09 mai 2012
Chenins de Loire 2008, chemins de gloire !
Chenins de Loire 2008, chemins de gloire !
Une production LPV-Brabant-Wallon
Quoiqu’en pensent certaines hautes sphères bien pensantes de l’Île de France, il faut considérer 2008 en Loire (tout comme en Alsace) comme un très grand millésime, ce dernier, en plus d’apporter rondeur et fruit, ayant gratifié les jus d’une superbe acidité qui tempère la rondeur de la matière, apporte beaucoup de fraicheur et de tension et va porter ces vins sur de très longues années.
A ce titre, on pourra évidemment faire la fine bouche ou serre les gencives, selon, en prétendant que certains infanticides ont été perpétrés ici, certes, mais il n’en demeure pas moins que l’état des stocks à la fois chez les cavistes et dans nos caves nous permettaient de faire une belle dégustation à « la belge », même s’il n’a jamais été dans notre prétention de réclamer toute forme d’exhaustivité. Car oui, j’en ai déjà lu ici ou ailleurs, réagissant aux commentaires des premières heures, s’exclamer « Comment ? Vous n’avez pas mis un Huet ? Ostracisme !!!! ». Et bien non, nous n’avons pas mis un Huet, ni une Coulée de Serrant, parce personne du groupe n’en avait à suggérer, voilà tout… d’autant que la cible du jour n’était ni les demi-secs, ni les moelleux !
Pour continuer à faire de mon nez, vous ne verrez ci-dessous aucun commentaire sur le vin 18 bis, le Roc d’Anglade 2009, au chenin majoritaire bien qu’issu du Languedoc. L’exercice de placer un tel vin dans une série aussi « tendue » a montré plus que ses limites et n’a pu que desservir cette quille, ce qui me fait proclamer tout le désintérêt que j’ai face à cette tradition de mettre des vins pirates… surtout quand ils n’y sont aucunement à leur place.
Trêve de plaisanterie, il est évident qu’il me faut remercier grandement le « Jef » (22degrés sur LPV) pour avoir managé avec brio cette magnifique soirée, la débutant et la concluant par de très nombreux « off » tous aussi jouissifs les uns que les autres, tout en pensant largement à nos panses qui à la fin de la dégustation classique des 21 quilles thématiques devaient ressembler à ce que ressent un gréviste de la faim après plusieurs jours : FAIM !!!!.
Toujours au registre du Jef, il faut ajouter les données techniques fournies pour chaque vin.
Au brio de « Jef », il faut ajouter le talent et l’énergie du Président Javaux, dit aussi, Jean-Luc, le frère de l’arbitre qui est devenu en quelques mois la véritable cheville ouvrière de notre jeune et dynamique club LPV-Brabant.
Pour ce qui suit, sachez encore que les vins ont été ouverts plusieurs heures à l’avance, goutés puis rebouchés et mis au suffisamment au frais pour qu’ils présentent une fraicheur suffisante lors de la dégustation. Le service a été effectué à l’aveugle, dans un ordre prévu par notre hôte du jour. Seule la liste complète des vins était connue.
Voici donc mes modestes impressions de dégustations, évidemment subjectives (bien que je me soigne). Je dis cela question de rassurer les « fous de la cave 4 » qui douteraient encore de ma perverse addiction au bio(dynamique) à tendance nature (special tribute to Agitateur of LPV).
1. Domaine de la Mabillière - Vouvray Brut Méthode traditionnelle 2008
Fiche technique :
Trop peu de renseignements fiables sur ce vin n’ont pu être trouvés. Il semble qu’on peut le trouver dans la grande distribution en Belgique sous l’enseigne Delhaize. Certains écrits attesteraient de rendements très faibles et d’une viticulture bio.
La robe est jaune dorée avec de très fines bulles. Le nez est très fruité, presque nature pour ses notes levurées ; quelques éléments floraux parachèvent le bouquet. On retrouve ses notes florales et les fruits blancs en bouche, le tout tendu par une belle acidité qui équilibre bien les traces de dosage. La finale est vive, gaie ; avec pas mal de longueur, bref, une très belle rencontre.
2. Domaine Pithon-Paillé - Anjou 2008
Fiche technique :
Terroir : Assemblage de différentes parcelles Schistes et Calcaires
Age des vignes : 20 à 30 ans
Culture : Bio
Rendement : 40 hl/ha
Elevage : 10 mois en barriques de 3 à 5 ans et cuve bois tronconique.
Sucres résiduels : 0,8 g/l

La robe est jaune assez clair. Le nez hésite entre floral et agrumes, avec une pointe de richesse mielleuse sous-jacente ce qui apporte une certaine notion de gourmand. En bouche, si le vin n’est pas déséquilibré et qu’il bénéficie d’une belle fraicheur, il sonne un peu creux et manque d’élégance. Seule l’acidité permet de procurer du plaisir sur la finale. Un peu décçu par un domaine qui me transporte bien plus, généralement.
3. René Mosse – Anjou « Les Bonnes Blanches » 2008
Fiche technique :
Localisation : Vin issu de 2,5 ha de parcelles en AOC Coteaux du Layon Saint Lambert
Terroir : Sol sablo-limoneux Sous-sol de schistes verts dégradés à texture sablo-limoneuse-argileuse
Age des vignes : 35 ans
Vendanges : manuelles avec tris
Vinification : Pressurisation lente puis, fermentations alcoolique et malolactique et élevage en fût (12 mois)
Sucres résiduels : 2.3g/L

La robe est soutenue, dense, très sur le jaune. Le nez est d’abord un peu fermé, légèrement oxydatif, puis vire au floral et au fruit juteux, non sans passer par quelques notes de pierre à fusil. On retrouve ces aromes en bouche, accompagnés par une belle tension et un vrai « jus ». Certes, on n’est pas sur un vin austère, certes on ne doit pas chercher ici le nirvana de la précision horlogère helvétique, mais il se dégage comme très souvent chez le « Père René » une sensation de plaisir gourmand et gouleyant auquel aucune barrière intellectuelle ne peut s’opposer et empêcher une descente que nous envient les têtes brulées de Kitzbühel.
4. Stéphane Bernaudeau - Anjou « les Nourissons » 2008
Fiche technique :
Nombre de bouteilles produites : 2000 bouteilles !
Type de sol : schistes
Cépages : 80% de chenin, 20% de verdelot
Surface du vignoble : 1 hectare
Age moyen des vignes : centenaire
Densité de ceps/hectare : 5500
Rendement par hectare : 15 hl/ha
Type de culture : biodynamie
Méthode de vinification : 18 mois d’élevage en barrique
Sucre Résiduel : 4 g/l

La robe est dorée intense. Certains ressentent beaucoup de fraicheur et de réduction, personnellement, je suis plutôt sur des notes pierreuses, crayeuses et fumées, surtout à 180° de la générosité du Mosse. La bouche est superbe, surtendue, saline, minérale avec des agrumes de pamplemousse amer, le tout sous un superbe volume. La finale est superbe, longue, fraiche, précise, tout en salinité. Un très grand vin qui devrait tenir de très longues années. Dommage qu’il soit si rare.
5. Philippe Delesvaux – Anjou « Feuille d'Or » 2008
Fiche technique :
Production : 3000 bouteilles
Sucre Résiduel : +- 0 g/l
Sol : Schistes Carbonifères
Densité : 5500 pieds/ ha
Age des vignes : 15 ans
Type de culture : Agriculture biologique (Ecocert) ; Biodynamie.
Vinification : intervention minimale
Vinification : fermentation en barrique de 1 vin à 15° C, pas de malo, élevage de 12 mois sur lies
Mise : au Domaine, après filtration tangentielle. Sous vide. Pas de collage.

La robe est très soutenue vers le jaune sombre et doré. Le nez, puissant, surprend d’abord par un côté acrylique pas très précis, puis à l’aération évolue vite vers des agrumes confits, des zestes d’orange et cette impression de pierre mouillée si typique des terroirs carbonifères chers aux Delesvaux. La bouche est tendue, mielleuse, dense, très généreuse avec une minéralité qui tempère beaucoup les notes suaves. Un poil de longueur en plus et on tenait à nouveau un tout grand vin.
6. Domaine du Collier - Saumur 2008
Fiche Technique :
Superficie : 4.5 ha de chenins
Culture : Bio avec travail des sols et labours pour faire descendre les racines de la vigne jusque dans la roche de tuffeau.
Vinification : Vendages manuelles et vinification en barrique durant deux à trois ans en cave.
La robe est franchement dorée avec une forte impression de densité. Le nez d’abord légèrement ténu s’ouvre sur des notes de miel et de fleurs très intenses, très pures que viennent chatouiller quelques effluves de pomme et de levure, le tout avec beaucoup de classe. La bouche est très classique du chenin, tendu, puissante, droite avec une acidité très marquée tout comme une salinité envoutante Le vin s’avère aussi particulièrement long, sur un miel frais…. C’est magnifique.
7. Château Yvonne - Saumur 2008
Fiche technique :
Superficie : 3 hectares
Terroir : Argilo calcaire sur tuffeau
Localisation : parcelles sur les villages de Parnay, Turquant et Montsoreau , en première côte., notamment La Grande Vignole, Château Gaillard et Le Gory.
Age des Vignes : de 5 à 80 ans
Viticulture : Bio (Ecocert) ; travail des sols manuel, traitements proches de la biodynamie
Rendement : 20 hl / ha
Vinification : débourbages statiques une nuit en cuve, fermentation en barrique. Pas de malolactique ce qui est inédit pour ce vin.
Elevage : en Barriques de 225l dont 50% de neuves pendant 12 mois, puis 3 mois en cuve avant mise en bouteille.
Sucre résiduel : 3 g / l

La robe est jaune doré assez clair. On retrouve d’une part ce type de nez à la limite de la réduction, très silex mouillé mais d’autre part, un côté très bourguignon avec du beurre gras auquel il faut ajouter des notes de tisane et une légère impression d’élevage. Vous avez dit « complexe » ?.
En bouche la tension et la matière sont directrices et forment un très bel équilibre. On perçoit un beau gras doublé d'une minéralité évidente, tout en séduction. La finale est longue, très pure et fraiche. Si cette bouteille n’atteint pas mon plaisir absolu du vin précédent, cela n’en demeure pas moins un vin superbe.
8. Domaine de Bellivière - Coteaux du Loir « l'Effraie » 2008
Fiche technique :
Spécificité : La cuvée « L'Effraie » est issue d'un assemblage de 6 parcelles de vignes âgées de moins de 50 ans sur 3 communes
Superficie : 3 hectares
Terroir : Argiles à silex sur tuffeaux. Variation sur les argiles et sur la granulométrie du cailloutis silex, voire présence de sable.
Culture : Biodynamique avec labour, déchaussage et grattages.
Rendement : maximum 35 hl/ha.
Vendanges : manuelles.
Vinification : Naturelle en barriques de 1, 2 et 3 vins. Elevage d'un an. Les terroirs sont séparés et les barriques sont assemblées avant mise pour former les cuvées
Sucre résiduel : 2 g/l

La robe est jaune-vert très clair. Le nez distille tout en finesse de délicats arômes de poire blanche, de miel avec quelques notes de fruits jaunes. De la vraie dentelle ! En bouche, on trouve plus de puissance à commencer par une acidité puissante et cristalline qui tend un très beau duel entre des fruits presque exotiques et un caillou très salin. Ce qui fait probablement sa qualité, la délicatesse, se révèle ici son défaut, car suite aux monstres de concentration qui ont précédé, on a l’impression ici que la matière reste un peu en retrait, surtout sur la finale. Effet de séquence, probablement, tant les vins de ce domaine ont l’habitude de me charmer.
9. Les Chesnaies ( Béatrice et Pascal Lambert) - Chinon « Rochette » 2008
Fiche technique :
Superficie : 85 ares !
Terroir : Argilo Calcaire (Tuffeau de Touraine) et Millarges
Ages des vignes : 5 ans
Rendement : 35 à 40 hl/ha
Culture : Ecocert depuis 2005, en conversion en biodynamie
Vinification : Pressurage direct, fermentation et élevage sur lies pendant 11 mois en cuve bois de 25 Production : 4980 bouteilles
Sucre résiduel : 1.3 g/l

La robe est jaune-or. D’abord fermé, le nez s’ouvre en finesse sur des notes fumées avant de gagner en intensité avec des fruits très mûrs, du beurre, quelques notes pierreuses, mais aussi de l’alcool et une pointe oxydative. Cela va un peu joyeusement dans tous les sens, en fait, et ce n’est pas la bouche qui contredit cette impression. A côté d’une belle fraicheur, on a un fruit très jouissif qui a juste un peu de mal à trouver de la précision. Quelques fines notes minérales sont aussi de la partie. Un beau vin tout de même, à boire sans intellectualisation aucune.
10. Clos Naudin (Philippe Foreau) - Vouvray sec 2008
Fiche technique :
Superficie : 11ha
Terroir : Assise argileuse d’épaisseur variable sur assise calcaire
Culture : en lutte raisonnée très proche du bio mais refus de revendication
Vinification : fermentation en présence de levures indigènes et à température faible. Les raisins pressés n’ont connu auparavant ni battage, ni travail sur lies et le caractère fin des vins est favorisé par des soutirages rapides. Les fermentations alcooliques se poursuivent en barriques jusqu’à Noël et les malos sont rigoureusement évitées entre autres grâce aux faibles températures (+- 5°c sur l’hiver).

La robe est jaune-or assez soutenu. Le nez d’abord un peu réduit s’ouvre sur des agrumes citriques, des notes florales légèrement miellées et surtout un grillé qui est presqu’une note de fabrique, l’autre étant la complexité perçue. La bouche est très équilibrée malgré une tension à faire fuir quelques râteliers. On ressent une concentration inouïe avec une dominante minérale absolue qui donne à ce vin un côté cristallin sans pareil. La longueur est au diapason : énorme. C’est du Foreau vrai et pur, du « Grand » Foreau, tant il me paraît toujours presque évident que le grand maitre du Vouvray sec et minéral, c’est ce diable de Philippe… ce qui ne veut pas dire que je reste admiratif des vins de Huet, son voisin direct, mais sur les moelleux.
11. Vincent Carême - Vouvray sec 2008
Fiche technique :
Terroir : argile à silex, sous-sol calcaire
Viticulture : Vignes enherbées et cultivées sous le cep, en conversion bio
Vinification : Levures indigènes. Pas de chaptalisation. Faible dosage en soufre. Elevage de 12 mois en fûts

La robe est jaune assez intense. Le nez est puissant, intensément sur le fruit gourmand avec des agrumes très juteux. On ressent aussi quelques notes de pierre à fusil, mais plus on aère le vin, plus l’élevage a tendance à se marquer. En bouche, on retrouve cette impression de jus citrique gourmand, rendu très gouleyant par une acidité juste comme il faut, le millésime aidant. Comme la finale est longue et saline, que demande le peuple. C’est aussi beau que le vin précédent, mais dans un registre totalement opposé, on est ici en pleine planète glou !
12. Catherine et Pierre Breton - Vouvray « La Dilettante » 2008
Fiche technique :
Spécificité : Chenins récoltés mûrs, sur le vignoble de Vernou sur Brenne. Assemblage de jeunes et vieilles vignes
Viticulture : biodynamie
Vinification : Pressurage lent, vinification lente en cuve. Mise sous filtration stérile pour éviter l’adjonction de trop de soufre.

D’abord fermé, le nez transite par des notes végétales d’asperge avant de s’ouvrir sur des agrumes citriques et quelques notes pierreuses. Globalement cela paraît très fin et complexe à souhait. La bouche est droite, surtendue avec une minéralité assez austère qui domine à l’attaque avant qu’un fruit plus ample ne s’installe pour donner plus de volume. La finale est à la fois mûre, saline et très fraiche mais jamais en recherche de surpuissance. Un vin superbe au rapport qualité-prix indéniable !
13. François Chidaine - Vouvray « les Argiles » 2008
Fiche technique :
Superficie : 10.5 ha à Vouvray (sans compter les parcelles sur Montlouis)
Terroir : sol composé d'argiles profondes et de craies blanches, uniquement de nature argilocalcaire sur une assise de tuffeau.
Ages des vignes : 40 ans
Rendement : 24 hl/ha
Viticulture : Biodynamie. Les sols sont labourés. Des plantes mellifères et nématicides sont semées dans les rangs.
Vinification : Pressurage en pressoir pneumatique ; fermentation avec levures indigènes dans des demi-muids jusqu'à six mois. La "fermentation malolactique" n'est pas recherchée. L’élevage est réalisé sur lies fines, toujours dans les demi-muids (durée totale 11 mois).
Sucre résiduel : 6 g/l

La robe est jaune-or moyennement intense. Le nez est très puissant d’emblée, très « chenin » aussi avec un florilège de miel, de floral et de fruits blancs auxquels viennent se mêler des agrumes citriques. Il semble un peu elliptique de s’arrêter là, tant la complexité embarquée semble évidente, entre autres par ces notes fumées qui apparaissent à l’aération. Bref, ça sent la bombe. Et bombe en bouche, c’est ! Cela commence par une tension de dieu le père, tension nécessaire pour maîtriser le gras, la maturité des agrumes et la richesse du miel. Ajoutons à tout cela des amers superbes surtout sur la finale « kilométrique ». Ze coup de cœur de la dégustation, mais je suis fan indécrottable du style Chidaine, il est plus que vrai.
14. François Chidaine - Montlouis-sur-Loire « les Choisilles » 2008
Fiche technique :
Superficie : Sélection parcellaire sur le domaine (20 ha sur Montlouis)
Terroir : le sol est composé d’argiles et d’éléments grossiers de silex constituant «les perruches», typiques des sols de l’appellation. Le sous-sol est constitué de tuffeau.
Ages des vignes : 30 à 90 ans
Rendement : 43 hl/ha
Viticulture: Biodynamie.
Vinification : voir Vouvray les Argiles
Sucre résiduel : 3.7 g/l

Las (but not yeast), l’ignoble TCA et ses conséquences pitoyables, par ici ont fait leur œuvre maléfique. Si le vin n’est pas « à jeter », il n’en est pas moins flou, imprécis. Dommage, parce que la tension et la matière perçue semblaient promettre au moins autant que le précédent vin.
15. Domaine de La Taille aux Loups - Montlouis-sur-Loire « Rémus » 2008
Fiche technique :
Terroir : Sol argilo-calcaire et orgilo-siliceux, sur roche mère calcaire.
Ages des vignes : 50 à 80 ans
Rendement : 20 hl/ha
Viticulture : Biologique non certifiée
Vinification : après un pressurage pneumatique, débourbage statique de 30h. Fermentation très lente en barriques sans levurage ni chaptalisation. Pas de fermentation malolactique. Elevage d’un an en barriques ¼ neuves, ¼ un ¼ deux, ¼ trois vins.

