâter du Zind, les bornes et la fatigue ne comptent pas, rien que pour enrichir mes noyaux gris de la mémoire de ces trésors alsaciens d’un vigneron, dont certains savent que ce n’est pas vraiment l’idylle entre lui et moi, ses vins mis à part, évidemment..
Un petit rappel des millésimes s’impose avant l’ouverture des hostilités :
Le Millésime 2000
Le millésime 2000 était particulièrement précoce et chaud, tant en été qu’au moment des vendanges, particulièrement sec au moment de celles-ci.
Si les maturités étaient optimales, les acidités étaient plus en délicatesse, de plus, des démarrages de pourriture noble étaient observés, selon les vignobles, tôt, voire même très tôt pendant la période des vendanges.
Le millésime a produit des vins puissants, marqués souvent par l’alcool. Si le millésime était très prometteur pour l’Alsace en 2000, force est de constater souvent que les acidités se sont effondrées pour donner des vins évolués et souvent un peu pâteux.
Olivier Humbrecht décrivait cependant un avenir prometteur à ses vins sur ce millésime, la biodynamie ayant permis une meilleure maîtrise des acidités.
Le Millésime 2004
Comme pour se refaire des agressions subies en 2003, la vigne a rarement été aussi productive qu’en 2004. Après un beau printemps ainsi qu’un début d’été chaud et sec, le mois d’août fut froid et pluvieux ce qui permit d’obtenir de belles acidités lors des vendanges qui, elles, se déroulèrent au chaud et à l’abri des pluies, avec des conditions de maturations proches de la perfection. Le retour des pluies à la mi-octobre empêcha l’obtention de grains nobles intéressants.
Dans de nombreux cas, il semble que le stress de 2003 ait provoqué l’apparition de goûts végétaux (gentiane) surtout perceptibles sur les rieslings mais Olivier Humbrecht, de par ses techniques de culture, assurait que ses vignes n’avaient pas trop souffert de ce stress.
Le Millésime 2006
Caractérisé par des conditions climatiques extrêmes, ce millésime a démarré assez tardivement en raison d’un printemps frais et pluvieux. Les belles journées de juillet et le temps plus frais et humide du mois d’août ont été favorables à la préservation d’un excellent rapport acidité/sucres. A la fin de l’été, les maturités étaient bonnes avec des acidités élevées mais les vendanges ont été contrariées par une période pluvieuse et chaude conduisant souvent à accélérer les récoltes à cause des éclatements potentiels des baies et obligeant dans de nombreux cas à trier en profondeur. Malgré cela, chez les meilleurs vignerons, ce millésime très difficile dévoile toutefois de très bonnes surprises avec de fortes variations selon les terroirs.
Le terme de millésime de vigneron semble convenir au mieux aux vins d’Olivier Humbrecht, celui-ci ayant pris le pari, quand il le pouvait, d’attendre et fût récompensé par une période plus sèche en fin de vendanges, principalement sur les meilleurs terroirs.
La dégustation
A propos des valeurs affichées
La valeur de l’alcool acquis est prise en fin de fermentation. L’indice donné par le domaine décrit le niveau de sucrosité au palais et n’est pas obligatoirement lié au taux de sucres résiduels. « 1 » correspond à un vin techniquement sec, alors que « 5 » correspond à un moelleux proche de la VT. Ces valeurs ont été prises à partir des notes d’Olivier Humbrecht sur les millésimes.
Tous les vins sauf le PG Windsbuhl 2004 ont été dégustés à l'aveugle
1. Appellation Vin de Table de France "Zind"
Assemblage de Chardonnay (65%) et d’Auxerrois (35%) plantés dans le Clos Windsbuhl (Hunawihr). Fermentation et élevage en foudres traditionnels, sans bois neuf, et sur lies totales.
Age moyen des vignes en 2006 : 24 ans, Surface : 2.4 ha, Terroir : calcaire muschelkalk

1.1 Zind 2006
Mise : 7/ 2007, Alcool acquis 12.5°, Sucres résiduels : 3 g/l, Rendement : 59 hl/ha, Indice 1 ; 16,9 euros
La robe est jaune dorée. Le nez d’abord très fermé (le vin était un peu froid) s’ouvre ensuite sur des fruits jaunes (abricots, coing), quelques fruits blancs et des notes florales plus complexes. Bien que non issu de fût neuf, on a une petite perception de bois. En bouche, l’acidité parait un peu en retrait, mais le vin est équilibré avec à nouveaux des fruits jaunes, une belle salinité mais une finale trop influencée par l’amertume. (14/20)
2. Appellation Alsace, Mention Turckheim
Age moyen des vignes en 2006 : 23 ans ; Surface: 1.3 ha ; Vin provenant de parcelles de jeunes vignes du Brand et de parcelles du Clos Jebsal. Terroir: granite et marnes.

2.1. Riesling Turckheim 2006
Mise : 2/2008 ; Alcool acquis : 14° ; Sucres résiduels : 4.1 g/l ; Rendement: 42 hl/ha ; Indice 1 ; 19,40 euros
Le vin est plus clair que pour le « Zind », conforme à ce que l’on retrouve généralement sur les 2006. Le nez est à nouveau assez fermé puis s’ouvre sur beaucoup de fruit, principalement agrumes et à nouveau des notes plus complexes florales.
En bouche, l’acidité est nettement marquée à l’attaque puis le vin trouve son équilibre avec des fruits citriques (pamplemousse, mandarine et citron) le tout sur une impression plutôt de droiture que d’opulence. Sur la finale, moyenne en longueur on retrouve les amers. (14/20)
2.2. Riesling Turckheim 2000
Mise : 9/2001, Alcool acquis : 13.5°, Sucres résiduels : 13 g/l, Rendement : 57 hl/ha ; Indice 2 ; 20,70 euros
La robe est jaune dorée, presque tuilée. Le nez est plus puissant, très évolué où les notes de cire d’abeille écrasent et perturbent un peu. Derrière ce mur d’apiculture, on retrouve toutefois des épices, des fruits secs et une pointe d’alcool un peu perturbante.
La bouche est bien équilibrée entre la fraicheur et le gras, avec toujours la cire d’abeille et les épices. Si la longueur est imposante, elle l’est principalement sur l’amertume. Un peu décevant. (12,5/20)
3. Appellation Alsace, Mention Gueberschwihr
Age du vignoble en 2006 : 32 ans ; Surface : 1.2 ha ; Terroir : Argilo-calcaro-siliceux, exposé est et sud. Faible pente. Issu d’un assemblage de 8 parcelles, situées autour du village de Gueberschwihr avec un climat plus tardif.