La robe est jaune-vert, très claire. Après une légère fermeture, le nez s’ouvre sur une aromatique classique « miel/floral/fruits blancs » à laquelle des notes pierreuses viennent s’adjoindre. J’ai aussi une sensation de « droiture germanique un peu piquante » qui me fait penser que le SO2 a été ici assez généreusement utilisé. Mon soucis, c’est le dernier acteur, le bois neuf. Même si il y a une forme d’intégration évidente, plus je vieillis, plus je me radicalise, plus ce type d’élevage me rebute. Quand je vois la pureté de tous les vins qui ont précédé, je me demande vraiment où est l’intérêt du bois sur le chenin. Autant que tout le monde n’était pas de cet avis…ce qui a permis, sur le coup, d’assister à une belle fracture entre « conservateurs » et « naturistes ».
En bouche, si l’on filtre le boisé, il faut reconnaître que la qualité est au rendez-vous avec un extrait important, mais très pur, tendu, cristallin, avec des amers intéressants, des fruits très exotiques et un beurré bourguignon.
L’amateur de Chardonnays « modernes » adorera, le fan de Philippe Foreau détalera…. A vous de choisir.
16. François Chidaine - Montlouis-sur-Loire « les Bournais » 2008
Fiche technique :
Localisation : parcelles de 2.5 ha (le domaine en possède 20 ha sur Montlouis)
Terroir : sol de nature argilo-calcaire de type « perruches » sur un socle de tuffeau
Ages des vignes : 10 ans
Rendement : 37 hl/ha
Viticulture : Biodynamie.
Vinification : voir Vouvray « les Argiles » 2008
Sucre résiduel : 3.7 g/l
Acidité : 4.85 g/l
La robe est encore très jeune jaune-vert avec des reflets dorés. Le nez est mûr, mais pur, très élégant avec un floral sublime et des fruits blancs et jaunes (coing). On a un beau ressenti de complexité. La bouche est tout aussi pure, tendue, droite, presque austère, cette impression étant soutenue par le fait que la matière ne semble pas totalement au rendez-vous. Phase de fermeture ou légère sous-maturité, difficile de se prononcer…. Seul le temps sera le témoin de l’évolution de ce vin dont l’aromatique a nez m’avait quand même charmé. Ou alors… le classique effet de séquence face au vin précédent, rien n’est à rejeter.
17. Domaine de La Taille aux Loups - Montlouis-sur-Loire « Rémus Plus » 2008
Fiche technique : cfr Montlouis-sur-Loire « Rémus » 2008
Spécificité : Cette cuvée provient d’une sélection de barriques élevée en 18 mois.

On pourrait copier/coller Rémus…. Sauf qu’ici, je ressens de la volatile au nez et que le bois en sus vient me caraméliser ma bouche. Ce doit être un très grand vin que je suis totalement incapable de comprendre dans son absolu. Les druides adorateurs du bois me pardonneront, je l’espère, mes excès.
Là, où je m’énerve encore un tantinet un peu plus, c’est le nom de cette cuvée… franchement, le sobriquet « Plus » m’empêche littéralement d’être sérieux…. Quand on y pense, ça veut dire quoi « plus » ? Et si le plus est comme il est, les autres sont « moins » ?
18. Domaine aux Moines - Savennières « la Roche aux Moines » 2008
Fiche technique :
Superficie : 7, 3 ha
Terroir : Schiste gréseux
Ages des vignes : 30 ans
Rendement : 17 hl/ha
Viticulture : vigne enherbée sauf sous le cavaillon ; ni insecticide ni anti-botrytis ; taille courte (2 yeux) ; en fin de conversion bio (Ecocert) ; vendanges manuelles et par tries (4)
Vinification : Pressurage direct pneumatique. Débourbage à basse température (10-11 °C) pendant 72 heures environ. Pas d’enzymes. Levures indigènes. Cuves inox thermo-régulées et sous inertage. Fermentation et élevage en fûts de chêne de 400 litres (30%).
Sucre résiduel : 3 g/l

La robe est brillante, dense, dorée. On retrouve un nez très expressif, complexe avec les incontournables fruits miellés, le floral, mais aussi des notes minérales fumées ainsi qu’un soupçon de pommes granny et de la cire. Une pointe d’élevage est perçue mais son intégration est parfaite. La bouche est surtendue par l’acidité, ce qui convient bien à une matière très concentrée, doublée d’une richesse certaine à la frontière de l’opulence. La résultante est bien plus sur la gourmandise que la lourdeur et la grande fraicheur sur la très grande longueur parachève ce superbe exemple de buvabilité dans la richesse. Un très grand vin.
19. Domaine Pithon-Paillé - Savennières 2008
Fiche technique :
Terroir : Différentes parcelles sur les hauteurs de Savennières sur schistes
Age des vignes : 30 à 40 ans
Culture : Bio
Rendement : 30hl/ha
Elevage : 10 mois en barriques de 1 à 3 ans.
Sucrosité : 2,5 g/l

Sur les 3 vins qui terminent cette dégustation, j’avoue que même si mes évaluations globales étaient relativement élevées (17, 16 et 17), j’ai été perturbé par une effet « solaire » sur ces cuvées plus riches et dont l’alcool m’a embarqué (mais vis à vis de l’éthanol, tout le monde sait que je suis une petite nature).
Sur ce premier vin du trio, la robe annonce la couleur, avec un doré pareil, on pense « Layon Automnal ». Le nez est vraiment riche, très complexe oscillant entre miel d’acacia, fruits blancs et jaunes très mûrs et quelques notes oxydatives de noix. L’élevage est ici à nouveau fort mis en valeur, à la limite de la limite du soutenable pour un protecteur des eaux et forêts, enfin, surtout des forêts.
En bouche, la richesse et le boisé sont de la partie, mais les sensations minérale et l’amertume noble tempère bien ces excès. Et puis, il y a l’acidité, parfaite, pure noble. Avec une telle structure, on peut s’attendre à de la longueur… y en a ! Un vin encore en devenir mais qui devrait régaler nos arrière-arrière-petits-fillots.
20. René Mosse - Savennières « Arena » 2008
Fiche technique :
Superficie : 45 ares
Terroir : Sables éoliens sur schiste (d’où le nom de la cuvée Arena)
Ages des vignes : 10 ans
Rendement : 17 hl/ha
Viticulture : Biodynamie ; vendanges manuelles
Vinification : Pressurisation lente ; fermentations alcoolique et malolactique ; élevage 12 mois en fûts
Sucre résiduel : 3.1 g/l

Il n’y a que Mosse qui m’osse. Tout est riche, opulent, solaire et pourtant ce vin a une complexité indéniable, et surtout, avec cette acidité de samouraï, la chose prend un caractère buvable énorme. Mais oui, René, c’est sûrement trop tôt pour en profiter pleinement, René, mais moi, j’ai tout descendu… tout glou !
21. Damien Laureau - Savennières « Bel Ouvrage » 2008
Fiche technique :
Terroir: dominante de schistes altérés et à fleur de sol
Vinification : lLes vins sont vinifiés et élevés 12 mois en barriques puis minimum 6 mois en cuve.

On reste dans l’orfèvrerie à la robe, genre jubilé d’Elisabeth II. Le nez est puissant, solaire avec des arômes de fruits confits, de zestes, en plus de quelques notes acryliques. Pas vraiment emballant, trop lourd, sûrement. La bouche idem, boisée en plus, surpuissante, sauvée des eaux par une belle acidité, surtout en finale. J’ai vraiment trop côté ce vin, l’effet de l’alcool sur mes neurones ayant certainement dopé ma jouissance, l’anesthésie des 20 machin qui ont précédés, ôssi. Bon, ne jetons pas le sucre et l’alcool avec l’eau du bain, attendons, en 2084, le petit-fils de François Audouze nous en dira des nouvelles.
Conclusions
On s’attendait à de la puissance et de la tension…. Elles étaient largement au rendez-vous, quelque soient les styles en culture ou en vinif. Quand pour administrer cette puissance bicéphale de l’extrait et de l’acidité, on joue dans la cour chenin, c’est comme dans la cour riesling, on atteint des sommets, même s’ils frisent souvent l’infanticide. Dans des millésimes pareils, comme dans d’autres encore plus frais, la pureté du chenin n’a pas son pareil, il est le seul cépage à vous mettre du miel en vous transperçant de classe. Et plus l’équilibre final perçu est sec, plus c’est grandiose. Ce qui permet sans nul doute d’octroyer le même qualificatif à cette dégustation.
Mais ma seule déception, c’est quand on possède un tel cristal, pourquoi l’envelopper quelquefois (surtout sur les derniers vins) de tant de dorures, sans parler de l’élevage, alors qu’on devrait savoir qu’en bijouterie, le mariage du diamant et du bois, c’est pas terrible, esthétiquement.
08 mai 2012
Le Kaefferkopf par Oenophil : Incontournable !
Philippe Bon, c’est un pote, c’est sûr…. Je lui dois beaucoup de ma passion alsacienne, surtout pour les vins vivants qu’il m’a fait découvrir et pour les superbes ballades didactiques dans les vignes qu’il est capable d’organiser.
Mais en dehors de ma subjectivité lié à ma sympathie, je suis certain que nul ne doute de ses compétences alsaciennes, son blog « OenoPhil » en est d’ailleurs le meilleur témoin.
Ce que certains ignorent peut-être, c’est que le Monsieur est littéralement féru de l’histoire du vignoble alsacien, histoire pour laquelle, il est pratiquement incollable.
Pour vous en persuader, il livre sur son blog une superbe saga du Kaefferkopf en 6 épisodes qui nous montre bien qu'entre vignoble et politique, rien n’est jamais évident.

Ce texte est précis, complet, hyper-documenté, bref, pour les fans de l’Alsace et de la vigne en général, proprement incontournable.
Goûtez-y sans modération sur http://oenophil.over-blog.fr/article-les-grands-crus-3-la-saga-du-kaefferkopf-1-6-103592710.html
Quant à moi, Phil, j’ai qu’un mot à te dire : « Encore ! »
27 avril 2012
VDVs 45 : L'art et le vin... et Paul-Henri Soler
Une fois de plus, il n’a pas été trop difficile de convaincre mes collègues « Brusseleirs » de répondre à la douce invitation de Véronique Attard, égérie incontournable du Mas Coris, pour ces 45e Vendredis du Vin dont elle a accepté, avec sa gentillesse habituelle, la «lourde » charge de la présidence…
Véro needs us…

We’re running for her !
Et c’est avec toute sa sensibilité qu’à cette occasion, elle nous emmène à la rencontre du vin et de l’art, pour ces vendredivinesques agapes.
Certes, au vu de nos dégustations kilométriques, notre petit groupe d’œnophiles du cœur de l’Europe serait volontiers taxé de Serial Quilleurs, vénérant le temple de Bacchus pour y jouir pleinement du fruit festif à travers le jus de la treille. Bref, des malades, quoi ! Il ne faudrait quand même pas oublier que la première de nos préoccupations, à l’heure céleste de porter le divin breuvage à nos lèvres, c’est l’équilibre de ce jus, cet équilibre souvent fragile, tendu qui met, sans illusion nécessaire, nos palais en pleine harmonie avec le plaisir annoncé.
Equilibre, tension, harmonie, finesse… C’est pleinement ce que peux inspirer ce danseur de Rodin
Equilibre, tension, harmonie, finesse, c’est aussi ce que nous avaient inspiré, dans de précédentes dégustations, les vins de Paul-Henri Soler.
C’est donc un peu comme une évidence qu’il fallait donc lier le personnage de Paul-Henri et ses vins à ces Vendredis du Vin… Rien que le logo de l’étiquette de ses vins, sobre, pure, aérienne est une véritable invitation à l’équilibre

Paul-Henri Soler
Malgré ses origines ancestrales helvétiques c’est bien de Bordeaux que nous vient Paul-Henri Soler. Attiré par la vigne, il va tout d’abord suivre une formation en viticulture et en œnologie dans sa région natale avant de compléter cette formation en arpentant le vignoble de France et de Suisse dans le cadre de nombreux stages.
C’est à cette époque que la Suisse devient déjà une évidence pour lui. Sans famille locale et sans les fonds nécessaires pour se lancer d’emblée dans l’achat de vignes et dans la production, il complète ses connaissances par un diplôme de sommelier-conseil puis s’en va travailler comme caviste à la Cité des Vins à Genève, où il travaille encore aujourd’hui à mi-temps.
C’est enfin en 2005 qu’il débute son activité de vigneron à Meyrin près de Genève, en achetant d’abord des raisins sur pieds, objet d’une intense sélection, puis, plus récemment en louant des parcelles de Gamay près de Loex. Les vignes se trouvent de part et d’autre du Rhône.
Sa cave, il la doit à son épouse dont les parents lui confient une partie de leur ferme pour lui permettre de vinifier. Le régime de la débrouillardise. Ici, dans cette grande bâtisse tout de bois vêtue, on vinifie, on élève entre les bottes de foins, on ne doit pas aller chercher loin les levures, on fait face à des écarts de température souvent importants, mais on veille, presque jour et nuit, comme une louve sous sa progéniture et le résultat est plus que probant.
Paul-Henri produit aujourd’hui près de 8000 bouteilles, espérant à l’horizon 2015 atteindre le chiffre de 12.000 au-delà duquel la rentabilité lui semble garantie.

S’il ne se revendique d’aucun label, il rejoint pleinement ces vignerons de « glou » que nous aimons tant en recherchant les vins les plus naturels possibles, en ne travaillant qu’avec des raisins qui n’ont connu aucun pesticides et en évitant lors de ses vinifs tout intrant comme le soufre ou les levures sélectionnées…
Malgré quelques expériences de macérations les blancs sont vinifiés classiquement. Les rouges sont vinifiés en grappes entières. Les fermentations sont opérées futs tronconiques ouverts et les élevages sont faits en fûts d’occasion de plusieurs années.
« Des vins vivants, sans concessions, voilà le seul objectif poursuivi »
Paul-Henri Soler
Route de Prevessin 60
Mategnin
1217 Meyrin
Tél : 079 746 24 61 (Suisse)
E-mail : paul-henri.soler@bluewin.ch
Et si on buvait ?
Pour la dégustation, nous nous sommes attachés à 5 vins, tous en Appellation Vin de Pays de Suisse, vins que notre « Bordelais » de Fabrice Domercq (vigneron à Ormiale) nous avait ramené de son dernier séjour en Suisse, séjour qu’il répète de plus en plus souvent depuis la découverte des vins de Paul-Henri Soler.
Sûr qu’on a accompagné ces vins de tout ce qu’il faut pour nous remplir la panse ; pour le cochon, les éternelles charcuteries, certaines ramenées d’Italie, d’autres de chez Bas à Villé-Morgon, pour remplir le reste de nos panses bien tendues, une vraie fondue avec du vrai fromage suisse nous a été proposée ! Sans oublier non plus la bonne humeur permanente du groupe… Bref…Non peut-être !

Vineusement, on a commencé par le Chardonnay « Les Matines » 2010 qui provient de parcelles très pentues faites de molasse et d’argiles avec une exposition Est, les mêmes parcelles qui abritent aussi le gamay qui rentre dans sa cuvée « Pourboire » non dégustée ici.

Pas évident de retrouver d’emblée le chardonnay, tant les fruits blancs viennent se mêler aux agrumes plus classiques.
La bouche est avant tout marquée par une tension énorme qui augmente la sensation très nette de minéralité et de pureté. Ce chardonnay rappelle, par sa droiture et son côté 100% nature, les chablis de Thomas Pico, avec toutefois un peu moins de gras. Une bombe de fraicheur !
La seconde quille est « Trinité 6027 ». Il s’agit d’une vraie pépite d’originalité puisque ce vin est issu de l’assemblage de 3 cépages (Chasselas : 60 % ; Aligoté : 20% ; Gewurztraminer : 20%) mais aussi de 3 millésimes, soit, 2008, 2009 et 2010.