3.1. Riesling Gueberschwihr 2006
Mise : 2/2008; Alcool acquis : 13.5° ; Sucres résiduels: 7 g/l ; Rendement 34 hl/ha ; Indice 1 ; 19,34 euros
La robe est jaune vert assez claire. Le nez est assez intense avec des fruits citriques bien murs, une très grosse impression de floral et une pointe de sucrosité avec des côtés mielleux.
La bouche est construite autour de l’acidité, très droite mais qui ne tue pas le fruit. On note aussi un peu de torréfaction. C’est très soyeux et la finale, assez longue, est agréable avec une amertume noble et un côté surmaturé qui donne à ce vin un beau caractère de gastronomie. (15,5/20)
3.2. Riesling Gueberschwihr 2004
Mise : 2/2006; Alcool acquis : 14° ; Sucres résiduels: 8.6 g/l ; Rendement 70 hl/ha ; Indice 1 ; 22 euros
La robe est jaune dorée intense. En bouche, on a aussi beaucoup d’intensité avec un vin à la fois sur les fruits jaunes et très minéral, assez germanique.
En bouche, on retrouve ce côté puissant, avec avant tout une acidité très marquée, presque perlante, une impression de vin très sec sur le minéral, archétype d’un vin sec avec une énorme longueur en finale sur la fraicheur et le fruit. Très beau vin. (17/20)
3.3. Riesling Gueberschwihr 2000
Mise : 9/2001, Alcool acquis : 12.4°, Sucres résiduels : 7 g/l, Rendement : 65 hl/ha ; Indice 1 ; 24 euros
La robe est jaune or ambrée. Le nez est évolué, complexe et austère à la fois, avec de nouveau les notes de cire d’abeille mais aussi un côté végétal avec de la gentiane comme on en trouve sur certains 2004 at des notes florales (chèvrefeuille).
En bouche, l’acidité est fort en retrait et l’équilibre est déplacé vers un fruit très amer. La finale est elle aussi amère et fait trop penser à de de l’écorce d’agrumes. (13/20)
4. Appellation Alsace, Lieu-dit Clos Windsbuhl
Age moyen des vignes en 2006 : 29 ans ; Surface : 2.2 ha ; Terroir : Calcaire muschelkalk fissuré exposé sud ; sud-est au climat assez froid permettant des maturités plus tardive.

Mise : 7/2007 ; Alcool acquis : 13.5° ; Sucres résiduels: 49 g/l ; Rendement : 30.4hl/ha ; Indice 4 ; 33 euros
La robe est jaune-or soutenu, brillante. Le nez est très puissant, avec une grosse personnalité où on retrouve des notes encaustiques et une forte impression de champignon. La bouche est plus souple que puissante avec une belle acidité et un milieu de bouche liquoreux qui arrondit fort le vin. La finale est plus sur la sucrosité que l’alcool, d’une assez belle longueur toutefois. J’ai tout de même du mal à retrouver le terroir. (14/20)
4.2. Pinot-Gris Clos Windsbuhl 2004 *
Mise en bouteille : 02/2006 ; Alcool acquis : 14.1° ; Sucres résiduels: 28 g/l ; Rendement : 35hl/ha ; Indice 2 ; 36 euros
La robe est d’un bel or brillant et soutenu. Le nez est frais et complexe avec des notes grillées, minérales et des fruits secs (amandes, raisins de Corinthe) et aussi des notes de café/cacao. C’est superbe ! En bouche, on retrouve la dualité fraicheur/rondeur avec toujours ces notes de fruits secs et ces touches cacaotées. L’alcool est présent mais jamais imposant, les sucres sont déjà en train de s’intégrer. La finale est exceptionnelle sur les aromes de bouche et la fraicheur, le tout sur un lit de sucre candi. Vin sublime ! (19/20)
* vin dégusté pendant la rédaction du CR, sans le groupe.
4.3. Pinot-Gris Clos Windsbuhl 2000
Mise : 9/2001, Alcool acquis : 14.7°, Sucres résiduels : 11 g/l, Rendement : 42hl/ha, Indice 4 ; 16,9 euros ; 42 euros
La robe est très évoluée, jaune légèrement tuilé. Le nez est complexe, sans extravagance, avec une jolie perception d’orangettes, du champignon et des fruits blancs. La bouche est très droite, c’est surprenant, avec une acidité marquée, une impression globale de vin sec, même si l’alcool arrondit un peu les angles. La finale est assez belle, longue ; ce serait parfait s’il n’y avait pas l’amertume un peu trop présente à l’inverse du 2004. (15/20)

4.4. Gewürztraminer Clos Windsbuhl 2006
Mise : 7/2007; Alcool acquis : 14.5° ; Sucres résiduels : 32.2 g/l ; Rendement : 38hl/ha ; Indice 3 ; 37 euros
La robe est assez claire pour ce cépage avec des reflets dorés. Le nez se développe doucement et évite les aromes variétaux pour offrir une complexité tout en retenue avec un beau floral.
La bouche propose une acidité fine qui rafraichit doucement un palais assez marqué par le liquoreux et les épices, ainsi que par un beau caractère de terroir. La finale est longue, pas trop sur l’alcool. Un très beau vin. (17/20)
4.5. Gewürztraminer Clos Windsbuhl 2000
Mise : 9/2001, Alcool acquis : 15°, Sucres résiduels : 15 g/l SR, Rendement : 35hl/ha, Indice 4 ; 42 euros
La robe est dorée avec de l’évolution. La bouche est complexe avec une minéralité qui domine, avec à nouveau, une absence des arômes variétaux (rose, lichies). La bouche est droite, marquée par la fraicheur, avec un milieu de bouche aérien absolument pas marqué par le sucre ni l’alcool. La finale est longue, bien qu’un peu austère et faisant trop ressortir les amers. (16/20)
5. Appellation Grand Cru Brand
Age moyen des vignes en 2006 : 56 ans ; Surface : 1.6 ha, 100% Riesling ; Terroir: granite biotite exposé sud, sud-est. Forte pente.

5.1. Riesling Brand 2006 Vendange Tardive
Mise : 7/2007 ; Alcool acquis : 12°; Sucres résiduels : 69.5 g/l ; Rendement : 21hl/ha ; 51,3 euros
La robe est dorée, dense. Le nez est très pur, à des lieues d’un vin liquoreux sur la surmaturité. Il est marqué par le les fruits, assez confits mais d’une énorme fraicheur, ainsi que des notes mielleuses. On s’y plongerait. La bouche est très fraiche avec une acidité soutenue qui maitrise et tempère les sucres pour donner beaucoup de plaisir et de croquant. La finale est kilométrique, fraiche et saline. (Où sont donc les 70 gr de sucres ?) De la « Pisse de Jésus » ! Exceptionnel. (19,5/20)
6. Appellation Grand Cru Hengst
Age moyen des vignes en 2006 : 55 ans ; Surface : 1.42 ha ; Terroir : Marnes calcaires de l’oligocène, exposé sud sud-est, pente moyenne à forte.