Le nez est assez intense, avec des fruits blancs, une pointe d’exotisme et des notes très florales. En bouche l’équilibre est parfait entre une très belle vivacité, du gras, du fruit et à nouveau de belles notes florales. Plus sur la finesse, que sur la concentration à tout va, on en demeure pas moins sur énormément de plaisir, de buvabilité, le tout porté par une longueur plus que satisfaisante.
On revient ensuite au Chardonnay avec cette cuvée Vespera 2010 dont le nom annonce à lui seul plus de maturité. Issu de coteaux exposés à l’ouest sur le versant opposé du Rhône et donc nettement plus ensoleillés que pour les Matines.
De fait, si le nez a conservé toute la fraicheur retrouvée sur les deux premiers vins, avec des fruits blancs qui se mêlent à nouveau aux agrumes, la bouche est nettement plus ronde, plus juteuse avec un fruit gourmand dominant. On reste toutefois sur ces impressions d’équilibre très aérien parce que l’acidité embarquée offre une superbe tension à l’édifice. La finale est clairement sur le fruit, mais toujours aussi aérienne.
On passe ensuite aux rouges avec le Pinot Noir « Dame Peaufine » 2010 pour entamer le duo
Ce pinot noir nous propose une robe rubis assez légère et un nez moyennement intense, principalement sur le fruit rouge, puis les cerises noires à l’aération. L’impression de légèreté est omniprésente et ce n’est pas la bouche qui vient démentir cela, surtout que les tanins sont terriblement souples et que l’acidité si elle est présente, n’est pas angulaire. Bref, cette Peau »Fine » porte bien son nom.
Après un peu d’aération, le vin évolue sur plus de fruits noirs et quelques notes torréfiées avec des tanins plus présents, une impression aussi de légère gourmandise en sus. Malgré la permanence de la finesse, les impressions de finale sont très persistantes. On retrouve en fait pleinement cette impression d’équilibre qui nous a amené à partager ces vins pour ces 45e VDVs.
Le second rouge fait visiblement l’objet d’un bel intérêt chez les glouglouteurs naturellement naturistes. Ce « Vin du Dimanche 2010» est issu de 100% de Gamaret (helvétique croisement entre le Gamay et le Reichensteiner), récolté très mûr puis « passerillé » tout comme pour les Amarone en Veneto. Tout un programme…
L’appel à l’usage des claies se justifie par le fait que sur pied, l’humidité locale ne permet pas d’espérer ce qui réussit si bien en Jurançon.
Sûr que par rapport à Mamzelle « Peaufine », on change de registre. Déjà la robe montre le ton, rubis très foncé. Le nez est puissant, intense, terriblement juteux, gourmand avec des fruits rouges mûrs et frais à la pelle. Le piège du jus de fruit est toutefois bien évité avec des notes charnues et sanguines qui viennent agrémenter une belle complexité.
Malgré la matière et la maturité très prononcée, la bouche est marquée par un très bel équilibre, plus dans le registre sec et charnu que sur le côté doucereux. Bien sûr, il y a de la gourmandise, bien sûr, on ressent de la solarité, mais l’acidité superbe et les tanins bien structurés nous ramènent en permanence vers un superbe vin de gastronomie qui appelle une belle pièce de Simmental et qui aujourd’hui se comportait fort bien sur la fondue en accompagnement.
Une vraie tuerie gourmande et vineuse…
… tout en équilibre… évidemment.
Cet équilibre fragile, mais réel, tangible, un peu comme un funambule sur son fil ou ce danseur de Rodin, c’est donc le point vraiment frappant de toutes les cuvées. Par ailleurs, toute forme de fausse note est absolument absente, même sur les cuvées précédemment dégustées. Jamais de déviance, jamais de bretts Rock’N’Roll, toujours de la pureté. Ces vins me rappellent les cuvées 2007 de Laurent Barth en Alsace qui, frappé par la grêle, avait pu utiliser des raisins d’autres domaines et avait fait de ses « Cuvées Nomades » quelque chose de magique… Ils réussissent à nous parler aussi bien que Cyril Alonso réussit avec ses vins.
Des vins droits aussi, aux acidités souvent soutenues, qui verront sans nul doute venir les ans avec sérénité.
Voici ce dont nous avons pu profiter, avec la convivialité des fous bruxellois, pour ces 45e Vendredis du Vin. Merci et une énorme bise de nous tous à Véro du Mas Coris !!!
Paul-Henri Soler… un nom à retenir !

Santééééééééééééé !
29 mars 2012
VDVs 44s : Régalades et rigolades en Val de Loire

vous présentent « leurs »

avec… Anne Graindorge…
et René Mosse… aussi !
Anne Graindorge, c’est un peu « Force 10 from Navarone », sauf qu’elle n’habite pas Navarone mais en Loire, et qu’elle aime cela, la Loire ! Elle a débarqué « en Force », voici à peine deux-trois gros mois dans le petit monde des Vendredis du Vin, mais, comme le font les Namurois, quand elle est dedans, elle y est pour longtemps. En plus au lieu de chanter mal comme Stéphanie l’Ouragan, elle a choisi de nous divertir par le slam. Chouette !
Il a donc pas fallu plus de temps qu’il n’en faut pour le dire, pour que l’infante de Loire se dévoue à nous présider le 44eopus des Vendredis du Vin en ce bel an de grâce 2012.
Et pour accompagner son investiture, elle envoie Madonna au placard avec ce slam on ze Loire :
Chapeau Mam’zelle !!!
La noble donzelle proclame donc ouverts ces 44e VDVs avec le discours suivant :
Chacun apporte sa bouteille ligérienne et une spécialité culinaire de sa propre région (pratique à transporter et facile à grignoter pour un bon buffet) pour un pique-nique en bord de Loire, les pieds dans le sable et les verres posés au milieu des bois flottés.

Bon… direction la Loire c’est bien… très bien, même, mais pas facile de persuader nos chères moitiés d’y retourner pour un Vendredi, à peine revenus que nous fûmes, des galipettes de la Dive Bouteille, hein !
Alors comme beaucoup d’empêchés à jouir de cet été de mars au bord du large fleuve, nous, on a décidé de venir avec nos quilles ligériennes chez un pote à Bruxelles.
Pour faire un peu franchouillard, on n’avait pas grand-chose d’autre sous la main qu’un Marseillais, un Niçois et un Pyrénéen à tendance italienne. Pour changer du Niçois habituel, on a pris le Marseillais, vu qu’il semblait de bonne composition pour l’occasion.
Non, je blague, on t’aime nous, le Marseillais, t’es toujours de bonne composition

Côté culinaire, faut qu’on s’excuse Madame la Présidente, même qu’on plaide coupable, parce que, comme on travaille en groupe, juste, en fait, pour aligner beaucoup les quilles à la mode serial, si on s’était fendu d’un plat local par bouteille, on aurait tous fini aux urgences. On sait bien que Gargantua, il est ligérien…. Mais il y a des limites.
On ne pouvait pas trop non plus favoriser nos origines culinaires, le rösti, la bouillabaisse et le bris de Nice ne faisant pas obligatoirement bon ménage avec les cépages ligériens.
Donc plutôt que de se mettre en quête de notre « root » culinaire, (désolé, mais c’est juste une expression nécessaire à un bête jeu de mot qui va suivre), on s’est donc rabattu sur du grand local, le genre qui accompagne le panier Pic-Nic classique, quiches, sauciflards et tapenades.

Pour les vins, on aurait pu apporter, faute de chacun sa « root », chacun son chenin ! Mais pour faire plus grand festoyement, nous décidâmes de nous priver de tout ostracisme en tapant large, tous cépages, tous millésimes et tous genres confondus.
Tant que ça venait de la Loire, l’occasion était belle de séjourner dans bien plus de sites ligériens virtuels pour notre tout aussi virtuel repas au bord de l’eau. Ce dernier liquide est assez rare aux lieux dits de nos agapes viniques, il faut dire.
D’autant plus rare que pour pleinement respecter le programme présidentiel, il ne nous a pas fallu plus de 5 minutes pour renverser l’unique bouteille du liquide en question, pour ainsi « flotter le bois » … de la table.
Enfin, chez notre Marseillais, on avait un peu l’impression d’avoir les pieds dans le sable, celui qu’il a encore dans les oreilles (bis : Non, je blague, on t’aime nous, le Marseillais !).

Bref, l’affaire était dans le sac, on avait tous les éléments du puzzle : un exhaustif melting pot de vins ligériens, un panier Pic Nic, du sable et du bois flotté.
Au rang des lieux virtuels favoris du jour, il y avait le Seb David dont l’oreille n’est point ensablée mais bien vineuse et dont le souvenir du caveau au fond d’une grotte de tuffeau de Bourgueil filerait les jetons au petit Poucet (non, Seb, je ne dis pas ça pour toi).
Mais au vu de la serial liste de quilles qui va suivre, c’est surtout la pénitente douceur angevine du Père Mosse qui fut à l’honneur…
Que le Mosse ramasse les suffrages et les suffragettes est, ma foi, un peu normal, l’oiseau vient quand même tous les 15 jours en Belgique pour y manger un moule-frites que cela soit la saison des moules ou non. Dalleurs, moules en flamand se dit « Mosselen », CQFD, ça s’invente pas.
Et où il sera samedi et dimanche, hein, le père René ? Je ne vous le demande pas.
En fait, y a même des jours ou j’ai des visions, je vois des René partout, même l’ôt’jour dans mon verre de gueuze Cantillon, à l’Union Saint-Gilloise, tant elle moussa ma moussette. (oui, là, j’ai honte).
Un autre jour, alors que, fatigué, je cherchais ma route à la tombée de la nuit dans un chemin de campagne… si !
René, c’est notre « Loire Invader » à nous !

Allez,… fini les gazous, et… sous la haute autorité des « Studios Torchés sur la Toile », que la fête commence !
A tribute to Doc ADN
Pour entamer les festivités, un grand classique des VDVs Brusseleir, un Cheverny du Clos Tue-Bœuf dans sa version « Les Carteries » 2003. La bestiole est un peu fermée au départ, même la robe est assez opaque.

Mais dès que cela s’ouvre on part sur un côté miel d’acacia assez chouette. On retrouve ce miel en bouche, en plus d’une très belle minéralité, le tout avec de la tension, du gras et même s’il y a la pointe solaire du millésime, ça se goûte drôlement bien sec. Ça serait bien sur des huitres, une fois, Msieur Puzelat.
Ensuite un premier Mosse avec une quille qui a déjà fait pas mal causer, le Pet Nat Moisson Rouge, arrivé sur terre fin 2001.

Et elle est vachement bonne, la bête (non pas toi, René, ton Pet Nat). De plus en plus gourmande à force que les mois passent, surtout parce que l’amertume du gamay teinturier qui est dedans, surtout présente les premiers mois, laisse de plus en plus le fruit rouge croquant prendre le dessus. C’est même devenu assez long, comme les « Finger » de Monsieur Cadbury, sauf qu’ici, ce sont des bulles à René, O yeah.
J’l’aimerais bien, la chose à bulles, avec un bon p’tit boudin blanc.
Changement de registre à 1800° (soit 5 tours sur soi-même) avec le ch’nin qui suit et, qui a quelques balais dans la valise : de Monsieur Philippe Foreau, le Vouvray Sec 2001 est annoncé !

Si vous voulez mon avis, je n’ai jamais réussi à comprendre comment les sucrosités voisines de chez Huet, même si elles sont bios, peuvent être plus réputées que les « secs » de ce gastronome très averti de Philippe Foreau. Dans les années fraiches (oui, chère Baronne, elles ont existé), ce mec nous balance des monstres de droiture et de pureté. Et ce 91, il ne déroge point à la règle, oh que non ! Le nez est puissant, une bombe de floral ultra complexe, la bouche a tout pour mettre à genoux, tension cristalline de la mort qui tue, floral et fruit, et même du gras…. Quant à la longueur de la finale…. Indescriptible. Une énorme émotion, pas la première sur les Vouvray Secs de Foreau… Et ce machin sur un Sandre avec une belle sauce, je préfère ne même pas y penser. Enfin, si, j’y panse très fort !
Ce soir, tous les ch’nins mènent à Mosse, on vous l’a dit et, donc, voici déjà le retour d’Hagar René avec son Savennières Opus « Arena » 2008 (Brigitte, on se calme !). Belle robe d’or pour emballer un nez très chenin avec un tout petit d’oxydation qui va sûrement se barrer d’ici 2 ans.
Derrière, y a de la bombe, y en a…. gros fruit, belle acidité, gras qui a de la tenue et surtout « Wat een buvabiliteit ! », ce qui se traduit par ça descend tout seul ! Et en plus, c’est bien long…. Un très très bel Arena (Brigitte, on se calme !). Paaaarfait sur toute espèce de cochonnailles. (On se calme, Brigitte, on se calme !)
Pour suivre, un petit vin de pays du Centre, de feu Didier Dagueneau dans son édition « Silex » 2006.
Quand on s’appelle « Silex », on a rarement les aromes d’une gaufre de Liège avec de la crème partout (This is just a tribute for Eva).

Et ceux qui prétendent qu’un nez minéral n’existe pas, je les invite à tâter de ce sauvignon, juste pour voir, non peut-être. Dommage qu’on l’a servi un peu chaud, mais même comme cela, ce sont les mots tension, cailloux, finesse et longueur qui s’imposent, avec juste un tout petit duvet de sucre. Superbe ! A boire pour lui-même.
Restons sur le chenin avec un Saumur Blanc « Brézé » 2002 du Clos Rougeard dont un des maîtres est connu mondialement pour sa passion des blogs. De fait, si Nady Foucault se prétend non photogénique, on ne peut pas en dire autant de la qualité régulière de ses vins.

Témoin d’un passé argentique ou le blog était discret, ce petit vin de Saumur, il en a dans le slip. Un peu évolué quant à l’habit de lumière, il met le sens « odorat » sous une admiration Sixtine avec des arômes très prenants de thé, de lys, d’hydrocarbures et surtout de pierre mouillée.
Ze bouche a strictement rien à envier, avec une tension magnifique et une salinité de Marie la Mère. La finale est somptueuse de classe et de finesse… à ce niveau, il n’est pas seul, le riesling à être le plus grand cépage du monde. Re, à boire pour lui-même.
Next stop, always ch’nin city avec le MontLouis « Les Choisilles » 2008 de Monsieur François Chidaine.

S’il paraît au début plus fermé et végétal que les 4 bombes précédentes, c’est probablement dû au fait que c’est encore un poupon qui est dans le verre, avec des agrumes très jeunes qui se dévoilent à l’aération. En bouche l’équilibre est parfait entre les éléments suivants, tous très présents dans une belle structure : acidité, gras, fruit et minéral. La très belle longueur confirme l’énorme potentiel de la bête. Sûr, il en a sous la pédale, petit chenin deviendra grand…
Pour ceux qui aiment le jus de caillou avec de l’acide citrique pour dissoudre la pierre, le sot melier que je suis ne peut que vous conseiller le Pouilly Fumé 2010 de Jonathan Didier Pabiot.
Un modèle de détartrage bien moins cher que ces concurrents proposés par les arracheurs de dents et autres stomatologues… Bien meilleur quand même, bien qu’il m’arrive très peu de goûter un stomatologue, même une. Qu’on ne se trompe pas ici de sujet, il s’agit bien de vin. Car, En sus de cette tension comme je les aime, il a aussi de chouettes arôme floraux, comme du chèvrefeuille, ce qui est très rare dans le cabinet d’un stomatologue, enfin, tout dépend de quel cabinet on cause.
Une fois de plus, vous direz, ça y est l’helvète alsaco-bruxellois est reparti dans son style grandiloquent et admiratif… faut quand même reconnaitre que dans la série qu’on vient de se mettre sur la langue et dans le gosier, y a pas grand-chose à cracher.
Tout semble cependant avoir une fin… ou presque.
Sur le Vin de France « L’inédit » du Domaine La Star de Pierre Weyand et Eric Callcut, on nous annonce avec cet assemblage de chenins de 2004 à 2007, un « Vin de terre libre comme l’Air ». Terre, on est tous amplement d’accord. Air, ça reste à prouver sauf si on est sur une dépression de pluies acides. C’est que là on est plus dans le détartrage mais bien le dézinguage. Rien à voir avec le « Picrate » du même domaine, du tout, où alors, la quille, elle est un peu trop resté dans le coffre de la bagnole au bord du parking. Messieurs Olif et Guillaume Nicolas-Brion-Morgon me pardonneront certes ces écarts de langage, parce que je sais qu’ils l’aiment bien, le Calcut.
Le Coteaux du Loir « Kharakter » 2007 du Domaine le Briseau qui suit remet fort heureusement les pendules à l’heure, pour finir les blancs comme il le faut.

Un poil oxydatif, le nez n’en reste pas moins bien complexe avec des fleurs blanches et des pêches mûres. En bouche l’attaque est vive, assez sèche, et on perçoit beaucoup de matière, très veloutée.. Le seul bémol, c’est que l’alcool présent en milieu de bouche alourdit un peu les choses. Très original, en fait… le vin, pas l’alcool.
Il vous manquait le père Mosse ? Et bien le revoilà, et c’est lui qui entame les rouges. C’est son Anjou 2008 qui ouvre le bal… et celui qui nous a apporté la quille ne doit pas s’inquiété pour l’humidité de sa cave, pour ça, y en a !
La boutanche a-t-elle souffert de cette humidité, difficile à dire… sûr que l’acidité, elle, ne manque pas. A revoir. Revoir tout comme cette rare cuvée Paimparé 2005 toujours du bon René Mosse, assemblage de plusieurs Cab. Francs d’origine diverses et donc Vin de France, trop durs en cette belle nuit de mars, étoilée par le visage de nos compagnes de dégustation.
Mine de rien, ces deux rouges, ça commence à nous rappeler très fort nos désillusions hivernales récentes, du moins chaque fois que des séries de blancs ont précédé et que les mets associés flairaient bon le cochon sec à l’ail. Faut-il y voir un lien d’effet de séquence que nous avions précédemment attribué à quelque jour racine ou à une lune trop expansive ?

Le Bourgueil 1990 de Pierre-Jacques Druet qui fait suite ne déroge pas à la règle du suicide rouge collectif, façon lemming, avec cette version RIP du Bourgueil, une manière de confirmer que tout est finalement poussière. Amen !
Interlude dans ce paysage de tranchées rouges, le Saint-Nicolas de Bourgueil « Vin d’une Oreille »2008 de Sébastien David.
Certes, c’est pas donné, mais rien que la façon de vendanger pour garder le raisin le plus entier possible justifie le prix. Et puis, en plus de l’équilibre général, on tient vraiment la une des plus belles gourmandises vinique ligérienne avec un fruit pétant de santé sous un raz de marée de fraicheur. A conseiller tout particulièrement en cas de séries difficiles, ça vous remonte le moral !

Pour le suivant, on se bornera à l’étiquette et au nom : P’tite Gâterie » Vin de France 2010 du Domaine des Griottes. On la cite cette gâterie parce qu’on aime beaucoup la fifille qui nous l’a apportée et comme elle nous avait promis un moment mémorable, ce fut le cas.
Disons donc moment mémorable et non gâterie.
Pour finir quand même en beauté la série des rouges, y a qu’à demander Seb David et il fait le reste avec son éponyme Saint-Nicolas de Bourgueil « Hurluberlu » 2011.

Pur, bon, juteux, structuré… quelques mots qui en disent long sur cet hurluberlu 2011, qui, mine de rien, après quelques hésitations tanniques un peu dures pendant l’hiver, montre désormais son vrai profil de vin qui se descend tout seul, 100% orienté fruit.
Dans la turpide de la série noire de certains des rouges de la soirée, j’en oubliais d’accorder avec bons mets, ces deux David salvateurs. Quoi de mieux qu’un hommage avec feu le plus Rinaldi des Charlots en dressant avec ces deux vins, un bon petit chou farci comme nous on l’aime…
« …et vers huit heures, huit heures et demie, nous nous mettrons au lit pour y déguster ma chérie les joies du chou farci».
Reste le chapitre des susucres et apparentés… parce qu’il y a quand sûrement des desserts, en bords de Loire, dans le panier de la présidente.
Le premier de ces messieurs est un Coteaux de Saumur 1990 de Philippe Vatan, dont il nous a été bien difficile de trouver le millésime, dans cette dégustation où tout se passait à l’aveugle.