6.1. Gewurztraminer Hengst 2006 Vendange Tardive
Mise : 7/2007; Alcool acquis : 14.5° ; Sucres résiduels : 74.6 g/l ; Rendement : 19 hl/ha ; 65 euros
La robe est dorée, concentrée. Le nez est à la fois riche, puissante et d’une grande complexité où on retrouve des épices, des fruits exotiques et une foule d’autres arômes secondaires. La bouche est fraiche mais avec une acidité plus retenue que pour le Brand, un moelleux plus intense avec aussi des côtés salins. Cela paraît toutefois très (trop) jeune en l’état et aurait bien mérité une dizaine d’années d’attente. (16/20)
7. Appellation Clos Jebsal
Age moyen des vignes en 2006 : 23 ans ; Surface : 1.3 ha ; Terroir : Marnes grises et gypse. Exposé sud, terrasses et forte pente.

7.1. Pinot-Gris Clos Jebsal 2006 Vendange Tardive
Mise : 7/2007; Alcool acquis : 14° ; Sucres résiduels: 113.6g/l ; Rendement : 23 hl/ha ; 65 euros
La robe est dense, très grasse. Le nez est d’une puissance inouïe, le plus botrytisé des trois avec des notes plurielles de cacao, de fruits confits et un côté miel brut très net. On est pas du tout dans le registre de la finesse soyeuse du Brand mais la richesse est ici prometteuse de longues décennies de vieillissement. la bouche confirme cette impression, bien que l’acidité arrive à structurer l’opulence du moelleux, ce qui place plus le vin sur le registre de la fraicheur que de la lourdeur. La finale est énorme. Trop jeune, mon fils… (18/20)
Conclusions
Globalement 2000 confirme qu’il n’est pas le grand millésime présenté il y a 9 ans et que le responsable en est le déficit en acidité. Il faudra suivre de près 2009 à ce sujet. Cela dit, il faut reconnaître à Olivier Humbrecht de trouver de la fraicheur là où de nombreux collègues n’ont pu le faire. Main du maître, maîtrise de la biodynamie ? Un peu des deux sûrement. Le seul point vraiment négatif, je trouve, sont ces notes de cire d’abeille, too much, surtout sur les vins de village.
Pour 2006, c’est un peu le contraire depuis quelques mois. Annoncé très difficile au moment des vendanges, il faut reconnaître que les vins réussis sont très loin de manquer d’intérêt, proposent beaucoup de fruit et de très beaux équilibres.
Les 2004 n’étaient pas présents en masse dans la dégustation mais on sent la qualité et l’ouverture actuelle. Ces vins devraient être de plus en plus intéressants dans les 5 prochaines années. Concernant les aromes de gentiane… pas une trace dans les vins goûtés ; à nouveau est-ce l’homme, le terroir ou les deux à qui il faut attribuer la responsabilité ?
Côté terroir, c’est une obsession chez moi, mais je reste persuadé que le Clos Windsbuhl est un des plus grands marqueurs alsaciens. Quelque soit le millésime, les vins sont ici les plus brillants avec des pinots et des gewürztraminers pratiquement absents de variétal. Du tout beau. Brand, aussi, est semblable à lui-même, plein de personnalité, bien que je trouve que, comparé à ceux de Boxler et Josmeyer, ceux de Zind gagnent souvent la palme en fraicheur et en complexité. Une dernière confirmation sur les sucres est que rien ne remplace le riesling en VT.
Un tout grand coup de chapeau, une fois de plus, au géniteur de ses vins, et un énorme à mon Gaillard de Laurent pour cette intéressante et splendide dégustation.
4.1. Pinot-Gris Clos Windsbuhl 2006
23 novembre 2009
Marjorie, Stéphane Gallet et leurs vins
J'ai eu l'occasion de rencontrer trois fois Marjorie, mais je dois avouer que je n'avais pu jusqu'à ce dernier matin profiter à ce point de son temps pour parler de ses vins. Cette rencontre est d'autant plus intéressante qu'elle s'inscrit dans un contexte où, sur le forum LPV, les vins du Domaine Gauby et du Clos des Fées occupent l'affiche avec le débat que l'on sait vis à vis du Domaine Gauby principalement.
Parallèlement à cette rencontre, l'arrivée sur le marché des Maurys du nouveau domaine, Les Terres de Fagayra, est l'occasion pour moi de passer en revue quelques bouteilles de ce jeune bébé ainsi que du Roc des Anges

1. Le Roc des Anges
Le Roc des Anges a été créé en 2001 par Marjorie Gallet sur l'Appellation Côtes du Roussillon aux abords du de Montmert, petit village de Catalogne du Nord adossé au flanc nord de la montagne de Forca Real. Les premiers pas du domaine correspondaient à des parcelles de 10 hectares au lieu-dit du Roc Blanc, duquel, on perçoit un ciel "angélique"... un terroir unique de schistes décomposés exposés au Nord, principalement planté de très vieux carignans. Aujourd'hui le domaine (pour le Roc des Anges) compte 25 hectares étalés sur 43 parcelles, pour une production annuelle de 45.000 bouteilles.

Marjorie Gallet a fait ses études d'agronomie à Montpellier avec spécialité viticulture-œnologie et termine celles-ci par un stage au Domaine Gauby ou elle restera près d'un an et profitera de l'enseignement de Gérard Gauby. Cette période signera son attachement définitif pour cette région du Roussillon et elle ne pourra résister à l'opportunité de racheter les premiers 10 hectares précités pour s'installer à son propre compte, dès l'année de ce stage, soit fin 2000, cela grâce à l'apport financier de nombreux amis qui ont cru en elle.
C'est aussi pendant ce stage que Marjorie est tombé sous un autre charme, celui de son futur époux, Stéphane Gallet..
Stéphane a fait d'abord une maitrise de génétique puis, comme Marjorie, agro avec spécialité viticulture-œnologie à Montpellier. après un stage chez Cuilleron en 1998, il vinifie les Vins de Vienne en 1999, puis devient, de 2000 à 2007, maître de chais puis régisseur au domaine du Mas Amiel. En 2007, il rejoint définitivement Marjorie au domaine du Roc des Anges.