En cause, le fait que ce vin avait fortement mangé ses sucres, comme on dit, nous laissant un jus partagé entre acidité vivace, amertume austère, arômes torréfiés et quelques fruits confits tout de même. Plus de de réflexion que de jouissance pure, ce chenin n’en reste pas moins plein de finesse et de classe.
Les plus finauds d’entre vous, lecteurs assidus de nos exploits viniques, auront remarqué qu’on en arrive doucement au 18e vin, non peut-être, et que nous fûmes encore en mesure d’écrire quelques notes, surtout de pouvoir les relire par la suite. Certes, je reconnais qu’elles furent plus succinctes sur la fin.
Le Coteaux du Layon « La Moque » 1994 de Philippe Deslevaux fait office de second candidat « interdit aux diabétiques » de la soirée. Et comme beaucoup de vin de Monsieur Delesvaux, ce 1994 parait impérissable sauf pour sa couleur, joyeusement évoluée. La richesse de la bouche, assez botrytisée, est encore clairement de la partie, tout en gourmandise avec un côté tarte tatin ravageur et superbe
Et pour finir, pour la route comme on dit, rien de tel qu’un petit Mosse, un Anjou Blanc « Les Bonnes Blanches » 2001.

Les Mosse blancs, ils auront vraiment été à la fête ce soir… Ce chenin encore légèrement botrytisé ne déroge pas à la règle, par sa belle fraicheur, son beau fruit, et surtout son côté digeste. Du tout bon Mosse !
Voilà… c’est fini…
Les Vendredivinistes Brusseleirs tiennent à remercier Anne Graindorge, notre gentille présidente du mois, slamme de fond des Vendredis du Vin, pour nous avoir donné l’occasion d’une belle libation, avec ce beau sujet ligérien. Si on s’était écouté, on en an aurait chacun apporté 10 de quilles et il eut été intéressant de consulter les prises de notes, ensuite.
On s’est arrêté à environ 3 par zigue, c’est déjà pas mal, non ?

On remercie évidemment ôssi « Le Marseillais » pour l’accueil chaleureux, la petite photographe ci-dessus, mais plus encore et surtout les VDVs d’être ce qu’ils sont, un formidable rendez-vous de doux dingues, assoiffés de bon jus !

28 mars 2012
Vini Naturali d'Italia
Vini Naturali d’Italia
Petit souvenir des Salons Vinatur et Vini Veri de Vérone, quatre merveilleux petits guides sur les vins naturels d’Italie.
Bien sûr ces 4 objets du désir signés Giovanni Bietti sont en italien, et à moins que la joyeuse et ligérienne Sylvie Augereau ne trouve le temps de les faire traduire, ils resteront en italien voire un jour en anglais.
Mais qui a dit que le belle langue transalpine était dure à lire ?
En plus le programme « Manuale del bere sano », Manuel du boire sain, c’est un peu ce en quoi on aspire tous….
Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit ici donc vraiment pas que d’un guide de vignerons incontournables, mais d’un plaidoyer pour le monde en pleine évolution des vins naturels italiens, d’une analyse très fine de ceux-ci, région par région, et surtout de rencontres très humaines, le tout dans un style très frais et pas du tout fanatique.

Bien sûr certains domaines sont fort mis en avant et on ne s’étonnera pas de retrouver au premier plan Luca Roagna, Francesca et Margherita Padovani de Campi di Fonterenza, Massa Vieccha, Dario Princic et bien sûr Elisabetta Foradori parmi une cinquantaine de vignerons triés sur le volet.
Ca se passe aux éditions « Edizioni Estemporanee » avec un lien web www.edest.it … Contactez Giovanni Bietti ou tentez votre coup chez Sylvie…. Cela en vaut largement la peine
Quelques Chianti Classico Riserva
Quelques Chianti Classico Riserva...
A la demande du Consorzio Vino Chianti Classico avec la collaboration de l’agence belge Vinopres, il a été demandé à quelques blogueurs belges d’évaluer 6 échantillons de Chianti Classico Riserva.
Si je ne peux qu’être honoré de la confiance qui m’est ainsi faite, qu’il soit tout aussi clair que les appréciations qui suivent sont émises en toute indépendance, cette dégustation n’ayant fait l’objet d’aucune opération financière.
A dire vrai, je trouve même l’exercice plutôt amusant, les bouteilles proposées ne pouvant faire l’objet d’aucune subjectivité à l’achat… et en plus, cela tombe bien, dans le cadre de Vintitaly, tous les regards sont portés sur la botte céleste.
Avant de passer à la dégustation proprement dite, un petit rappel sur les Chianti Classico Riserva qui font l’objet de minimum 24 mois de maturation dont au moins 3 mois d’affinage en bouteille, ce qui correspond à peu près 12 mois supplémentaires d’élevage en fût. Pour le reste, toutes les règles de la DOCG Chianti Classico sont d’application.
Les vins qui suivent on fait l’objet d’une ouverture et d’une conservation à température ambiante (+- 17°C) pendant 3 heures avant leur service. Aucun carafage n’a été pratiqué.
« Vigneto Torre a destra » - Castello della Paneretta - 2006

Alc 13% ; Agriculture conventionnelle ; Loc : Monsanto (Val d’Elisa) ; DOCG
La robe est plus ou moins intense, elle marque des signes nets d’évolution. Au nez, le vin est assez neutre, plutôt poussiéreux, avec une forte impression de bois neuf et de boîte à cigare. A l’aération des notes plus avenantes de cerises à l’alcool sont perceptibles.
En bouche, si l’équilibre est réel, ce n’est pas dans le cadre d’une énorme intensité. L’acidité est assez réservée, le fruit en retrait, en fait on retrouve ces côtés poussiéreux du nez sur des tanins très secs. Si l’acidité est un peu plus marquée sur la finale pour la rafraichir, c’est le bois sec qu’il l’emporte et, cela, sur une longueur assez modeste. Vraiment pas ma tasse de thé !
Badia a Coltibuono - 2007

Alc 15% ; Agriculture bio ; Loc : Gaiole in Chianti ; DOCG
La robe est plus dense, plus jeune. Le nez est déjà bien plus marqué par le fruit en plus d’une belle complexité entre bois d’acacia, notes animales et légèrement tourbées. La bouche est bien équilibrée, plus fraiche, plus tendue avec une belle amplitude de fruit et une forte impression de structure. Ce serait vraiment très bien si cette structure ne tournait pas autant sur le relief tannique, très marqué et à la limite de l’asséchant, surtout qu’en finale l’impression de matière s’épuise alors que les tanins persistent. Un vin globalement positif, à réserver à la gastronomie mais dont je ne peux m’avancer sur la garde.
Vecchie Terre di Montefili - 2007
Alc 14% ; Agriculture bio ; Loc : Panzano in Chianti ; DOCG

On semble monter encore d’un grade sur la densité de la robe où on frise le rubis foncé, même si quelques signes d’évolution sont perceptibles sur le disque.
Le nez est très puissant, riche, plein de fruits noirs et rouge avec une grosse sensation gourmande. Le ressenti de l’élevage n’est pas vraiment dominant. On perçoit aussi une volatile plus intense et, à l’aération, quelques cerises à l’alcool, sans pour autant avoir d’impression de solarité.
En bouche, l’acidité domine avec un fruit rouge légèrement suret et très croquant ainsi que des fruits noirs qui ensemble, donnent une belle impression de volume. Malgré le fait que les tanins sont encore ici fort en relief, l’impression de bel équilibre général est très nette. La finale, où on retrouve encore ces fruits bien frais est très intéressante ; quand les tanins s’intègreront complètement, on aura un vin superbe, mais c’est déjà, à ce stade, fort intéressant.
Valdellecorti - 2007

Alc 14% ; Agriculture en biodynamie ; Loc. Radda in Chianti ; DOCG
La robe est assez évoluée et le nez est bien moins intense que pour les 3 premiers vins, mais très vite la finesse s’impose avec un fruit rouge somptueux, de belles notes sanguines et une évidente sensation de maturité. Idem en bouche, ou le fruit frais s’impose avec beaucoup de souplesse, de finesse, alors que l’impression de structure est évidente. Les tanins sont eux aussi beaucoup plus polis, intégrés. Jamais le bois ne paraît excessif.
On retrouve tous ces plaisirs sur une longue finale. Un vin vraiment superbe que j’achèterais volontiers, pour peu qu’il se situe entre 15 et 25 euros.
“Vigna Casi” - Castello di Meleto - 2007

Alc 14% ; Agriculture conventionnelle ; Loc : Gaiole in Chianti
Clairement la robe la plus dense, la plus profonde et la plus rubis des six vins ici présentés. Clairement aussi le nez le plus puissant avec un fruit rouge extrême, très mûr, presque surmuri. Par bonheur en bouche, l’acidité est bien présente par ce qu’elle est nécessaire pour supporter un tel extrait. Cela dit, on est très loin d’une austérité sans fruit, au contraire. Si le relief tannique est bien perceptible, c’est avec beaucoup d’intégration. Le fruit, lui reste d’une forte densité avec toujours cette impression se surmuri voire même légèrement sucré. Si la finale n’est pas la plus longue de la série, elle est très fraiche et surtout cette impression de matière musclée s’assagit pour plus de finesse. Un vin très gourmand et assez atypique des Chianti Riserva.
“Vigna la Prima” - Castello Vicchiomaggio - 2008

Alc 14,5%; Agriculture conventionnel le ; Greve in Chianti ; DOCG
La robe est de nouveau plus claire, plus évoluée même si on est sur un millésime plus structuré comme 2008. Le nez, par contre, explose de jeunesse de puissance avec des fruits noirs et rouges à nouveau frisant la surmaturité, un bois plus évident mais pas dérangeant et un peu de volatile. Ce nez très généreux va demander quelques mois supplémentaires pour s’assagir.
La bouche me laisse sur des sentiments partagés. D’un côté, il y a cette impression de surextraction de tanins encore assez abrupts et de notes solaires. De l’autre, il y a une fraicheur très droite, un côté sanguin comme je les adore dans les Sangiovese et une impression générale de velouté.
La longue finale veloutée et dense à la fois me fait penser que si toutes les composantes de ce vin fusionnent à souhait, il y a de la bombe qui s’annonce. Mais en l’état, c’est un peu trop jeune.
Finalement, même si j’avais quelques appréhensions, l’expérience s’avère intéressante, sûrement plus propice à la réflexion que dans un salon ouvert au public. Le niveau général des vins est plutôt intéressant, avec le plus souvent l’élevage qui ne joue pas trop des épaules, ce qui est appréciable.
25 mars 2012
I Dolomitici... une histoire de vignerons libres
I Dolomitici
« Vignerons Libres du Trentin »

Dans le cadre de ma récente visite à Elisabetta Foradori, mon attention s’est arrêtée sur un original groupement de vignerons : I Dolimitici
Le fantastique travail d’Elisabetta sur son propre domaine ne semble pas être resté lettre morte dans sa région. Autour d’elle, des amitiés profondes se sont nouées, très vite relayés par une solidarité et une vision commune. Le groupe I Dolimitici, « Vigenrons Libres des Dolomites » était né. Ces vignerons sont, en plus d’Elisabetta, Eugenio Rosi, Castel Noarna, Cesconi, Elisabetta Dalzocchio, Maso Furli, Molino dei Lessi, Gino Pedrotti, Francesco Poli, Vignaiolo Fanti et Vilar.

Cette volonté de travailler ensemble fut généré par le fait que certains avaient positivement changé leurs manières de vinifier, d’autres leurs travail des vignes mais pas obligatoirement simultanément ou avec la même force, et qu’il y avait bien plus à gagner à partager et s’entendre sur la manière de produire le vin
Les vignerons d’I Dolomitici cherchent donc aujourd’hui à promouvoir La production d'un vin à partir de l'expression authentique des cépages originels de la région comme le Teroldego, la Nosiola ou encore le Lambrusco, en soutenant la diversité biologique ainsi qu’une éthique de production.
Cela passe aussi par le respect de l’histoire et des traditions des territoires dans lesquels ils travaillent à commencer par la fierté d'être « paysan » ; le développement d’une agriculture durable, socialement respectueuse, et la protection et le respect de la nature.

Pour chacun des membres de ce groupe, lorsqu’une viticulture saine et respectueuse de la nature produit des raisins sains, le jus qui en résultera exprimera forcément l’authenticité du terroir, et par conséquent, la technologie dans la cave, avec tous les effets de standardisation qui l’accompagnent, deviendra inutile, l’aptitude à une évolution naturelle ne nécessitant plus ces techniques.
En plus du partage des expériences individuelles, le groupe, par ses voyages, a tenté de développer au maximum les rencontres entre gens qui peuvent développer la culture de la transparence, du naturel et de l’expression authentique des actes agricoles, ainsi que de communiquer vers l'extérieur les valeurs qui les unissent. Cet effort de communication s’opère aussi en local afin de favoriser le retour et le développement de la biodiversité dans toute l’agriculture du Trentin.

Il n’y a toutefois pas lieu de voir dans ce groupe quelque discipline centralisée, au contraire, il s’agit plutôt ici de profiter de l'originalité et l'individualité de chaque composante du groupe.
Parmi les activités sympathiques du groupe, il y a cette volonté de ne pas laisser arracher des cépages historiques, même s’ils appartiennent à des vignerons non-membres du collectif. Un des récents exemples de cette activité est la naissance de la Cuvée « Ciso ».
Ciso est le diminutif du nom d’un viticulteur de la région, Narciso, qui plutôt que d’arracher ses vieilles vignes le Lambrusco, a accepté que le groupe I Dolomitici loue les parcelles en question et conservent ainsi ces vignes. Il n’a pas eu trop de mal à se laisser persuader, lui-même étant très orienté vers la biodiversité, avec des tentatives d’insérer dans la vigne, des plants de tabac, de mais, de blé et de citrouilles. Ces parcelles ont donc été remises au groupe tout à fait naturellement intactes.

Les Dolomitici ont donc décidé de maintenir en l’état un vignoble qui exprime une véritable essence authentique avant tout parce que ces parcelles contiennent, en fait , 727 plants de Lambrusco (cépage aussi connu sous le nom de ‘Mbrosca) plus que centenaires et… francs de pieds, plantés en double pergola sur un sol alluvial typique du Trentin. Il se situe sur le lieu-dit Mama d’Avio sur la commune d’Avio. Pour le millésime 2010, 3000 bouteilles et 150 magnums ont été produits. Ce n’est certes pas suffisant pour permettre une large diffusion commerciale mais symboliquement, pouvoir en se réunissant conserver un tel témoin du passé est remarquable.
Personnellement, au-delà du symbole, j’en ai retenu une impression de vin très vivant, avec une fraicheur étonnante, une minéralité évidente et une grande profondeur. Certes, l’impression générale est assez rustique avec une structure tannique très sérieuse, mais on ne peut s’empêcher d’être, comme ces vignerons, transporté par un tel vin dans les profondeurs de ces racines centenaires. Difficile d’imaginer si ce vin se trouvera un jour chez votre caviste, mais s’il vous vient l’occasion de passer par ces vallées enchanteresses, faites le détour par chez Elisabetta Foradori. En dehors de ses merveilleux vins, elle n’hésitera pas à vous proposer de goûter à ce trésor…
Coordonnées
21 mars 2012
Autour du Sangiovese
Autour du Sangiovese
Episode deux de mes délires italiens associés à mes joyeux compagnons de dégustation : le Sangiovese toscan dans tous ses états.
Cet article encadre en fait une dégustation de différents Sangiovese, organisée dans le cadre de la section LPV-Brabant du forum LPV. Comme il est de coutume, chaque participant a apporté une ou plusieurs bouteilles autour de la thématique du jour. Celles-ci sont ensuite regroupées, et servies dans un ordre plus ou moins aléatoire, à l’aveugle.
Avant de se pencher sur les impressions ressenties, quelques rappels sur le cépage du jour.
Le cépage Sangiovese
Le Sangiovese est le cépage emblématique de la Toscane. Son nom vient de Sangue (sang) et Giove (Jupiter) et signifie donc sang de Jupiter. 
Utilisé déjà par Étrusques, premiers habitants connus de la région, et cela, plus particulièrement autour de Florence, il s'est ensuite étendu vers le Sud puis dans une partie importante de l’Italie (Emilie-Romagne, Ombrie, Abruzzes, Latium, Pouilles et Campanie).pour en devenir le cépage le plus répandu du pays, parfois à coups de légères mutations génétiques. La plus célèbre de ces évolutions en tant que sous-variété est le Sangiovese grosso qui est utilisée pour le Brunello di Montalcino.
Une autre sous-variété fréquente est le Sangiovese Piccolo.
Le Sangiovese donne des vins rouges rubis foncé, évoluant vers le grenat avec l'âge.
Aromatiquement, on retrouvera fréquemment des fruits rouges (mure, framboise, mais surtout de cerises bien mures), parfois de la figue de la réglisse ainsi que des notes de vanille et de cannelle plus ou moins intenses en fonction de l’élevage, ce paramètre étant très important dans une région où les élevages sont longs. Comme arômes secondaires, on retrouvera du cuir, du tabac et de truffe.
Le Sangiovese est un cépage très sensible aux variations climatiques, ainsi qu'à la nature du sol, ce qui explique la relativement grande diversité de ses expressions du Nord au Sud de la Toscane
Ces variations sont d’autant plus appuyées qu’il est plus que souvent associé à 10 à 15 % d’autres cépages autochtones voire allochtones. Le Chianti et le Chianti Classico, par exemple, ne doivent être élaborés qu’avec un minimum de 80% de Sangiovese. Au-delà de ces proportions, on tombe dans le domaine des vins nommés « Supertoscans » en filiation du Sassicaia.
Sous-variétés
Le Sangiovese Piccolo est également connu sous les noms de Sangioveto, Sangiovese Romagnolo, San Gioveto ou encore Sangiovese forte. Ce cépage est relativement peu vigoureux. Il aime les sols calcaires, et sa production est moyenne mais assez constante. Sa peau est fine, et il est assez sensible à la pourriture. La présence tannique est bonne, et son potentiel de vieillissement est plus ou moins élevé.
Le Sangiovese Grosso est également connu sous les noms de Sangiovese Gentile, Sangiovese Toscano, Sangiovese di Lamole, mais surtout Brunello à Montalcino et Prugnolo Gentile à Montepulciano.
Sa vigueur est moyenne, toutefois meilleure que celle du Sangiovese piccolo. Il aime également les sols calcaires caractéristiques du Chianti Classico, surtout, quand ils sont bien drainés. Il résiste bien aux maladies et aux parasites, et il a un bon rendement, mais moyennement constant. Il mûrit plus tôt que le Sangiovese piccolo, et donne des vins d'excellente qualité, aromatiques, bien structurés, avec du fruit et une bonne acidité. Son potentiel de vieillissement est bon, voire excellent.
Zones d’implantation toscanes du Sangiovese
Sur la carte ci-dessous, on voit que les zones hachurées qui correspondent aux zones d’implantation du sangiovese sont uniformément réparties sur toutes la Toscane.
La dégustation
Tous les vins ont été servis à l’aveugle à température ambiante (+- 17-18°C) après avoir été ouverts le matin de la dégustation et aérés bouteille redressée. L’ordre de dégustation choisi est le suivant :
1. IGT Toscana « Colombaia » 2008 – Podere Colombaia
2. IGT Toscana “Rosso di Caspri” 2009 - Fattoria di Caspri
3. IGT Toscana “Poggio Cuculle” 2007 - Fattoria di Caspri
4. IGT Toscana - « Crognolo » 2004 - Tenuta Sette Ponti
5. IGT Toscana « Fontalloro » 2006 - Fèlsina
6. IGT Toscana - Montevertine 2008 – Az. Ag. Montevertine
7. IGT Maremma Toscana « La Querciola » 2006 – Massa Vecchia
8. IGT Colli della Toscana Centrale « I Sodi di San Niccolo » 1996 - Castellare di Castellina
9. Morellino di Scansano Riserva « Poggio Valente » 2007 - Fattoria le Pupille
10. Chianti “Cerro Del Masso " 2008 - Tenuta Poggiotondo
11. Chianti Classico Riserva « La Forra » 2007 - Tenuta di Nozzole
12. Chianti Classico « Le Trame » 2008 - Podere le Boncie
13. Chianti Classico Riserva 2006 - Vecchie Terre di Montefili
14. Chianti Classico “Fonterutoli” 1997 - Mazzei
15. Chianti Classico 2003 - Castello di Ama
16. Chianti Classico “Vigneto San Marcellino” 2006 - Rocca Di Montegrossi
17. Chianti Classico « Castello di Fonterutoli »2005 – Mazzei
18. Chianti Classico Riserva « Berardenga Rancia » 2005 – Fèlsina
19. Vino Nobile di Montepulciano 2005 – Avignonesi
20. Rosso di Montalcino 2010 - Pietroso
21. Rosso di Montalcino 2009 - Campi di Fonterenza
22. Brunello di Montalcino 2006 - Campi di Fonterenza
23. Brunello di Montalcino 2006 – Gianni Brunelli (Le Chiuse di Sotto)
24. Brunello di Montalcino 2006 – Argiano
25. Brunello di Montalcino « Pianrosso »2004 - Ciacci Piccolomini d’Aragona
IGT Toscana
1. IGT Toscana “Colombaia” 2008 – Podere Colombaia
Lieu : Colle di Val d'Elsa (Entre Florence et Ggrosseto)
Age et hauteur des vignes : 40 ans, 200 mètres
Sols : argilo-calcaire riche en fossiles
Agriculture : Bio et Sans Soufre
Elevage : 24 mois en barriques slovènes et 6 mois en bouteilles
Encépagement : Sangiovese 80%, Colorino 5%, Malvasia nera 10%, Canaiolo 5%
Estimation : 12 euros
Web : www.colombaia.it
Pour un 2008, la robe est assez évoluée, comme un Brunello d’une dizaine d’années. Le nez est net, frais, très gourmand avec une dominante de fruits rouges. En bouche, si le fruit et l’acidité sont irréprochables, il n’en va pas de même avec les tanins très asséchants en plus de notes d’épices alcooleuses qui étonnent un peu. De la part d’un « naked wine », je me serai attendu à plus de plaisir en bouche. Une petite déception.
2. IGT Toscana “Rosso di Caspri” 2009 - Fattoria di Caspri