Après l'arrivée définitive de Stéphane au domaine en 2008, le couple se lance dans l'aventure parallèle de la production de Maury, avec la création du domaine "Les Terres de Fagayra" (voir description plus bas).
Les cuvées principales du domaine sont présentes depuis sa création en 2001, soit, en blanc, la Cuvée Vieilles Vignes, en rouge, les Cuvées Vieilles Vignes et 1903 et enfin, la Cuvée "Passerillé". A partir de 2003, le domaine produit la Cuvée "Segna de Cor", à partir de plus jeunes vignes. Pour fêter l'arrivée d'un pressoir vertical, une nouvelle cuvée en blanc "Iglesia Vella" est créée en 2008. Deux cuvées de rosé s'ajoutent aux vins proposés : la plus classique Eden Roc (avec des rendements de 15 à 25 hl/ha, tout de même) et la très intéressante et nouvelle cuvée "Les Vignes Métissées", faite de 15 cépages et travaillée comme un blanc, avec de l'élevage.
Dès 2001, Marjorie a tout mis en œuvre pour avoir un jour la totalité du domaine en bio. Aidée de son époux, ils sont maintenant tout proches de l'aboutissement de ce travail préparatoire qui a été long, il est vrai, mais la venue de leur deux enfants nécessitait aussi un important travail de maman. Selon toute vraisemblance, la démarche de certification devrait être engagée l'an prochain....
A ce jour, les vignes de blanc sont conduites en bio à l'exception de 1,4 hectares sur 9, pour lesquels ils n'ont pas encore trouvé la solution pour le travail du sol. ...l'ultime issue étant peut-être l'arrachage pour en finir définitivement ! Les quatre parcelles de 1903 sont en bio. Toutes les autres parcelles sont beaucoup plus proches du bio que du conventionnel et ne demandent qu'à basculer.
Les rendements sont souvent très bas (particulièrement pour la Cuvée 1903) ce qui s'explique en fonction des raisons suivantes :
- le vignoble est majoritairement planté en vieilles vignes, dont certaines plus que centenaires,
- le terroir est pauvre et la roche-mère affleure souvent.
- le climat de cette partie du Roussillon est caractérisé par une faible hygrométrie, pas mal de vent et des écarts de température entre le jour et la nuit très importants (ce qui est un avantage en été)

Le fait de travailler avec ces bas rendements s'inscrit bien dans la philosophie du domaine, tout en modération, certainement pas à la recherche de la surmaturité, mais bien de la fraicheur sans perceptions d'acidités extrêmes, toujours vers la finesse plutôt que le bodybuilding. Marjorie se veut toutefois respecter l'identité régionale de ses vins, principalement le côté solaire, et en cela, elle rejoint très fort la philosophie d'Hervé Bizeul plutôt que les derniers millésimes du domaine Gauby.
Pour mieux comprendre la philosophie du domaine, n'hésitez pas à visionner le petit film présent sur le site, film où tout finit par les rires et la convivialité, comme cela se doit.
Le Roc des Anges et Les Terres de Fagayra
Place de l'Aire, 2
66720 Montner
Tel : 00.33.4.68.29.16.62.
Fax : 00.33.4.68.29.45.31
Mail : rocdesanges@wanadoo.fr
Web : www.rocdesanges.com
Dégustation de quelques vins du domaine
Vin de Pays des Pyrénées Orientales - Vieilles Vignes Blanc 2007
Cuvée à base de 90% de grenache gris et 10% grenache blanc et macabeu. Le 2007 est le dernier millésime pressuré horizontalement. La moitié du volume fermente en cuve béton, l'autre moitié en barriques.
La robe est jaune doré assez clair. Le nez est riche, intense avec des fruits jaunes, une forte impression de mirabelles avec une complexité moyenne.
La bouche est assez évoluée, souple avec une fraicheur intégrée, un volume assez gras avec des fruits jaunes, à nouveau les mirabelles à l'alcool. La finale est agréable, sur le gras avec une pointe d'épices et d'amertume. Bien
Vin de Pays des Pyrénées Orientales - Iglesia Vella - 2008
Nouvelle cuvée signifiant "Vieille Eglise" issue 100% de grenache gris de 80 ans disséminées sur les parcelles de schistes feuilletés partageant le terrain avec les carignans produisant la cuvée 1903. Elevage en futs de 500l de 3 à 4 vins
La robe est jaune vert très clair. Par rapport à la cuvée v/V, le nez est ici très intense, ouvert et complexe avec des agrumes, du floral et des notes pierreuses(silex, camphre) ainsi qu'une pointe de cannelle. la bouche est bien sur le fruit avec des agrumes (mandarine, pamplemousse), et des épices. On a affaire à un vin droit et ample à la fois avec une acidité fine et une belle fraicheur, de l'alcool en perception modérée qui apporte pas mal de gras .La finale est d'une belle longueur, saline et sur le fruit et on y retrouve la pointe de cannelle. Un vin d'exception

Côtes du Roussillon - Segna de Cor 2008
Assemblage des plus jeunes vignes (15 à 30 ans) du domaine, grenache (50%), de carignan noirs (30¨%) et de syrah (20%) , sur schistes purs avec un élevage de 9 mois en cuve de béton.
La robe est pourpre, très dense. Le nez est d'abord assez fermé puis développe de beaux aromes de fruits noirs avec une présence d'un peu de chaleur mais sans la moindre sensation de surmaturité.
La bouche est fraiche à l'attaque et resuggère les aromes de fruits noirs du nez soutenus avec des épices et une réglisse qui s'impose au fur et à mesure. Les tanins sont fins, assez fondus. La longueur est axée nettement sur les épices. Tout cela serait parfait s'il ne persistait pas la sensation d'alcool, plus présente sur la finale. Ce vin reste avant tout un vin de fruit, plaisant, d'un bon rapport qualité prix. Bien
Côtes du Roussillon - Vieilles Vignes 2007
Assemblage de vieux carignans (50%), de grenaches (3¨%) de minimum 70 ans (avec des pieds centenaires) et des pieds plus jeunes de syrah (20%) sur schistes purs avec une exposition plein Nord.
La robe est très dense pourpre très foncé. Le nez est très fermé (climat du jour?); à l'aération, on retrouve des aromes de fruits noirs, de garrigue et une pointe de chocolat noir amer. En bouche l'acidité de l'attaque est assez neutre, discrète sans être en retrait, ce qui fait que le vin ne manque pas de fraicheur. La structure centrale de la bouche est faite de fruits rouges et noirs autour des tanins assez soyeux. L'alcool est aussi présent, une pointe trop à mon goût, mais il devrait s'intégrer plus avec l'âge. Sur la longueur, on retrouve les impressions du milieu de bouche, avec les tanins qui assèchent un poil de plus, mais c'est globalement très bien, tout à fait en accord avec ce que l'on attend d'un vin du Roussillon. Bien à Très Bien
Côtes du Roussillon - Vieilles Vignes 2004
Assemblage de vieux carignans (50%), de grenaches (3¨%) de minimum 70 ans (avec des pieds centenaires) et des pieds plus jeunes de syrah (20%) sur schistes purs avec une exposition plein Nord.
Après le 2007, pas encore totalement fondu, il était intéressant de faire un pas en arrière pour découvrir le 2004. La robe est toujours pourpre foncé mais peut-être moins dense. Le nez par contre est nettement plus ouvert, plus complexe avec un fruit rouge et noir qui domine, avec des épices et une pointe d'alcool pas trop perturbante.
La bouche est à la fois plus fraiche, plus nette, avec une acidité et des tanins souples et intégrés, le tout avec beaucoup de densité et de gourmandise. On retrouve aussi de la réglisse, surtout sur la finale, relevée par le relief du tanins et des amers en cohésion avec la structure. Très Bien
A propos de la cuvée 1903
Cette cuvée est la plus médiatisée du domaine. Présente dès le premier millésime, elle est issue d'une parcelle de 3,5 hectares de vieux carignans plantés en 1903. Les rendements moyens sont au diapason de l'âge des vignes : 15hl/ha !!! Les élevages durent environ 18 mois et le contenant varie selon les millésimes, par exemple : en 2007, 80% de vieux bois (2 à 3 ans) et environ 20 % de neuf, en 2008, 80 % en cuve béton, et en 2009 que du vieux bois....
Vin de Pays des Pyrénées Orientales Carignan "1903" 2007
La robe est rubis très sombre. Le nez est d'abord fermé, un peu vert mais à l'aération développe de très beaux aromes de fruits noirs et rouges (un pruneau dominant) ainsi qu'un chocolat noir très marqué et un aussi une forte impression de pierre.
La bouche est encore un peu dissociée, mais fait poindre beaucoup de droiture autour des fruits, à nouveau, noirs et rouges. Des trois millésimes goûtés, c'est aussi le plus charnu et le plus dense. Les tanins demandent encore à se fondre mais la finale, kilométrique, annonce la couleur : de la grande garde au programme. Excellent
Associé ensuite à des côtelettes d'agneau, le vin s'avère déjà plus harmonieux et gagne facilement un grade de satisfaction supplémentaire frisant l'acte de torchabilité pure
Vin de Pays des Pyrénées Orientales Carignan "1903" 2006
La robe est à nouveau rubis très sombre. Le nez , bien ouvert offre une grande complexité entre les fruits rouges, le cacao et une forte impression de minéralité.
En bouche l'acidité est présente et apporte de la fraicheur à une impression sublime de fruit juteux, avec quand même le côté cacao qui revient. La structure des tanins est optimale et on est incrédule à toutes les critiques qui montrent ce cépage comme dur et primitif quand on est face à ce vin, absolument interminable de classe, d'équilibre, de pureté et de plaisir. MA-GI-QUE
Vin de Pays des Pyrénées Orientales Carignan "1903" 2003
La robe est rubis foncé avec des marques d'évolution. Le nez ne se livre pas directement et on note au premier abord un petit côté herbacé qui disparaît assez vite pour proposer des fruits à l'alcool, un côté sanguin et des épices, le tout sous une agréable impression de fraicheur.
En bouche, par rapport aux cuvées classiques, l'acidité est plus marquée. Le vin a pas mal de relief sans que les tanins manquent d'intégration et de soyeux. On retrouve un très beau fruit rouge, croquant qui persiste sur une longueur plus qu'appréciable. Un véritable plaisir de fruit ! Très Très Bien
Remarque importante : les vins de la cuvée 1903 nécessitent un carafage ainsi que quelques heures d'aération. Ils prennent alors une ampleur inouïe. Regoûtés le lendemain, ils me paraissent tout aussi splendides, sinon plus.

2. Les Terres de Fagayra (sur l'appellation Maury)
Ce nouveau domaine de près de 3 hectares est le fruit de l'union entre Marjorie Gallet du Roc des Anges et de son mari Stéphane, qui après avoir travaillé au Mas Amiel avait rejoint son épouse au domaine de celle-ci. Dans cette nouvelle entreprise, il ya chez Marjorie et Stéphane, une volonté de rechercher bien plus le terroir et la finesse que le fruité/sucré simple et formaté de beaucoup des vins de l'appellation Maury.

Les 3 hectares se développent au Nord de l'appellation, marquée par un climat plus humide, sur des terres très sauvages faites d'agglomérats très filtrants de schistes, de calco-schistes et de plaquages calcaires avec une roche-mère qui affleure très souvent. la porosité de la roche permet un bel enfouissement des racines qui ont toute aisance à puiser leur substrat minéral, Fait en majorité de très vieilles vignes, le domaine est cultivés selon le respect de l'agriculture biologique. De même, La fermentation n'utilise exclusivement que les levures indigènes et l'élevage se fait en l'absence de bois.
Le millésime 2008 est leur premier et fait l'objet de la dégustation ci-dessous
Maury Blanc 2008
Assemblage de grenache gris et macabeu sur schistes et calco-schistes. Elevage de 7 mois en inox et 4 mois en bouteille
La robe est d'un bel or soutenu. Le nez est puissant très sur les fruits frais, macédoine où le coing et la pèche dominent. En bouche, l'acidité rafraichit avec bonheur un vin très structuré sur les fruits, très juteux avec une forte note de pomme (non, pas la blette!). Le gras de l'alcool est aussi très présent, surtout dans les premiers moments de bouche. La finale, bien ample est plus sur la finesse avec de belles notes minérales et beaucoup de fraicheur. Servi frais, ce vin représente un petit bonheur de convivialité pour l'apéro, son sucre en finale n'étant pas écrasant, il permet de suivre facilement avec d'autres vins. Très Bien