Lieu : Montevarchi (entre Sienne et Arezzo)
Age et hauteur des vignes : de 50 à 10 ans, 180 mètres
Sols : Gneiss décomposés et argiles
Agriculture : Biodynamie, Sans Soufre
Elevage : 18 mois en vieilles barriques
Encépagement : Sangiovese
Estimation : 14 euros
Web : www.fattoriadicaspri.com
La robe est plus jeune, plus nette. Comme de coutume sur les vins de Bertrand Habsiger, alsacien expatrié en Toscane, c’est le fruit qui est prépondérant au nez, plus en finesse qu’en générosité excessive. De ce côté-là pas de soucis. Par contre, les notes d’élevage sont terriblement marquées et du souvenir des 2008 que j’ai encore de mes dernières dégustations, j’avoue, comme le reste du groupe, avoir été perturbé.
En bouche, il y a un bel équilibre, une acidité tranchante, un fruit gourmand et en plus des perceptions minérales… de quoi faire le bonheur généralisé. Oui… mais… il y a aussi le retour de l’élevage qui vient ternir la générosité du vin, au point de rendre la finale un peu maigre. Vivement de regoûter un 2008.
3. IGT Toscana “Poggio Cuculle” 2007 - Fattoria di Caspri

Lieu : Montevarchi (entre Sienne et Arezzo)
Age et hauteur des vignes : 72 ans, 180 mètres
Sols : Gneiss décomposés et argiles plus arides
Agriculture : Biodynamie, Sans Soufre
Elevage : 20 mois en vieilles barriques
Encépagement : Sangiovese
Estimation : 18 euros
Web : www.fattoriadicaspri.com
Par rapport à la première cuvée, la robe paraît encore plus dense et foncée. Le nez est net, très puissant, généreux avec un énorme fruit rouge très gourmand mais aussi des sensations d’élevage qui perturbent toutefois moins que pour le premier vin de cet attachant domaine.
La bouche est nettement plus avenante, équilibrée, tendue avec des tanins plus souples, une matière encore serrée qui fait penser que le vin doit encore évoluer.
En bouche, tension et fruits sont bien présents sur une longueur très intéressante. Un vin très prometteur.
4. IGT Toscana - « Crognolo » 2004 - Tenuta Sette Ponti

Lieu : Toscane centrale (Arezzo)
Age et hauteur des vignes : 20-30 ans, 250 mètres
Sols : Sol riche de calcaire, d'argile et de pierres.
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 11 mois en barriques françaises + 6 mois en bouteilles
Encépagement : Sangiovese avec de petites quantités de merlot
Estimation : 25 euros
Web : www.tenutasetteponti.it
La robe est rubis légèrement brunie. Le nez est net, frais, généreux avec le fruit rouge en élément dominateur. En bouche, il y a beaucoup d’équilibre, avec une tension modérée, une matière assez dense et très structurée avec des tanins solides mais bien intégrés. Sur la longueur de très bonne facture, les tanins plus asséchants modèrent un peu l’excellent niveau ressenti.
5. IGT Toscana « Fontalloro » 2006 - Fèlsina

Lieu : Chianti Colli Senesi (Castelnuovo Berardenga - Chianti Classico)
Age et hauteur des vignes : 30 ans, 330 à 407 mètres
Sols : Calcaire rocailleux
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 18 à 22 mois en futs de chêne, puis 8 à 12 mois en bouteilles
Encépagement : Sangiovese à 100%
Estimation : 40 euros
Web : www.felsina.it
Dès la robe et au nez, ce vin paraît évolué, trop évolué presque. Mais surtout on flaire bon la surmaturation et l’élevage. La bouche est moderne à donf, avec des tanins musclés. Heureusement que tous les vignerons toscans ne choisissent pas autant d’internationalité pour leur Sangiovese, ce cépage ne mérite pas cela. Ce vin a du faire un tabac aux diners d’affaire outre-atlantique.
6. IGT Toscana - Montevertine 2008 – Az. Ag. Montevertine

Lieu : Radda in Chianti
Age et hauteur des vignes : de 2 à 30 ans, 425 mètres
Sols : argilo-calcaire caillouteux
Agriculture : Bio
Elevage : 24 mois en foudres de Slavonie puis 6 mois en bouteille
Encépagement : Sangiovese 90% - Canaiolo 5% - Colorino 5%
Estimation : 32 euros
Web : www.montevertine.it
La robe paraît à nouveau assez évoluée. Le nez est plaisant, discret, assez complexe avec énormément de fruits rouge. Le fruit, il est clairement là aussi en bouche, avec un juteux frais génial, le tout sur une énorme finesse. Les tanins sont d’une souplesse rare… ce vin respire le bonheur. Très torchable !
IGT Maremma Toscana
7. IGT Maremma Toscana « La Querciola » 2006 – Massa Vecchia

Lieu : Massa Maritima (près de Grosseto)
Age et hauteur des vignes : 25 à 40 ans, 220 mètres
Sols : Marno-calcaire et galets
Agriculture : bio, interventions minimales
Elevage : min. 18 mois en foudres de Slavonie, ni collage, ni filtrage
Encépagement : Sangiovese (80%) et Alicante (20%)
Estimation : 44 euros
Web : www.massa-vecchia.com
Le vin paraît encore très jeune et sombre. Le nez est puissant, complexe avec des fruits très mûrs, du cuir, quelques notes animales et une impression minérale en surcroît. En bouche, malgré un léger sentiment de surmaturité, on se laisse emporter par la fraicheur de l’équilibre et la dentelle des tanins. Confirmation de ces impressions sur l’énorme longueur qui signe un grand potentiel. Alors globalement, certes c’est un peu chaud, à la limite de la surmaturité mais ce vin dégage avant tout une superbe personnalité.
IGT Colli della Toscana Centrale
8. IGT Colli della Toscana Centrale « I Sodi di San Niccolo » 1996 - Castellare di Castellina

Lieu : Castellina di Chianti
Age et hauteur des vignes : 25 à 30 ans, 350 à 400 mètres
Sols : Calcaires
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 15 à 30 mois en barrique 2/3 neuves et 12 mois en bouteille
Encépagement : Sangioveto (85%-90%) et Malvasia Nera (15-10%)
Estimation : 36 euros
Web : www.castellare.it
Changement de cap à 180° où l’on passe d’un vin jeune, bio, minimaliste en soufre à un vin des plus classiques dans sa conception et surtout plus âgé de 10 ans. La robe montre certes des signes d’évolution, mais ils sont modérés. Le nez est assez discret, pur, très marqué par des arômes de boîte à cigare, de truffe, de notes florales et de cacao. La bouche est étonnante de fraicheur, doublée d’un grand équilibre et de beaucoup de classe. Le fruit et les tanins encore légèrement présents ont laissé la place à des impressions plus méditatives de vieux bois très persistantes. Ce vin a la longueur subtile et fine, on l’associerait vraiment à un club très british…
DOCG Morellino di Scansano
9. Morellino di Scansano Riserva « Poggio Valente » 2007 - Fattoria le Pupille

Lieu : Grossetto (Maremma)
Age et hauteur des vignes : 50% 45 ans, 50% 25 ans, 280 mètres
Sols : Sablonneux et caillouteux
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 15 mois en barriques (40% neuves, 60% d’un an) puis 15 mois en bouteille
Encépagement : 95% sangiovese, 5% allicante
Estimation : 30 euros
Web : www.fattorialepupille.it
Les goûts changent, c’est indéniable… peut-on quelque chose contre cela ? Où s’arrête dès lors la part de la subjectivité…. Cette cuvée, il y a quinze ans, quand j’ai commencé à flasher sur les rouges toscans était une de mes préférée… aujourd’hui, je la trouve vide, creuse, fermée, ne volant montrer qu’une carapace de modernité dont on se serait bien passé, tant au nez qu’en bouche… et puis il y a ces tanins durs et l’alcool… seule l’amertume paraît élégante…. Tout cela est évidemment mon avis, mais les autres dégustateurs n’en ont pas fait plus grand cas. Déception !
DOCG Chianti
10. Chianti “Cerro Del Masso " 2008 - Tenuta Poggiotondo

Lieu : Poggiotondo (entre Florence et Pise)
Age et hauteur des vignes : 20 ans, 100 mètres
Sols : calcaire coquillaire
Agriculture : Bio
Elevage : 8 mois en barriques françaises et 2 mois en bouteille
Encépagement : 80% Sangiovese, 10% Merlot, 5% Syrah, 5% Colorino
Estimation : 10 euros
Web : www.poggiotondowines.com
Bien plus ouverte est cette bouteille... Le nez tout d’abord est ouvert, gourmant entre fruité, floral et cacao. Il appelle à la bouche. Et celle-ci, si ce n’est la matière, ne déçoit nullement, vive, suave… Un vin qui descend tout seul, sans tambour ni trompettes, mais avec beaucoup de plaisir. Une belle surprise.
DOCG Chianti Classico
11. Chianti Classico Riserva « La Forra » 2007 - Tenuta di Nozzole

Lieu : Greve in Chianti
Age et hauteur des vignes : 30 à 40 ans, 350 mètres
Sols : argiles et sables
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 14 à 16 mois en fûts français et en foudres de Slavonie puis 6 mois en bouteille
Encépagement : Sangiovese 90% et 10% de cépages typiques
Estimation : 28 euros
Web : www.tenutefolonari.com
La robe est encore très jeune, rubis foncé. Le nez est net, assez pur, mais d’une complexité moyenne. Les impressions d’élevage et de lactique dominent. En bouche, si la fraicheur est de la partie, le reste paraît très technique, presque chimique, avec un boisé amer pas toujours ultra plaisant, sans pour autant atteindre les excès du Poggio Valente. En fait, sur le milieu de bouche et la finale, un seul mot vient à l’esprit : classique (mais pas dans le sens anglo-saxon du terme)
12. Chianti Classico « Le Trame » 2008 - Podere le Boncie

Lieu : Castelnuovo Berardenga (Sud-Ouest de la DOCG)
Age et hauteur des vignes : 25 ans, 400 mètres
Sols : Calcaro-sablonneux
Agriculture : Bio
Elevage : 26 mois en barriqes d’âge +- 15 ans)
Encépagement : Sangiovese majoritaire avec de faibles quantités de Mammolo et de Colorino.
Estimation : 25 euros
Web : www.leboncie.it
La robe montre encore pas mal de jeunesse avec quelques traces d’évolution, tout de même. Le nez est net, généreux, gourmand, à la limite du carbonique, avec un superbe fruit rouge et des notes giboyeuses. En bouche la tension est vive, très vive, elle s’accommode toutefois sans problème du fruit gourmand et des quelque notes solaires pour donner une grande impression d’équilibre. Comme les tanins sont très fondus, ce vin possède une grande buvabilité. D’une très grosse longueur, la finale nous offre encore de la minéralité en sus, plaçant le vin dans le trio de tête sans la moindre discussion. Superbe !
13. Chianti Classico Riserva 2006 - Vecchie Terre di Montefili

Lieu : Greve in Chianti
Age et hauteur des vignes : 15 à 30 ans, 400 mètres
Sols : argilo-calcaire
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 12 mois en foudres de Slavonie et 6 mois en bouteille
Encépagement : sangiovese 100%
Estimation : 26 euros
Web : www.vecchieterredimontefili.it
Celui-ci est un peu un melting pot des deux vins précédents. Le fruit, la minéralité sont présents sns la solarité du précédent. Celle-ci est remplacée par des tanins plus marqués, plus asséchants qui confèrent beaucoup d’austérité à ce vin (beaucoup trop ?) surtout sur sa finale. Certainement plus gastronomique, ce vin ne manque finalement que d’un peu d’âme pour séduire.
14. Chianti Classico “Fonterutoli” 1997 - Mazzei

Lieu : Castellina in Chianti
Age et hauteur des vignes : 10 à 15 ans, 300 et 450 mètres
Sols : calcaro-gréseux très caillouteux (Fonterutoli = Vino di Sassi : vin de pierre)
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 12 mois en barriques françaises à 50% neuves
Encépagement : 90% sangiovese, 5% merlot, 5% malvasia nera et colorino
Estimation : 18,50 euros
Web : www.fonterutoli.it
Plus d’évolution sur ce vin tant à la robe qu’au nez. Ce dernier reste assez fermé, assez monobloc sur le boisé, version vieil acacia. Pas d’alcool en vue. En bouche, l’équilibre est plaisant, même si l’acidité est fort en retrait. On garde ses impressions de vieux bois. Les amers sont aussi très intéressants. La finale est un peu courte, mais difficile de faire mieux avec une matière faible. Globalement, c’est une bien belle réussite. Respect pour avoir si bien survécu.
15. Chianti Classico 2003 - Castello di Ama

Lieu : Gaiole in Chianti
Age et hauteur des vignes : 35 à 50 ans, 390-530 mètres
Sols : Sol riche de calcaire, d'argile et de pierres.
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 11 mois en barriques françaises (30% neuves, 70% 2ème et 3ème passage).
Encépagement : 80% sangiovese, 8% canaiolo, 12% merlot et malvasia nera
Estimation : 30 euros
Web : www.castellodiama.com
D’un côté il y a le millésime, véritable four solaire, ici comme ailleurs, même plus. De l’autre, il y a la maestria du domaine qui fait des vins d’un grand classicisme depuis plus de 20 ans. Alors on pourrait évidemment critiquer ici le boisé un peu poussiéreux du nez, mais au moins, on ne recherche pas ici le surextrait, ni la solarité facile, ni à corriger par tous les moyens. Il en ressort une classe terrible, un véritable modèle pour un millésime si difficile. Chapeau bas !
16. Chianti Classico “Vigneto San Marcellino” 2006 - Rocca Di Montegrossi

Lieu : Gaiole in Chianti
Age et hauteur des vignes : âge moyen des vignes non trouvé, 340 à 510 mètres
Sols : calcaires
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 25 mois en barriques et en futs de l’Allier puis 18 mois en bouteilles
Encépagement : Sangiovese 95%, Pugnitello 5%
Estimation : 35 euros
Web : www.roccadimontegrossi.it
Le nez est net, assez puissant fruité, à peine perturbé par un extrait de girofle, appeau à dentistes. Plus de complexité eut été bienvenue. En bouche aussi, le girofle est présent… mais, que c’est frais, équilibré et juteux ! Quelle belle matière, en plus ! Sans compter que la finesse des tanins nous offre une superbe buvablité. Sur la finale, pas de déception, au contraire. Un très grand vin !
17. Chianti Classico « Castello di Fonterutoli »2005 - Mazzei