Maury Rouge 2008
Vin issu de grenache noir sur un sol de calco-schistes. Elevage de 7 mois en inox et 4 mois en bouteille
La robe est densité incroyable, presque noire.
Le nez apporte beaucoup plus de fraicheur et de finesse que ne laisserait supposer la robe. Les fruits rouge et noirs sont présents en festival avec une belle impression de framboise sucrées (cuberdon), mais aussi une indéniable présence d'épices et un beau côté floral. La bouche est structurée sur un axe triple : Fraicheur - rondeur - Vinosité, avec une impression dominante de fruits tout de même. Les tanins sont bien présent et amplifient le structuré de ce vin qui offre une finale plus vineuse et fruitée que sucrée, ce qui est remarquable face à pas mal de Maury actuels. L'impression de gourmandise domine. Très, très bien.
Maury Rouge Op. Nord 2008
Vin issu de grenache noir et de carignan sur un terroir de schiste, exclusivement. Elevage de 7 mois en cuve de béton et 4 mois en bouteille
La robe est aussi dense que pour le Maury Classique, au bord de ce que je défini comme noir.
Au nez, le vin propose à la fois intensité et complexité avec principalement des aromes de petits fruits rouges surmuris liés à une impression de vin, plus austère, probablement marque du terroir, qui anoblit l'ensemble. Cela reste très frais et j'aime beaucoup cette opposition de caractères d'un côté charmeur et de l'autre sur la minéralité.
La bouche est très puissante, serrée d'abord sur la fraicheur puis s'ouvrant comme une petite bombe sur les fruits rouges et noirs, avec une belle sensation de cerise noire mûre et à nouveau comme au nez, ce côté vineux, pierreux qui donne beaucoup de droiture au vins, d'autant plus que les tanins marquent bien leur territoire. A l'opposé du style séducteur et sucré du Mas Amiel, ce vin repropose vraiment ce qu'étaient pour moi les Maury du début des années 90, surtout au Mas Amiel : des vins avant tout. Exceptionnel
Les images de cette article sont issues des sites web des domaines, www.rocdesanges.com et www.terresdefagayra.com.
20 novembre 2009
Domaine Julien Meyer - Riesling Zellberg hermitage 2007
Il y a quelque chose dans les vins de Patrick Meyer qui font qu'à chaque fois que je m'apprête à ouvrir une de ses bouteilles, je me retrouve comme un ado qui va aller à sa première boum.
Aujourd'hui, j'ai jeté mon dévolu sur un Riesling Zellberg - l'hermitage 2007

La robe est splendide, étincelante d'un or soutenu.
Le nez est ouvert et subtil, un mélange d'agrumes, de fleurs et de pierre. Je pense vraiment que ceci peut s'appeler "complexité". Hervé Bizeul nous disait récemment : "C'est bizarre en Belgique, vous prenez encore le temps de vous baigner des aromes...". Ici, c'est vraiment le cas, on y vient et on y revient, pour chaque fois être transporté. Il y a bien quelques notes oxydatives, mais elles me paraissent se fondre dans le bouquet et, en tous les cas, elles sont maitrisées.
En bouche, le vin est extrêmement sec; l'acidité est présente sans violence, le milieu de bouche est aussi entre silex et fruit; la finale, au bord du tannique est à la fois fraiche et longue.
Le plus important, c'est qu'à peine le verre est vide, on cherche la bouteille pour à nouveau se rassasier du nectar.
Vous avez dit "torchabilité" ? Possible, mais dans le sens noble du terme.
17 novembre 2009
Délire oenomusical
Avant que l'œnophilie ne m'ait transformé en son serviteur, Euterpe avait largement fait le ménage, me rendant disciple éclectique de son art de Led Zep à Beethoven, des Clash à Rachmaninov, de Gainsbarre à Gillespie.
Fallait bien que tout cela tente de s'associer un jour et je reconnais avoir cherché assez difficilement l'œuvre qui me ferait dire "bon sang, mais c'est bien sûr!"
Non pas que je revendique quelque originalité que ce soit, cette idée a bien du déjà être ressassée maintes fois par des esprits plus subtils mais je reconnais que hier, en écoutant la "Danse des Chevaliers" de Prokofiev (la Scène 2 de l'Acte 1, Op.64 de Roméo et Juliette), l'association avec une verticale récente m'a frappé comme un éclat de soleil d'hiver à la sortie d'un long tunnel.

Et si le rythme du vin, immortalisé par les basses dramatiques étaient le terroir, empreinte indélébile et permanente qui marque les vins de grande origine...
Et si, ... chaque variation du thème était un millésime, avec pour la région à laquelle je pense, cette faible différence qui est imprimée par la saison
Et si enfin, les couleurs délivrées n'étaient autre que la main du maître du domaine qui tel un chef d'orchestre imprime son empreinte au vin pour en faire son idéal du moment, du jour ou de sa vie ?
Alors tout ceci serait peut-être la verticale du Clos des Fées que j'ai récemment vécue avec une belle brochette d'auditeurs passionnés à l'écoute du Maestro, Hervé Bizeul.

PS : Hervé, tu me pardonneras sûrement un tel délire, l'entame, ce jour de la longue marche des 365 jours avant la chute de mon demi-siècle ne m'arrange pas trop les noyaux gris...
16 novembre 2009
50-1 à La Caudalie (Bruxelles)
Puisqu'il faut bien que les années passent en douceur (en attendant mon demi-siècle l'année prochaine), autant agrémenter ce cap intermédiaire d'un petit repas entre potes, occasion surtout primaire pour sortir quelques bouteilles festives stockées à cette attention. Un super remerciement à toute l'équipe de "La Caudalie" pour avoir prêté son concours en préparant le menu du jour...
Cappuccino de tomate au basilic et
mousse de saumon au caviar "Avruga"

Dom. Zind-Humbrecht - Riesling Grand Cru Brand 2002
Dom. Dagueneau - Pouilly Fumé Pur Sang 2004
Intéressant de comparer ces deux vins aux acidités importantes. Le Riesling est somptueux avec un nez d'une puissance incomparable, très axée sur des aromes secondaires mûrs; en bouche, le fruit est explosif avec une grande fraicheur. Il faut noter toutefois une petite pointe de résiduel qui ne s'est pas intégrée et qui fait que le vin se suffit plus à lui-même qu'à s'intégrer en accord avec la mousse de saumon et encore plus avec le cappuccino. Le Pouilly Fumé est un peu plus sévère au nez allant à la fois des arômes de sauvignon sans excès, un peu de boisé et pas mal de fruit (plus que sur un "Silex"). La bouche est tranchante, droite, un tout petit peu marquée par l'élevage mais ce côté plus "rigoureux" sied nettement plus au plat, étant littéralement exhausteur des aromes de celui-ci.
Vainqueur seul : le Riesling Brand
Vainqueur sur l'accord : Le Pouilly-Fumé Pur Sang
Boudin de lièvre aux griottes rôti doucement,
brabançonne de chiconnettes braisées au beurre,
jus de gibier à la tartuffata.