Lieu : Castellina in Chianti
Age et hauteur des vignes : 10 à 26 ans, 220 à 510 mètres
Sols : calcaro-gréseux très caillouteux (Fonterutoli = Vino di Sassi : vin de pierre)
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 16 mois (Sangiovese) à 18 mois (Cabernet) en barriques françaises à 60% neuves et 20 mois en bouteille.
Encépagement : 90% sangiovese, 10% cabernet sauvignon
Estimation : 40 euros
Web : www.fonterutoli.it
Sur papier... le monstre de la dégustation. Au nez, monstrueusement intense et… massif. En bouche, monstrueusement massif, malgré un millésime plus faible. La finale monstrueusement longue… le commentateur… monstrueusement idiot ? En fait, j’ai mis 16/20, parce qu’un tel vin est fait pour une garde qui va me survivre… c’est … monstrueux. A noter que les avis sont très partagés sur le coup.
18. Chianti Classico Riserva « Berardenga Rancia » 2005 – Fèlsina

Lieu : Castelnuovo Berardenga (Sud-Ouest de la DOCG)
Age et hauteur des vignes : 25 ans, 400 à 420 mètres
Sols : Calcaro-sablonneux
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 16 à 18 mois en barriques françaises neuves ou d’un an, 6 à 8 mois en bouteilles
Encépagement : Sangiovese à 100%
Estimation : 34 euros
Web : www.felsina.it
Par rapport à l’IGT du même domaine rencontrée en début de dégustation, on change un peu de bord… et c’est heureux ! Si le nez n’est pas très intense, on peut même dire fermé, on ressent une belle complexité entre des fruits rouges comme de la framboise et des notes minérales de pierre à fusil. La bouche est équilibrée, assez fraiche, oscillant entre gourmandise et austérité tannique… mais où est passé le bois de l’IGT ? Pas photo, cette cuvée-ci est bien plus avenante !
DOCG Vino Nobile di Montepulciano
19. Vino Nobile di Montepulciano 2005 – Avignonesi

Lieu : Montepulciano
Age et hauteur des vignes : 10 à 20 ans, 250 à 600 mètres
Sols : argilosablonneux avec incrustations de grès
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 18 mois en grands foudres de Slavonie puis 18 mois en barrique française de 3ème et 4ème passage et enfin 9 mois en bouteilles.
Encépagement : Prugnolo Gentile 85%, Canaiolo Nero 10 %, Mammolo 5%
Estimation : 20 euros
Web : www.avignonesi.it
L’énigme… Ce domaine fait des Supertoscans et un Vin Santo qui défraient la chronique par leur prix et qui émeuvent les chasseurs d’étiquette de tous bords. Ces derniers (je l’ai vécu, si, si !), se pencheront sur ce flacon sans pouvoir réprimer une mimique de mépris. Et pourtant, une fois de plus, le travail de la dégustation à l’aveugle fait table rase de tous les préjugés. Elle nous offrre un vin tant au nez qu’en bouche d’une grande fraicheur et d’une grande distinction, avec tous les composants d’un beau vin bien en place : tension, fruit juteux, tanins structurés mais intégrés, amertume noble qui rappelle le noyau de cerise, belle longueur… Incontournable… à l’aveugle !
DOCG Rosso di Montalcino
20. Rosso Di Montalcino 2010 - Pietroso

Lieu : Montalcino
Age et hauteur des vignes : 25 à 40 ans, 350 à 450 mètres
Sols : argilo-calcaires
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 36 mois en barriques de chênes puis 6 mois en bouteille
Encépagement : sangiovese grosso 100%
Estimation : 11 euros
Web : www.pietroso.it
Un vin sur le fruit juteux clairement. Equilibré et tendu, aussi Avec une pointe solaire indéniable aussi. Techniquement parfait… aussi. Un manque de longueur… légèrement… aussi.
21. Rosso di Montalcino 2009 - Campi di Fonterenza

Lieu : Sant’Angelo (Montalcino)
Age et hauteur des vignes : 6 à 13 ans, 420 mètres
Sols : argilo-calcaire caillouteux
Agriculture : biodynamie
Elevage : 20 mois en fûts de 1 an et plus
Encépagement : Sangiovese Grosso 100%
Estimation : 23 euros
Web : www.fonterenza.it
La robe est nette, soutenue. Le nez est discret en première aération, plus intense ensuite, d’une grande netteté et d’une profondeur de grande classe. Fruits rouges et notes minérales de pierre à fusil sont clairement de la partie. La bouche a tout pour plaire : tension magnifique, fruit juteux, notes sanguines de grande classe, structure tannique sérieuse, toujours ce même sentiment de profondeur et de finesse. La longueur est très appréciable pour un Rosso… peut-être un poil plus dure, mais on est encore sur beaucoup de jeunesse, aussi. J’adore ce vin, définitivement. Rapport qualité-prix imbattable !
DOCG Brunello di Montalcino
22. Brunello di Montalcino 2006 - Campi di Fonterenza

Lieu : Sant’Angelo (Montalcino)
Age et hauteur des vignes : 13 ans à 420 mètres
Sols : argilo-calcaire caillouteux
Agriculture : biodynamie
Elevage : 47 mois en fûts de 1 an et plus, puis 6 mois en bouteille
Encépagement : Sangiovese Grosso 100%
Estimation : 53 euros
Web : www.fonterenza.it
Ce vin a fini premier sans la moindre discussion aux deux dernières dégustations auxquelles j’ai participé. Pour les superlatifs, je vous renvoie à la dégustation des Brunellos tout aussi récente. En résumé… il a strictement toutes les qualités sauf le prix : Classe, Générosité, Fraicheur incomparable, Longueur invraisemblable. Certes, il persiste un peu d’élevage, mais on est sur Brunello, non ?
Définitivement mon meilleur Brunello de tous les temps !
Mettez des actions sur le 2011… Francesca Padovani, qui place là ses deux vins en 1 et 2, nous le promet… magique !
23. Brunello di Montalcino 2006 – Gianni Brunelli (Le Chiuse di Sotto)

Lieu : Montalcino assemblage de parcelles au Nord-Ouest (Canalichio) et au Sud-est (Podernovone)
Age et hauteur des vignes : 15 à 25 ans, 350 mètres
Sols : argilo-calcaire
Agriculture : Bio à tendance non-interventionniste
Elevage : 30 mois en foudres de bois et 14 mois en bouteille
Encépagement : sangiovese grosso 100%
Estimation : 38 euros
Web : www.giannibrunelli.it
Bouchonné… m….
24. Brunello di Montalcino 2006 – Argiano

Lieu : Sant’Angelo in Colle (Montalcino)
Age et hauteur des vignes : âge des vignes non documenté, 300 mètres
Sols : argilo-marneux
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 12 mois de barriques françaises + 18 mois de foudres de Slavonie de 30 à 60hl, le reste en bouteilles
Encépagement : sangiovese grosso 100%
Estimation : 32 euros
Web : www.argiano.net
Pas facile de passer après la classe de Fonterenza et du bouchon pour suivre. Et pourtant, difficile de bouder aussi son plaisir, si ce n’est que ce vin-çi demande clairement de la garde pour pouvoir fusionner toutes ses qualités, fruit, minéralité, structure, puissance et surtout complexité. Certains lui ont trouvé en plus de l’élégance… que demande le peuple ?
25. Brunello di Montalcino « Pianrosso »2004 - Ciacci Piccolomini d’Aragona

Lieu : Molinello (Montalcino)
Age et hauteur des vignes : âge des vignes non documenté, 240 à 360 mètres
Sols : alcaro-sablo-limoneux
Agriculture : bio
Elevage : 36 mois en foudres de Slavonie puis au moins 8 mois en bouteilles
Encépagement : sangiovese grosso 100%
Estimation : 40 euros
Web : www.ciaccipiccolomini.com
Rebouchonné (2 bouteilles sur 2, même !) re-m….
Conclusions
Difficile, à la suite d’une telle dégustation de sortir des conclusions auxquelles s’appliquent tous les vins. De par leurs implantations, de leurs règles d’élevage et de culture ainsi que de par la diversité humaine qui les fait naître, il y a lieu de s’attendre à un vrai patchwork.
Quelques idées émergent toutefois. Si les vins bios et natures conservent le plus souvent beaucoup d’acidité, ils n’ont pas obligatoirement le monopole du fruit. En fait, ce fruit rouge souvent croquant et gourmand est vraiment « la » révélation de cette dégustation.
Ensuite, en dehors des cuvées résolument trop modernes et trop élevées, la buvabilité générale est vraiment impressionnante, d’autant que les tanins sont souvent très bien intégrés, fondus.
On aurait aussi pu craindre une grosse proportion de vins solaires, alcooleux, il n’en est rien, au contraire.
En fait c’est souvent la classe, la finesse et le plaisir qui dominent.
Bien au-delà de certains excès ou scandales qui l’ont balayé, cette région a indéniablement encore beaucoup à nous apprendre, surtout à travers son cépage roi, véritable plaidoyer de l’utilisation de cépages locaux façe à ces supertoscans dont une telle dégustation fait vraiment douter de l’intérêt.
Salute !
20 mars 2012
Brunello di Montalcino
Brunello di Montalcino
Premier volet de ce périple italien de la fin de l’hiver 2012, voici quelques mots qui accompagnent une dégustation rondement menée avec le joyeux Club des Vieilles Copines à Bruxelles. Il parle de Brunello, de Brunello, et de Brunello… Andiamo !
Histoire du Brunello
Si le vin est cultivé depuis la période étrusque dans le Val d’Orcia comme dans le reste de la Toscane, on ne peut pas en dire autant du Sangiovese Grosso, le cépage rouge cultivé aujourd’hui à Montalcino.
Son implantation résulte, en fait, des études de Ferruccio Biondi-Santi qui a isolé en 1870 ce clone du Sangiovese et qui l’a planté dans ses vignobles en contrebas de la ville de Montalcino. Il avait remarqué que cette variété se distinguait de sa souche mère par des grains plus petits, une meilleure résistance au phylloxera et au climat.
Très vite, il replanta tout son vignoble avec ce cépage. Un vin monocépage était né à Montalcino.
Ferruccio Biondi-Santi fut tout autant novateur à la cave où il modifia la ligne des vins légers de l’époque par des vins nettement plus structurés, prônant des élevages de quatre ans en fût de chêne.
Le premier Brunello di Montalcino du domaine Biondi-Santi fut officiellement vendu pour le millésime 1988. Il engendra une dynamique dans toute la ville et aux alentours, où désormais presque la totalité des vignerons choisirent la voie du Brunello.
En l’espace d’une centaine d’année, ce vin allait devenir le plus réputé d’Italie.
Les règles de production Du Brunello allaient être définitivement définies en 1967 avec la naissance du Consorzio del Vino Brunello di Montalcino. Ce n’est pas pour rien non plus qu’il fut le premier vin d’Italie à recevoir en 1980 la prestigieuse DOCG, Denominazione di Origina Controllatta et Garantita.
D’autres DOCG sont ensuite venues grossir les rangs des vignes de la ville et de ses alentours : Rosso di Montalcino, Moscadello di Montalcino et San’Antimo .
Ces dernières années, de nombreux scandales ont éclaboussé la noble appellation. S’il n’y a pas lieu de les occulter, surtout que des domaines très renommés furent impliqués, la qualité générale des vins, l’arrivée du bio et de la biodynamie et d’autres prises de conscience ont permis à la DOCG de garder ses lettres de noblesse.
Aire de l’Appellation
L’aire de l’appellation toscane Brunello di Montalcino s’étend autour de la petite ville médiévale fortifiée de Montalcino qui se situe à 40 km de Sienne, ville à laquelle elle est rattachée politiquement depuis le XVIe siècle.
Cette aire s’étend sur une surface pratiquement circulaire de 24.000 hectares avec la cité fortifiée de Montalcino en son épicentre. Les vignes occupent 15 % de cette superficie, plus particulièrement distribuées sur la face est de ce cercle, délimitées du Nord au Sud par les villages de Buonconvento, Torrenieri, Monte Amiata Scalo et Sant’Angelo Scalo.
Règles de l’Appellation
Pout pouvoir réclamer la DOCG, il y a lieu à ce que les vins soient issus pour toutes les étapes de l’aire de production du Consortium, à base de l’unique cépage Sangiovese grosso ou Brunello avec un rendement maximal de 40 hl/ha. Même l’embouteillement doit être pratiqué sur la zone de la DOCG.
Si la mise en vente ne peut être effectuée qu’à partir du mois de janvier de la 5e année qui suit les vendanges (millésime 2006 vendable à partir de janvier 2011), les vins doivent séjourner un minimum de 2 ans dans le bois ainsi qu’un minimum de 6 mois en bouteilles. Pour les Riserva, il y a lieu d’ajouter un an de plus en fût, et donc aussi une année de plus à la vente.
Le vin doit aussi répondre à des données analytiques minimales telles 12,5% d’alcool minimum ainsi, qu’à l’instar des autres DOCG, à des caractères organoleptiques qui s’accordent avec l’image du Sangiovese Grosso.
Sols et climat
Les sols qui accueillent le Brunello ont des structures assez variables. En bas de la colline, les sols sont relativement légers et lâches et une épaisse couche active. Plus on monte, plus les sols deviennent denses, avec des marnes qui alternent avec des éléments plus calcaires. En superficie les sols sont très caillouteux, quand, en raison de l’amincissement la couche active, la roche n’affleure pas.
L’irrégularité des pentes contribue comme à la variété des sols à la création de microcosmes et de micro-climats.
De par sa situation entre 40 km de la côte et 100 km des Apennins, en plus de la proximité, au Sud, du Mont Amiata, son climat est de type méditerranéen avec des influences continentales. Les étés sont secs, souvent orageux, la plupart des précipitations classiques ayant lieu à la fin du printemps et de l’automne. Les hivers sont froids, surtout au-dessus de 400 mètres où la neige et les gelées tardives sont quelquefois de mise, mais globalement, les gros évènements météorologiques sont rares du fait de la protection du Mont Amiata.
Pendant la phase végétative de la vigne, le climat est doux, solaire, cet ensoleillement permettant de belles maturation des grappes.
Viticulture
La méthode plus répandue de la culture de vignes est la taille Guyot mais de plus en plus de vignerons font appels au Gobelet. Les travaux, comme les vendanges sont manuels.
Le Cépage Sangiovese Grosso
Le Sangiovese Grosso est également connu sous les noms de Sangiovese Gentile, Sangiovese Toscano, Sangiovese di Lamole, mais surtout Brunello à Montalcino et Prugnolo Gentile à Montepulciano.

Sa vigueur est moyenne, toutefois meilleure que celle du Sangiovese piccolo. Il aime également les sols calcaires caractéristiques du Chianti Classico, surtout, quand ils sont bien drainés. Il résiste bien aux maladies et aux parasites, et il a un bon rendement, mais moyennement constant. Il mûrit plus tôt que le Sangiovese piccolo, et donne des vins d'excellente qualité, aromatiques, bien structurés, avec du fruit et une bonne acidité. Son potentiel de vieillissement est bon, voire excellent.
La dégustation
Le but de la dégustation, comme il est de coutume sur le Forum LPV, était de regrouper des Brunello d’origine diverses apportés par les différents dégustateurs puis mis dans les mêmes conditions d’aération et de service, ce dernier se pratiquant à l’aveugle.
Les conditions d’aération sont les suivantes : les vins ont été ouverts vers 8H00, le matin de la dégustation, puis conservés droits, sans bouchon, à une température de 15-16°C. Le service est effectué à 18°C et l’ordre de service fut le suivant :
1. Brunello di Montalcino 2006 - Cordella
2. Brunello di Montalcino 2006 - Fattoria dei Barbi
3. Brunello di Montalcino 2006 - Donatella Cinelli Colombini
4. Brunello di Montalcino 2006 - Col d’Orcia
5. Brunello di Montalcino 2006 - Podere La Vigna
6. Brunello di Montalcino 2006 - Ciacci Piccolimini d’Aragona
7. Brunello di Montalcino 2006 - Campi di Fonterenza
8. Brunello di Montalcino 2006 - Poggio di Sotto
9. Brunello di Montalcino 2005 - Pian dell’Orino
10. Brunello di Montalcino 2004 - Baccio
11. Brunello di Montalcino 2004 - Lisini
12. Brunello di Montalcino 2004 - Fanti
13. Brunello di Montalcino 2004 – Biondi Santi
14. Brunello di Montalcino Riserva 2004 - Pian dell’Orino
15. Brunello di Montalcino 1999 - La Poderina

01. Brunello di Montalcino 2006 - Cordella
Situation : au NE de Montalcino (secteur de Torrinieri)
Sols : argilo-calcaire
Age des vignes : 13 ans
Altitude : 350 m
Rangs : 3800 à 4000 pieds/ ha
Agriculture : traditionnelle
Elevage : macérations en cuve inox, puis élevage en futs français et slavons et 6 mois d’affinement
Caractéristiques : Premier millésime du domaine (plantés entre 98 et 2000)
Prix estimé : 30 eur.
Web : www.cordellavini.it
La robe est rubis avec quelques marques d’évolution. Le nez est puissant, corsé, solaire avec une forte impression de cerise compotée. En bouche, la présence d’une belle acidité équilibre assez bien les impressions solaires rencontrées au nez, globalement le fruit domaine mais avec une sucrosité un peu trop présente. Vu une matière assez diluée, la finale paraît assez courte, serrée sur l’acidité. Pas vraiment de quoi hurler au génie…

02. Brunello di Montalcino 2006 - Fattoria dei Barbi
Situation : au SE de Montalcino à proximité de la ville
Sols : sables, galets et argiles
Age des vignes : 28 ans et plus
Altitude : 160 à 520 mètres
Rangs : non communiqué
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 4 ans en futs et 4 mois en bouteille
Prix estimé : 41 eur.
Web : www.fattoriadeibarbi.it
Si la robe est semblable au vin précédent, le nez est moins puissant, plus réservé mais aussi déjà plus complexe, plus fruité et floral (rose). L’attaque de bouche est nettement plus fraiche, plus droite ce qui équilibre bien les fruits rouges très présents et les tanins bien marqués. On a clairement plus de structure que pour le premier vin, plus de finesse et de classe aussi, mais sur la finale, on reste sur une légère impression de dilution, les tanins rendant l’édifice un peu sec.

03. Brunello di Montalcino 2006 - Donatella Cinelli Colombini
Situation : au SE de Montalcino à proximité de Castelnuovo dell’Abate
Sols : argilo-sabloneux et argilo-calcaire
Age des vignes : vieilles vignes de plus de 30 ans
Altitude : non communiqué
Rangs : non communiqué
Agriculture : traditionnelle
Elevage : non communiqué
Caractéristiques : actuellement géré par 4 femmes
Prix estimé : 43 eur.
Web : www.cinellicolombini.it
La robe paraît encore plus évoluée avec des notes déjà brunâtres un peu étonnantes pour 2006. Au nez, on ressent aussi une certaine évolution légèrement animale, fumée derrière beaucoup de fruit. L’impression de finesse domine globalement. En bouche, c’est l’acidité légèrement en retrait qui surprend, mais cela ne dessert pas tellement le vin qui s’inscrit clairement dans le velouté gourmand, les tanins souples renforçant l’impression de souplesse, d’élégance, bref, de féminité. La finale, bien plus longue que pour les deux premiers vins ne déroge en rien à ces impressions. Un vin de femme … pour les femmes ?

04. Brunello di Montalcino 2006 - Col d’Orcia
Situation : au Sud de Montalcino à proximité de Sant’Angelo Scalo
Sols : argilo-caillouteux
Age des vignes : 30 ans
Altitude : 250 à 380 mètres
Rangs : 40 hl/ha
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 3,5 ans en futs et 12 mois en bouteille
Prix estimé : 36 eur.
Web : www.coldorcia.it
On revient ici à une robe plus jeune mais aussi à un nez plus violent, nettement plus solaire, boisé et non sans notes de réduction. Si la première impression est sur un équilibre assez frais, très vite le vin s’alourdit, écrasé par un extrait surdémesuré, qui avec le bois frise la sensation de vin sudiste clairement international. La finale s’avère un peu plus légère avec des tanins assez dominateurs. Je suis prêt à parier que pas mal de palais qui n’ont pas ma subjectivité apprécieront cela, surtout à table, personnellement, je reste sur une impression de…. supermarché, bien fait, bien travaillé, mais de supermarché… quand même.

05. Brunello di Montalcino 2006 - Podere La Vigna
Situation : au NE de Montalcino à proximité de Torrenieri
Sols : argilo-calcaire
Age des vignes : non communiqué
Altitude : 320-340 mètres
Rangs : non communiqué
Agriculture : traditionnelle
Elevage : minimum deux ans en fût et minimum 6 mois en bouteilles
Prix estimé : 35 eur.
Web : www.poderelavigna.it
La robe est classique pour le millésime, dense, rubis profond avec de rares notes évolutives sur le bord du disque. Le nez s’avère être une première « claque » de fraicheur, de netteté et de complexité. La bouche aussi est superbe, avec une acidité directrice toute italienne, un fruit superbe, juteux à souhait, mais aussi et enfin de la minéralité et de la profondeur, avec tout au long de la dégustation, une subtile sensation d’équilibre. La finale est énorme, élégante, tout en finesse et en fondu. Première rencontre avec ce vin qui me paraît incontournable d’emblée. La révélation de la soirée !

06. Brunello di Montalcino 2006 - Ciacci Piccolimini d’Aragona
Situation : au SE de Montalcino à proximité de Castelnuovo dell’Abate (lieu-dit Molinello)
Sols : calcaro-sablo-limoneux
Age des vignes : non communiqué
Altitude : 240 à 360 mètres
Rangs : non communiqué
Agriculture : bio
Elevage : 36 mois en foudres de Slavonie puis au moins 8 mois en bouteilles
Prix estimé : 32 eur.
Web : www.ciaccipiccolomini.com
Ce vin n’a pas grand-chose à envier à son prédécesseur… On retrouve en effet un nez très net, pur, frais, complexe, un peu plus puissant encore. Même chose en bouche qui tant en attaque qu’en finale délivre un superbe équilibre entre une matière très structurée, un fruit bien gourmand, une acidité classiquement marquée, avec, enfin une superbe intégration des tanins et une élégance impressionnante. Qu’est-ce qui peut bien faire la différence avec le précédent ? Peut-être la structure de la matière, un poil plus austère, plus massive… mais c’est du détail. Un « grand » du Brunello qui est largement à la hauteur de sa réputation.

07. Brunello di Montalcino 2006 - Campi di Fonterenza
Situation : au SE de Montalcino à proximité Castelnuovo dell’Abate
Sols : argilo-calcaire caillouteux
Age des vignes : 13 ans
Altitude : 420 mètres
Rangs : non communiqué
Agriculture : biodynamie
Elevage : 47 mois en fûts de 1 an et plus, puis 6 mois en bouteille
Prix estimé : 53 eur.
Caractéristiques : élevage partiel sans soufre
Web : www.fonterenza.it
Avec le 5e et le 6e vin, notre groupe pensait avoir déjà atteint un très très haut niveau de qualité… Alors que faut-il donc dire ici…tout en oubliant pas que les vins étaient servis à l’aveugle ? Tout, absolument tout est dans ce vin. La robe est dense, encore très jeune, brillante même. Le nez est net, pur, puissant, très complexe à nouveau, partagé entre des sensations de fruit rouge jeune légèrement mentholé mais aussi des notes plus secondaires animales et pierreuses. MA-GNI-FI-QUE !
En bouche, seule la très légère note d’élevage empêche de déclarer la perfection absolue, et encore, c’est une question de goûts. L’acidité est parfaite ni trop imposante, ni trop en recul, les tanins sont subtils, terriblement fondus et souples. Et puis, il y a ce fruit obsédant de gourmandise et de puissance. La longueur est énorme, kilométrique, même, avec des tanins plus structurés mais superbement équilibrés par le fruit et la fraicheur. Ce vin est une pure merveille, il fait l’unanimité absolue du groupe… En découvrant l’étiquette, je ne peux pas m’empêcher de faire exploser ma joie, un peu comme si mon équipe venait de gagner la coupe du monde en marquant le 5-4 à 3 secondes du coup de sifflet final… Depuis que j’ai découvert ce domaine, cet été, je n’en ai eu que du plaisir, sans parler de la gentillesse et de la passion de Francesca, une des « Jumelles de Fonterenza ». Il est urgent de vous procurer ce trésor !
Juste encore pour en rajouter… sur les douze convives, onze ont placé ce vin premier et sa moyenne est de 18,6/20… moment rare… très rare !
08. Brunello di Montalcino 2006 - Poggio di Sotto
Situation : au SE de Montalcino entre Montalcino et Castelnuovo dell’Abate
Sols : argilo-calcaire
Age des vignes : 15 ans en moyenne
Altitude : 200 à 450 mètres
Rangs : 4200 pieds/ha
Agriculture : bio
Elevage : 5 ans en foudre
Prix estimé : 100 eur.
Web : www.poggiodisotto.com
Pour se remettre de tant de bonheur, le hasard de la dégustation nous sert un monstre, un des porte-étendards du bio sur Montalcino. Monstrueux aussi sur le prix qui atteint le niveau des Biondi Santi, aujourd’hui. Alors que dire…
La robe et le nez sont clairement plus évolués, les notes animales sont plus présentes, sans que le fruit rouge n’abandonne le terrain, on aurait tendance à dire ici aussi, classe et complexité mais la solarité douceâtre perçue empêche cette aromatique d’atteindre la pureté des deux vins précédents.
La bouche est énorme de puissance et de structure, presque violente, mais avec la fraicheur de l’acidité et les tanins très bien intégrés, on a un très bel équilibre qui est très persistant surtout sur la finale très longue. On reste clairement sur un très grand vin, peut-être un peu trop puissant actuellement, donc, peut-être trop jeune, malgré la robe qui donnait des signes d’évolution. A revoir, sans nul doute !

09. Brunello di Montalcino 2005 - Pian dell’Orino
Situation : lieu-dit Pian dell’Orino au SE et à proximité de Montalcino
Sols : argilo-calcaire
Age des vignes : 9 à 32 ans
Altitude : 330-470 mètres
Rangs : 27 hl/ha
Agriculture : biodynamie
Elevage : 37 mois en barriques de Slavonie puis en bouteille
Prix estimé : 50 eur.
Caractéristiques : vinifications sans soufre
Web : www.piandellorino.com
Bref passage par 2005 avec ce neuvième vin. Ce millésime est moins corpulent que les 2004 et 2006, grosses réussites de l’appellation, ce qui se ressent souvent par une solarité plus importante.
La robe est encore jeune et le nez est énorme, puissant, complexe, assez évolué quant à lui, avec des notes animales, torréfiées et pierreuses. A ce stade, c’est parfait. Ensuite… il y a encore tout pour plaire, une belle acidité, des tanins présents mais bien intégrés, un fruit gourmand, de la finesse et même une belle longueur… alors, késako ? Et bien,… il y a du sucre ma bonne dame, un sucre trop présent qui touche un peu trop à l’équilibre et qui modère le plaisir.
10. Brunello di Montalcino 2004 - Baccio
Situation : non communiqué
Sols : non communiqué
Age des vignes : non communiqué
Altitude : non communiqué
Rangs : non communiqué
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 4 ans en futs et 4 mois en bouteille
Prix estimé : 32 eur.
Caractéristiques : Propriétaires sur le Chianti : Chiantigiane
Web : www.chiantigiane.it
Vin compliqué…. Déjà la robe paraît trouble… et puis, il y a le nez, d’abord très, trop réduit. Avec la patience et l’agitation, c’est plus complexe, animal, chocolaté, mais une nouvelle évolution part très fort du côté du soleil.
En bouche, c’est très déstructuré, amer, tannique, sucré… et où se trouve l’acidité…. « non lo so ». Quelques bons points, tout de même… une longueur assez conséquente, des épices intéressants.
A réserver aux non-diabétiques. Au fait, ayant été de trouver la moindre information réelle sur ce Brunello, je suis intéressé à tout renseignement complémentaire.
11. Brunello di Montalcino 2004 - Lisini
Situation : Sant’Angelo in Colle au Sud de Montalcino
Sols : calcaire
Age des vignes : non communiqué
Altitude : 300 à 350 mètres
Rangs : 5 400 pieds/ha
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 36 mois en fûts de chêne de Slavonie suivi de min. 6 à 8 mois en bouteilles
Prix estimé : 40 eur.
Web : www.lisini.com
La robe marque des signes d’évolution sans excès. Le nez est intéressant, fin entre fruit et chocolat. La pointe solaire rencontrée sur les autres 2004 est présente à nouveau mais plus modérément. La bouche est bien plus classique, équilibrée avec une belle acidité directrice. On retrouve vraiment pour la première fois ce côté sanguin, charnu que montrent pas mal de Sangiovese dans le chianti. Si le sucre est légèrement présent, la rondeur qu’il apporte n’est pas inutile pour contrebalancer des tanins très structurés et austères. La finale est très longue, fraiche et épicée et structurée. Calirement le premier 2004 qui a de la tenue !
12. Brunello di Montalcino 2004 - Fanti
Situation : Castelnuovo dell’Abate au Sud-Est de Montalcino
Sols : schistes et argiles
Age des vignes : non communiqué
Altitude : 150 à 300 mètres
Rangs : non communiqué
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 12 mois en barriques (50% neufs) et 12 mois en foudres, puis le reste en boutteilles
Prix estimé : 40 eur.
Web : www.fantisanfilippo.com
On monte encore d’un cran avec ce domaine « classique » de l’appellation. En effet, si le côté solaire est à nouveau légèrement présent, l’impression de netteté domine. Les fruits noirs et rouges sont aussi très présents. En bouche, l’équilibre fonctionne bien entre l’acidité, les tanins robustes, le fruit (assez fraise écrasée) et le côté sanguin, charnu. La longueur est très intéressante, un peu plus austère que le milieu de bouche, ce qui apporte finalement de la profondeur et de la classe. Un brunello « type », idéal didactiquement et drôlement bien taillé pour la gastronomie.
13. Brunello di Montalcino 2004 – Biondi Santi
Situation : à proximité de Montalcino au Sud-Est
Sols : Sols divers très caillouteux dont les plus qualitatifs sont riches en marnes
Age des vignes : 10 à 25 ans
Altitude : 300-500 mètres
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 3 années en futs de chêne de Slavonie puis le reste en bouteilles
Prix estimé : 95 eur.
Caractéristiques : 1er vin historique de la DOCG Brunello di Montalcino
Web : www.biondisanti.it
Pouvait-on vraiment se passer de ce vin dans le cadre de cette dégustation… rien que par son poids historique, je ne le pense pas, reste le poids du portefeuille qui se sent allégé soudainement…
La robe est rubis foncé, encore assez jeune. Le nez est fin et austère au premier jet, terriblement floral ensuite avec de la gentiane, du lys. Des notes torréfiées et épicées viennent augmenter sa complexité. En bouche l’acidité est énorme et perturbe pas mal. C’est un peu dommage, surtout pour les palais sensibles, parce que derrière se cache un vin fin, aérien, presque torchable. La finale est-elle aussi marquée par l’acidité mais aussi par cette sensation de grandiose finesse. A revoir… si les finances le permettent !
14. Brunello di Montalcino Riserva 2004 - Pian dell’Orino
Situation : lieu-dit Pian dell’Orino au SE et à proximité de Montalcino
Sols : argilo-calcaire
Age des vignes : 12 ans
Altitude : 390 mètres
Rangs : 29 hl/ha
Agriculture : biodynamie
Elevage : 47 mois en barriques de Slavonie puis le reste en bouteille
Prix estimé : 75 eur.
Caractéristiques : vinifications sans soufre
Web : www.piandellorino.com
Un peu comme le 2005 du même domaine goûté précédemment, le nez de ce vin oscille entre notes réduites et solaires, le boisé très boîte à cigare typique des Riserva en plus. La bouche est équilibrée, très fraiche, fine et buvable, mais elle semble manquer de matière et surtout, elle est perturbée par ce sucre qui a accompagné tous les 2004 ou presque de la dégustation. Cela reste tout de même un très beau vin.
15. Brunello di Montalcino 1999 - La Poderina
Situation : au SE entre Montalcino et Castelnuovo dell’Abate
Sols : argilo-calcaires
Altitude : 350 mètres
Rangs : 3300 pieds / ha
Agriculture : traditionnelle
Elevage : 24 mois en barriques françaises ou en fûts de Slavonie puis au moins 12 mois en bouteilles
Prix estimé : 55 eur.
Web : www.saiagricola.it
Vous avez dit « brun » comme « Brunello »…. La voilà la couleur que tant de dégustateurs ont mentionné au fil des années. Il faut donc de la patience pour qu’elle s’installe. Le nez d’abord fermé, sérieux, s’ouvre doucement sur des arômes évolués de cacao, de chair giboyeuses, de sous-bois, de truffe et de notes florales. C’est très joli, très classieux.
La bouche est superbe de fraicheur avec un fruit rouge acidulé encore très présent lui aussi, des tanins complétement intégrés, fondus, ce qui confère une buvabilité presque inattendue.
La longueur est vraiment très importante, pleine de classe, de finesse et de « torchabilité ». Un vrai petit bijou qui fait regretter de ne pas avoir eu plus de vieux millésimes.
Appréciations générales et conclusions
Globalement cette approche du Brunello montre un degré de satisfaction assez généralement élevé voire plus, souvent très unanime, alors que le groupe était assez hétéroclite au départ pour ce qui est de la pratique de ce genre de vin.
Ensuite, il paraît difficile de dégager quelque chose de très cohérent de cette dégustation. Quand les vins étaient très bien faits, ils dégageaient en 2004 une puissance et une classe inouïe, tout en s’avérant assez nordiques. Le trio magique « Podere La Vigna, Ciacci Piccolimini d’Aragona et surtout Campi di Fonterenza » représente un rare exemple d’une séquence sans défauts et cohérente quant à elle. Mais dès que l’on passe à un autre millésime on change de cap. Si la classe et souvent la grande finesse sont toujours de la partie en 2005 et en 2004, les notes solaires viennent clairement modérer le tableau, alors qu’on aurait pu, avec 2004, s’attendre au contraire.
Aromatiquement surtout, c’est très complexe mais on a du mal à trouver une logique. Mais n’est-ce finalement pas logique, vu la diversité des terroirs et la variabilité souvent très conséquente des méthodes de viticulture et/ou d’élevage, le poids de l’homme s’avérant prépondérant.
Une chose paraît certaine, les plus grands de ces vins paraissent taillés, comme le Poggio di Sotto, pour une garde énorme.
Une autre certitude, c’est que la soirée a été un nouvel enseignement qu’en termes de certitudes, le vin est une science des plus inexactes !
Santé ! Salute !
19 mars 2012
Italie et Elisabetta Foradori
Vous me direz... on l'entend plus , il écrit plus depuis quelques semaines... C'est un peu parce que les dégustations se sont succédées à un rythme de fou, surtout autour de l'Italie qui prend chaque jour une place plus importante dans ma passion d'oenophile.
Dans ce cadre, une visite de Francesca Padovani à Bruxelles, une dégustation de 25 Sangiovese et une de 15 Brunello ont illuminé mon palais et celui de mes joyeux camarades ces kours derniers... je reviendrai sous peu là-dessus... mais là, et c'est un gros "là", je ne respire plus que pour la visite que je vais faire en fin de semaine à Elisabetta Foradori dont, en plus de l'admiration que je lui vouais déjà, m'a littéralement renversé avec ses vins en amphore.
Et comme à l'occasion, je compte faire un gros gros article sur la muse du Trentino, je me dis que peut-être, ceux d'entre vous qui la connaissent souhaiteraient lui poser une ou deux questions que j'aurai largement le temps de lui poser à mon tour, toutr cela servant à produire un interview conséquent....
Donc, si, d'ici jeudi matin, vous avez des questions à poser à la "Dame du Trentino", n'hésitez pas à les relayer sur ce blog
24 février 2012
VDVs 43 : Les élections pinardentielles

feat.
Fallait-il s’attendre à autre chose de la part du très joyeux trublion Vindicateur qu’est Antonin sinon nous mener dans les affres du jeu de la politique par le choix de sa thématique en tant que Président autosuggéré* des 43e Vendredis du Vin, ceux des élections pinardentielles ? Michou Bichou, l"Expert", il vous dira que non, bien sûr, j’en ai bien peur….
* with more than a little help of Iris
Fallait-il comme on a pu le lire s’inquiéter de voir, par cette thématique, se réveiller des tabous que la joyeuse communauté vinique tente de laisser bien sommeiller ? Que nenni ! Le but reste évidemment de faire résonner de nombreux plops ce dernier vendredi de février… et, en langage électoral, si tu t’abstiens, t’as toujours tort !