Dom. Capitain-Gagnerot - Corton Charlemagne 2005
Dom .Gauby - Côtes du Roussillon Villages Muntada 1996
Bien qu'on soit sur du lièvre, le chef nous avait garanti qu'il s'agissait bien d'une entrée où le côté giboyeux ne serait pas trop affirmé. On est effectivement sur quelque chose de doux, la tartuffata n'étant pas trop corsée non plus pour écraser plat et vins. Sur les conseils audacieux de "Jehan", on commence avec le Corton-Charlemagne 2005, volontairement encore très jeune et sur le gras pour ne pas être écrasé. Ce conseil s'avère très intéressant, la fraicheur et le gras du chardonnay, s'accordant très bien avec le boudin, la longueur , la minéralité et la droiture du vin permettant de bien résister tout au long du repas. La Muntada 1996 se comporte assez différemment. Le nez vin est somptueux avec des aromes de fruits rouges bien mûrs, des notes d'évolution aussi. On ressent encore fort la puissance. En bouche, pris seul, c'est équilibré, suave avec une fraicheur qui aurait pu être éclatante et si la finale n'est pas kilométrique, il n'en resta pas moins que ce vin est très abouti. Sur le boudin, par contre, les tanins et les fruits rouges donnent du relief au plat et l'accord grandit les partenaires.
Vainqueur seul : le Corton Charlemagne
Vainqueur sur l'accord : La Muntada
Râble de lièvre rôti doucement aux épices douces,
Cannelloni de champignons des sous-bois parfumés d'herbes fraîches,
Escalope de foie gras poêlée

Dom. Jaboulet - Hermitage La Petite Chapelle 2005
Château de Beaucastel – Châteauneuf du Pape 1998
Dom. Geantet Pansiot - Charmes Chambertin 2001
Le chef nous propose ici une autre rencontre avec le lièvre (presque rosé au cœur) relevé par des épices, de la truffe noire et accompagné de façon assez originale par un foie poêlé. Pas vraiment le type de plat où il faut rechercher finesse et féminité des vins.
Goûté seul, le Beaucastel 1998 livre toute sa puissance, extraordinaire de complexité tant au nez qu'en bouche, d'une longueur phénoménale. Je ne me remettrai jamais du plaisir de ces petit fruits noirs en fusion avec les épices et la guarrigue, c'est trop top !. Mon très gros coup de cœur de la soirée.
Le Charmes-Chambertin 2001 ne s'en laisse pas trop compter mais dans un autre style, plus féminin et plus évolué à la fois. S'il est un peu plus discret au premier nez, il livre ensuite toute sa complexité, sa fraicheur et sa finesse avec une très belle longueur. Un grand vin de terroir.
La Petite Chapelle 2005 a, elle, une histoire particulière, parce que j'étais persuadé d'avoir sorti de la cave sa grande sœur de "La Chapelle", mais ma vue de préquinqua et la pénombre de ma cave sont responsables de cette petite erreur. Le comble, c'est que personne ne s'en est vraiment rendu compte, sauf que, ce vin ne tenait pas du tout la route vis à vis de ses deux congénères. Trop fermé au premier abord, le nez un peu rustique et la bouche austère et assez courte m'ont mis la puce à l'oreille et à la vue de l'étiquette, la lumière fut.
Sur le plat, enfin, sur le râble, c'est la grosse compétition entre les deux premiers vins, l'Hermitage jouant assez vite en touche. Le Beaucastel sourit à ceux qui recherchent la puissance absolue mais est finalement plus compétiteur qu'exhausteur. La finesse des tanins et le fruit frais du Chambertin arrondit le plat et le rend d'abord, séducteur vis à vis de la partie féminine du groupe et puis finit par mettre tout le monde d'accord, sur ce qui restera, pour moi, un de mes plus beaux accords de l'année.
La présence du foie en accompagnement, même s'il est cuit à souhait reste pour moi un grand point d'interrogation, tant le lièvre impose des épaules et du torse... Très difficile aussi de juger avec les vins.
Vainqueur seul : le Beaucastel
Vainqueur sur l'accord : Le Charmes-Chambertin
Moelleux au chocolat "Valrhona" mi-cuit sur lit de crème anglaise, décoration de fruits rouges

Mas Amiel Cuvée Charles Dupuy 2004
Annoncé "bombe " de chocolat noir sur pattes, le dessert ne permettait pas de tenter un moelleux blanc et le vin rouge muté s'imposait presque comme choix. Comme souvent, ce vin livre une puissance monumentale avec un nez sur les fruits noirs amers et le bois (presque surconcentré). La bouche est tout aussi puissante, assez fraiche, tannique et si l'alcool ne domine pas, le sucre est encore assez fort perceptible. Sur le plat, cela fait asse bombe sur bombe et on a tendance à exploser puis fatiguer la bouche plutôt que de trouver l'harmonie. Je pense que de ne rien associer au plat aurait été une meilleure idée, quitte à reprendre le vin par après. Une petite déception, donc...
Pour la digestion et pour la route... en attendant les cafés...

Dom. Foreau Vouvray Brut Réserve 2002
Vu que je redoutais le côté surpuissant de l'accord précité, j'avais pris en réserve une de mes bulles préférées, soit, le Brut Réserve 2002 de Foreau, question de remettre les idées de l'assemblée en place. Les bulles sont assez fines. Le nez est directement bien ouvert s’ouvre sur les habituelles notes de mirabelle et de fruits jaunes (coing). En bouche, la fraicheur domine et la finale est longue, centrée sur les fruits jaunes. Un très bon choix avant de se quitter.
Un grand merci au chef, à son maître de salle que j'ai fait particulièrement courir, et surtout à ma joyeuse bande de potes bien dégénérés avec qui je partage tant de bons souvenirs depuis plus de vingt ans...
15 novembre 2009
Bourgognes Rouges 93-94 façe à la critique
Un exercice d’assez haute voltige nous attendait lors de la session du Club bruxellois INAO dans le sens que l'on s’attaquait à étudier l’effet du vieillissement sur des bourgognes rouges de deux millésimes plutôt délicats.
Pour rappel, le printemps du millésime 1993 fut assez favorable avec une floraison plutôt précoce. Hormis quelques orages dévastateurs en juillet, l’été a été sec et très chaud, produisant des peaux très épaisses. Les pluies de septembre, éparses mais bien réelles pendant les vendanges ont un peu changé la donne, en permettant, dans un premier temps aux maturités d’évoluer favorablement, puis provoquant un effet plus négatif sur celles-ci. L’état sanitaire fut plutôt satisfaisant.
Les vins se caractérisent par une acidité et une structure tannique importante, ce qui ne les rend pas toujours très affables, et il ne valait mieux pas trop extraire. A l’époque, le millésime était toutefois déclaré très bon et de bonne garde.

Avec le millésime 1994, on est ici sur quelque chose encore plus délicat que 1993. Bien que le printemps fut assez comparable, (une grosse gelée d’avril mise à part), l’été fut plus en alternance de beaux jours et de pluies intermittentes permettant plus d’harmonie dans les maturités et des peaux moins épaisses, mais les pluies régulières de début septembre sont venues contrecarrer un millésime qui s’annonçait très beau, provoquant des écarts sensibles dans les vendanges d’un vigneron à l’autre avec des états sanitaires moyens. La fin septembre étant plus favorable, ceux qui ont attendus se sont avérés plus chanceux. Globalement, les vins de 1994 ne sont certainement pas bodybuildés ; ils présentent avec des aromes plus végétaux, des tanins assez doux et une garde annoncée moyenne.
Globalement, les vins de ces deux millésimes sont souvent décrits comme digestes, assez simples dans le sens qu’ils se situent dans des années charnières, classiques avant l’avènement de styles plus techniques sur des millésimes plus chauds.
Quel allait être le verdict du verre, c’était la question, tenant compte que la thématique semblait inquiéter sérieusement une partie du groupe ?
Les vins sont servis à l’aveugle par paires. En voici la liste dans l’ordre de service :
- Dom. Lafarge Volnay 1er Cru Clos des Chênes 1994 (14,5/20 - 13,5/20)
- Dom. de Montille Volnay 1er Cru Les Mitans 1994 (13,5/20 - 12,7/20)
- Dom. Chandon de Briailles Pernand Vergelesses 1er Cru Les Vergelesses 1993 (12/20 - 12,3/20)
- Dom. Bruno Clair Savigny-les-Beaune 1er Cru La Dominode 1994 (15/20 - 13,4/20)
- Dom. Marquis d’Angerville Volnay 1er Cru Caillerets 1993 (14/20 - 12,9/20)
- Dom. Comte Lafon Volnay 1er Cru Les Santenots du Milieu 1993 (11/20 - 11,2/20)
- Dom. Anne Gros Vosne-Romanée Les Barreaux 1994 (15/20 - 13/20)
- Dom. Bruno Clair Chambolle-Musigny Les Veroilles 1993 (13/20 - 12,9/20)
- Dom. Denis Mortet Clos Vougeot Grand Cru 1993 (16/20 - 14,7/20)
- Château de Meursault Pommard 1er Cru Clos des Epenots 1994 (13/20 - 12,1/20)
- Dom. de Montille Pommard 1er Cru Les Pezerolles 1993 (13/20 - 11,4/20)
- Dom. de Montille Pommard 1er Cru Les Pezerolles 1994 (15/20 - 14,5/20)
Pour les appréciations, la note italique représente ma note personnelle, la note droite étant la moyenne du groupe.
Comme on peut le constater, les notes (particulièrement celles du groupe) sont très basses. Les inquiétudes primaires, surtout pour les 94 semblent se justifier.
Ne voyant pas trop l’intérêt de tirer sur l’ambulance vis-à-vis des vins les plus faibles, je préfère les résumer sur ce qui en ressortait globalement:
- Les nez souvent fermés avaient tendance à exprimer des fruits rouges, rarement sur la complexité, et souvent avec des notes compotées qui faisaient penser à de la chaptalisation ainsi que des pointes de verdeur (herbe mouillée, foin coupé). Plus rarement on a trouvé des notes plus évoluées, animales, viandeuses, les cotes les plus basses ayant caractérisé les vins marqués par de la réduction, le bois alcoolisé et/ou de la volatile.
- En bouche, on retrouve souvent, malgré un certain équilibre, une acidité pas trop intégrée, des fruits rouges surets, de l’alcool glycérolé (qui rappelle furieusement la chaptalisation), et des tanins structurés mais souvent asséchants et avec trop de relief.
Si ces vins ne paraissent généralement pas trop extraits, il n’en reste pas moins qu’ils déçoivent par leur manque d’ampleur et l’impression qu’acidification et chaptalisation ont cohabité.
Un point intéressant est que l’organisateur de la soirée avait tendance à insister sur le fait que les vins étaient plus ouverts et agréables maintenant qu’il y a 4-5 ans. Là j’en appelle aux grands connaisseurs pour corroborer ou non, mais cet avis semble d'autant plus contradictoire que les trois quarts de notre groupe tempêtaient à la gérontophilie...
Au vu de ce qui est écrit plus haut, loin de moi de vouloir faire un procès d’intention, et si des intervenants sont prêts à me contredire de manière argumentée, tant mieux… qui suis-je pour seulement prétendre avoir le recul et les connaissances nécessaires pour être résolument affirmatif.
Et comme j’aime être contradictoire, il me faut quand même parler de ce que j’ai trouvé agréable voire plus:

Dom. Bruno Clair Savigny-les-Beaune 1er Cru La Dominode 1994
La robe, bien qu’évoluée, est une des plus soutenue de la soirée. Au nez, après une brève phase de fermeture, on retrouve de la complexité autour de fruits rouges et noirs (cerise) et des notes de menthe et de réglisse. Le bois est présent lui aussi. En bouche, acidité et fruits rouge jouent un bel équilibre, sans que le fruit paraisse suret, mais frais, tout simplement. Les tanins sont assez structurés sans avoir un relief abrupt et sont bien intégrés. Une bien belle finale, aussi, vu le contexte. Très Bien.

Dom. Anne Gros Vosne-Romanée Les Barreaux 1994
Comme pour le Savigny, on est devant une robe grenat assez sombre, assez fort tuilée. Au nez, on passe après la traditionnelle phase de fermeture à des aromes plus secondaires, sanguins, animaux (un peu herbe mouillée), mais à l’aération fruits rouges et noirs reprennent les devants.
En bouche, on est devant un paradoxe : on retrouve les fruits glycérolés sous l’influence de l’alcool, certes mais l’acidité est moins agressive que dans beaucoup des vins dégustés et la structure tannique est plus qu’intéressante. La finale est assez dense et on a envie de réserver ce vin pour la gastronomie. Très bien.

Dom. Denis Mortet Clos Vougeot Grand Cru 1993
La robe est grenat profond avec beaucoup de jeunesse. Le nez est plus intense, charmeur et complexe à la fois avec des notes giboyeuses, des fruits noirs, du sureau et des notes florales. On perçoit un peu de volatile mais l’impression de fraicheur est à mettre en avant. En bouche, tous les axes ont une belle ampleur ; l’acidité est présente mais plus fraiche qu’aigre, le fruit, rouge, est bien juteux, les tanins assimilés et la finale est bien classique avec des fruits épicés. Le coup de cœur de la soirée.

Dom. de Montille Pommard 1er Cru Les Pezerolles 1994
La robe est assez soutenue et évoluée. Au nez, on a un beau florilège de notes d’évolution : café, animalité, poivre, viande fraiche, humus sec, mais aussi des notes lactées et boisées. Si cela n’a pas une personnalité majeure, c’est très agréable. La bouche est nettement construite sur le fruit juteux et des tanins denses. En finale, cette richesse persiste avec pas mal de fraicheur. C’est classique, certes, mais pas mal fichu. Bien +.
Bien qu’il semble que j’ai été plus généreux que le reste du groupe, je ne peux m’empêcher de regretter que ces quatre vins ne soient pas plus caractéristiques de la dégustation, car bien que sans atteindre des sommets, ils se débrouillent pas mal. Un petit point amusant, il y a dans mon choix trois 94 pour un 93, alors que je m’attendais au contraire.
Dans l'espoir que ce post suscite des réactions...