Votez dur ou votez mou
Mais... Votez dans le trou
Et si aux yeux de certains la thématique du jour ne restait pas de prime abord évidente, avec le délai d’un mois de réflexion qui nous a été donné par Antonin, on ne pouvait pas non plus crier au chemin de croix.
Ce qui était amusant, c’était de voir, au travers de notre petit groupe de Bruxellois, les « Terribles Vendredis du Vin Brusseleirs », comment cette thématique allait être interprétée au travers des bouteilles présentées.
Là, on peut dire qu’on en a eu pour tous les goûts, dans tous les genres, avec plus ou moins de pertinence ou plus ou moins d’humour et de décalage, il est vrai qu’ au pays de la Zwanze , affronter les choses trop sérieusement, ça, on sait pas faire, nous, hein…..

"Je crois que ce type est fou, non?"
"Maintenant que tu le dis...."
Pour tenter que la suite soit quand même un peu compréhensible et logique, les vins de cette session ne vous seront pas commentés dans l’ordre de service mais en fonction de leur appartenance à quatre catégories :
- La politique externe ou l’interaction du vigneron, dans son métier, face aux élus de la nation
- La politique interne ou le joyeux petit monde de Don Camillo que constituent les vignerons entre eux
- Les militants ou comment, en plus d’être vigneron, adhérer pleinement à une cause politique.
- Les inclassables…. Et quand on dit inclassables, faut s’attendre au meilleur… et au pire.
Oserais-je aussi écrire que, pour accompagner tout cela, il y avait à nouveau à manger pour un bataillon ?

Comme d’hab, aussi, les images sont de Bridget qui quand elle est prise à son propre jeu, nous donne vachement soif…

Bon, voyons l’affaire VDVs plus près :
1. La politique externe
Dans cette catégorie, il n’y a qu’un seul nominé, mais il est de taille, que l’on parle de son tour ou de sa gouaille : Seppi Landmann et sa Cuvée Erotique.

Selon le millésime, pour cette cuvée, Seppi Landmann produit depuis 96 (oui, l’inverse de 69) un Crémant en Magnum les années fraiches ou un Muscat les années plus généreuses. Même si on sait que l’oiseau est très loin d’être insensible aux charmes du beau sexe, à commencer par ceux de Sophie Marceau, il serait très elliptique de s’arrêter à l’étiquette frontale, le plus succulent de l’histoire se trouvant sur la contre-étiquette où le vigneron n’hésite pas, avec beaucoup d’humour, à vilipender les désastres de la loi Evin.

"Faîtes leur de bon vins, ils vous feront de bonnes lois"
C’est un vrai combat pour Seppi qui n’hésite jamais à jeter à la face des politiques (comme le jour de ses 60 ans aux élus présents) : « Depuis 96, le seul moyen de s’amuser en France, c’est se gratter sous les bras ! », sa manière de regretter qu’à force de voir les villages viticoles ceinturés par la gendarmerie locale lors des agapes annuelles, ces dernières soient condamnées à disparaître.
La Cuvée Erotique du jour est un Muscat d’Alsace 2009 qui a récolté une pratiquement unanimité des votes. Certes, on y retrouvait quelques notes chaleureuses du millésime, mais rien qu’au nez, le cocktail était très complexe, net, avec des notes florales et anisées qui s’écartent. Un peu moins riche en bouche quoiqu’avec un beau gras, le vin est frais et plaisant, ne pouvant perturber que par son amertume, pour ceux qui n’aiment pas trop cela. Du pur Seppi, en fait, rondement mené, entre plaisir et générosité.
2. La politique interne
Pour commencer ce que j’appelle le chapitre de la politique interne, il paraissait presque évident de boire un vin dont le géniteur a l’habitude de ne pas passer au second tour, ni même au premier, faute de récolter les signatures nécessaires à l’obtention du sésame « Appellation ». Le candidat se nomme Bruno Schueller, s’il est incompris de beaucoup (et s’en fiche pas mal, en fait), il a ses fidèles, dont le monomaniaque que je suis. On aurait pu choisir un de ses magnifiques et étonnants pinots noirs, mais le choix du jour s’est porté sur le Vin de Table R « Le Bild » quoi correspond à un Riesling Bildstoecklé 2004.

Très floral au nez, accompagné de notes sauvages, épicées, un poil cireuses et de quelques touches secondaires pétrolées. A ce stade, impossible d’imaginer pourquoi l’assentiment de l’assemblée des Pairs n’a pas donné son accord. D’autant qu’au second stade, celui de la bouche, on ne pige pas non plus, l’objet de l’opprobre s’avérant particulièrement équilibré, droit (presqu’encore tendu du string), fin, sec, très riesling en pleine maturité. Et comme la longueur est vraiment de la partie… on ne comprend pas, mais alors, pas du tout, le déni prononcé ! Serait-ce peut-être l’austérité minérale qui aurait choqué des bouches avides de sucrosité ? Non, on n’ose y penser….
Dans le même registre, deux militants déchainés ont proposé les quilles de leur candidat, pourtant un vrai Hurluberlu, celui-là… vous avez tous reconnu Sébastien David.

Dans le cas de ce dernier candidat, la quête à l’obtention du sésame « Appellation » n’a pas été vaine, mais le parcours fut parsemé d’embûches qui n’étaient pourtant pas des Chevaliers du Ni, un Chevalier Noir, un Sorcier sur son pont ou un lapin vorace. Nenni, sur la tour presque imprenable étaient retranché les autres élus de Saint-Nicolas de Bourgueil, trop heureux de mettre des bâtons dans les roues à celui qu’ils considèrent comme un agité du bocal, alors que lui ne fait qu’agiter ses barriques (Kezako) et, ne parle qu’à l’oreille des vins (Vin d’une Oreille). Tout y est passé, non sans humour, vu que selon le dégustateur, les cuvées se sont avérées trop acides un jour, pas assez acides le lendemain, et ainsi de suite, pour tout ce qui est jugeable sur un vin. Bref, seule la voie de la justice, et les frais qu’elle exige, purent éviter à l’ami Seb, la relégation en division inférieure, celle des Vins de Table…. Mais est-elle pour autant inférieure, au fait ? Comment, ce vigneron figure au Patrimoine du groupe Renaissance des Appellations ?
Vous imaginerez bien qu’au bureau bruxellois du parti de David, le combat contre les Goliaths de l’Appellation fut suivi avec passion !
Pour fêter la victoire du « Nain » (patronyme que lui accorde gentiment Marc Tempé) et l’échec des géants, deux cuvées du Seb étaient à l’honneur.
La première, le Saint-Nicolas de Bourgueil « L’Hurluberlu » 2010, normalement cataloguée au rayon « bombe de fruit », nécessite en ces saisons une aération nécessaire à l’assouplir, l’austérité perçue (encore elle) n’étant pas vraiment l’idéal partenaire de tanins encore un peu secs et sévères, alors que la chose était bien plus goûteuse quand il fera plus chaud.

A noter, et c’est bien dommage, qu’une fois de plus, il n’y a pas que les Hellènes qui durent subirent la glaciale austérité européenne, presque tous les rouges du jour montrant une dureté pas toujours agréables, nous forçant plus que de coutume mais pour la troisième fois cet hiver à préférer le blanc au rouge.
La deuxième cuvée se prêtait à ravir à la thématique du Président Antonin Montrenoutékouill en répondant au doux nom de « Ni Dieu, Ni Maître », le Saint-Nicolas de Bourgueil 2007 de la Série « Patrimoine SD » de Tonton David. Si cette cuvée nous a appris la patience (minimum 3 ans) pour connaître son épanouissement, elle ne nous a pas déçu, loin de là, et a terminé de loin en tête du tour final pour l’élection du meilleur rouge.

Avec un nez frais à donf, plein de fruits rouges et noirs pétant de santé et d’une petite rondeur lactée et une bouche gourmande, tendue, viandeuse et des tanins maîtrisés, ce côté toujours aussi pétant de fruit par-dessus, c’est l’Elysée d’un soir qui est ici atteint !
Pour clore le chapitre « Don Camillo, Pépone et les Appellations », il y avait Danse avec le Moût 2010, Vin de France du Domaine Renard des Côtes qui lui aussi ne l’a pas eue, mais l’a-t-il seulement recherchée… sûr qu’en associant Pinot Noir au Gamay d’Auvergne dans la région du même nom, la route paraît encore très longue, aussi bon soit le vin, aussi goupil soit Thierry Renard, son géniteur.

Sur le coup, le vin se goutait un peu comme un débat politique, tantôt avec de très bon moments, tantôt avec des creux, le camp de fruit ou celui de l’austérité en ayant alternativement pour son argent. S’il n’y avait pas, ce soir-là, de quoi faire péter l’audimat, on retiendra, dans les beaux moments, un beau fruit au nez comme en bouche, des tanins bien ronds, des notes sudistes d’eucalyptus, de pruneau cuit, de la fraicheur sous tension et dans les moins bons des notes de foin, de médicament (Quoi ?) et une amertume un peu trop soutenue.
Les militants
On entre ici dans une catégorie ou le vin n’est pas au centre d’une quelconque politique ou un bras armé contre des élus de la nation, mais dont les vignerons concernés ont montré plus que largement leur militantisme pour telle ou telle cause.
Le premier de ces Messieurs est Jean-Pierre Frick. Derrière son apparence première qui rendrait Sarko « émotif anonyme », se cache, en sus du grand vigneron qu’il est, un enragé de la cause écologique qui a fait de la fermeture de la centrale Fessenheim, un des combats de sa vie, un combat pas pour autant gagné quand on voit que l’un des premiers sites industriels visité par le candidat encore non émotif anonyme, c’est celui-là.
Mais aujourd’hui, chez l’ami Frick, ce qui nous préoccupe, ce sont ses vins. De plus en plus connu pour la grande maîtrise de ses crémants que beaucoup de champenois jalousent, Jean-Pierre nous a aussi habitué à une grande lignée de vins minéraux, particulièrement sur les rieslings. Ce Riesling Grand Cru Steinert 2005 ne déroge pas à la règle. Déjà bien mature à la robe, le vin balance au nez entre arômes primaires d’agrumes et secondaires plus hydrocarburés.

La bouche est superbe, très concentrée, tendue par la fraicheur, arrondie par le miel, mais ce sont surtout les notes minérales qui s’imposent non sans s’accompagner de très beaux amers très fins. La finale est longue, pierreuse, tendue plus sur le registre du sec que celui d’une certaine générosité que l’on rencontre souvent sur 2005. Une grande réussite.

Le second de ses Messieurs, on imagine qu’il risque de recueillir pas mal de suffrages dans ces vendredis du vin, tant la personnalité de Jean-François Nicq est clairement attachée au militantisme de gauche, à tel point, si l’on désire parler pinard avec lui, qu’il vaut mieux éviter toute allusion politique avec lui. Que son domaine s’appelle « Les Foulards Rouges » n’étonnera personne, lui qui fut marqué dans sa jeunesse par le roman policier éponyme (F.H. Fajardie) qui a comme cadre la révolte du peuple contre le clergé puis contre les nobles au temps de Mazarin. Nous, on parie qu’il en aura bien des dizaines de quilles référencées pour ces VDS…
Nous, à Bruxelles, on a ouvert La Soif du Mal, Les Vilains et Zéro de Conduite, mais on aurait tout autant pu proposer les géniales cuvées Frida ou Les Glaneuses…
Le Côtes du Roussillon Rouge « La soif du Mal » 2004 nous a amené d’emblée sur les chemins de la syrah, pas ces syrahs surmaturées qu’on rencontre en Roussillon, mais bien plus nordiques, tendues, au point, comme on n’a pas eu le temps de carafer la quille, que l’acidité se montre encore un peu perlante et que surtout, au nez, on est sur cette phase de réduction typique du cépage. Une agitation assez sévère du vin dans le verre corrige largement le tir pour donner un fruit bien plus éclatant. Point positif, les tanins se montrèrent ici particulièrement polis !

Le Côtes du Roussillon Rouge « Les Vilains» 2009 (100% Carignan) est d’emblée bien plus plaisant avec beaucoup de fruits rouges, de la cerise, un nez, en fait très généreux, une larme solaire ajouté d’une impression carbonique. La bouche est ample, tendue avec un bel équilibre entre les fruits et les tanins, à nouveau bien intégrés. Si c’est encore un peu jeune, c’est prometteur et je verrais bien la chose sur une andouillette de chez « Max, coiffeur pour homme ».

Le Pet Nat « Zéro de Conduite», Vin de Table du Roussillon, issu de Muscat à petits grains lui ne la fait pas, hélas. Les bulles annoncées se sont barrées, le sucre idem… il reste un « machin » assez plat, trop plat… dommage !

Les insolites
Dans cette catégorie, on retrouve forcément de tout, le plus souvent sauvé par l’humour qui y est attaché, avec des jeux de mots parfois un peu limites…

Le premier exemple est cette infecte bouteille à ne pas même confier aux rats de nos égouts qu’est la « Cuvée du Président », vin rouge d’Algérie, probablement dernier vestige d’un Président désormais « déchu » qui a le bonheur de nous faire penser à un bien beau printemps, finalement. Mais ce goût de vieux bordeaux pourri, alors, là, BEURK

Ca me rappelle une petite à Alger...
Quoi, le côté Vieille Copine ?
Deuxième exemple de vrai humour, c’est notre Philippe, toujours à la recherche d’une bonne facétie, qui nous sert son jus de treille dans un « Pot de Vin » 100% garanti pot de vin… et il est vrai qu’au pays des Belges, on sait ce que cela veut dire….

Laissons à ce pot, son premier rôle, donc, celui d’ « arroser » nos gosiers… Le hic, c’est que l’Aloxe-Corton 1996 du Domaine Denis qui fais office de liquide contenu souffre de cette dureté trop rencontrée sur les rouges lors de nos dernières dégustations hivernales. Acide, poussiéreux, sanguinolant… bref, un vin de gladiateur…

Plus de fruit mais toujours trop de dureté sur l’amusante et rock’n’roll cuvée « BX for Ever », Vin de France 2010 du Domaine La Sorga, un pet nat d’Anthony Tortul, jeune talent en Roussillon.

Si le vin s’avère loin du sommet de sa forme espérée, on imagine que son généreux donateur du soir a vu dans la contre-étiquette un quelconque message politique… à vous de juger, hein !

Sauf que ceux qui sont en mal d’idées pour les VDvs…. Voilà un thème salon de l’auto qui s’impose…
Il reste à causer de deux cuvées restantes, la première, le Côtes du Rhône Rouge « Mistral » 2010 du Domaine Rouge Bleu beaucoup trop jeune, la seconde, le Côtes du Roussillon « Grand Red » 2008 des Mas Baux tout simplement pas terrible, les deux bien trop « dures » pour la saison, malgré la table bien fournie….

No comment, enfin, si… je vous invite à trouver le lien avec la politique… là, c’esty plus du second mais bien du troisième degré !

Un très chouette final, toute fois avec une cuvée »OFF très Jean-François Basin, soudainement ressuscité de son lendemain de la veille aux parfums de Brigittines (à ne pas confondre avec Bridget, la petite photographe).
Cette cuvée, c’est le Brouilly 2008 de M’sieur Noun Descombes qui a su nous rappeler qu’un vin rouge peut être souple, généreux et fruité, même quand d’autre se plantent pour une lune mal placée ou que sais-je… Ca… c’est BON ! (purée)

That’s all folks pour cette fois-çi, même si 4 hurluberlus ont trouvé le moyen de quelques ders pour la route au bienséant Moeder Lambic, temple bruxellois de la vraie bière… Vous avez dit Cantillon ? Y en avait…
Donc, on pense bien, nous ici, à Bruxelles, que ce nouveau petit délire fera mentir les esprits chagrins qui ont préféré remettre dans l’urne de ces VDVs une feuille blanche plutôt que de gratter un peu un sol qui ne demandait que de nous fournir des parfums électoraux. Avait-on besoin d’un scrutin, pour autant, non certes, au troisième tour, un seul candidat ramasse 100% des voix, c’est l’autoproclamé Président « Antonin Vindicateur » et s’il faut accepter un jour un totalitarisme, pourvu que ce soit le sien, celui des quilles pleines de glou qui coulent à flot…
Gardez en tête ce slogan :
VOTEZ ROUGE OU VOTEZ BLANC MAIS VOTEZ DANS LE GLOU
Là-dessus… Français, Françaises et tous les autres, assimilés ou non par Narine,

« Au Revoir ! »
20 février 2012
Levurons avec Léon
Levurons avec Léon....
ou
"In vitro veritas"
Dans son article « La supériorité des levures indigènes : un fantasme de naturistes ? », David Cobbold veut nous démontrer, non sans brio, qu’il n’en est probablement rien, particulièrement en terme de garde et d’aspect sanitaire des vins.
Bien évidemment, vu sous cette optique, peu de gens auront la raison scientifique de lui donner tort. Mais de là, à associer au « naturisme » des vins et aux modes qui l’entourent, la pratique de l’ensemencement indigène, à le rendre par une démonstration scientifique presque suspicieux, il y a quand même des raccourcis qui me sont difficiles à lire.
Le premier raccourci est de donner à ceux qui préfèrent l’ensemencement naturel l’image de frénétiques intolérants qui affirment avec certainement tous autant d’excès que le traitement médicamenteux des cancers est une aberration par rapport à la force de la pensée et de la non-intervention.
En fait, à part certaines minorités pour lesquelles je respecte leurs convictions sans pour autant les approuver, personne, je pense, n’a jamais prétendu que les levures indigènes étaient « meilleures » que les levures sélectionnées, particulièrement en termes de performance, de salubrité et même de potentiel de garde.
Hors, j’ai beau lire et relire votre article, Monsieur Cobbold, je ne parviens à y voir qu’une forme de sectarisation dans le choix de ses levurages, surtout quand vous associez à une pratique séculaire, récemment rendue modifiable, contrôlable, par l’avènement des biotechnologies, un phénomène de « mode » dont il y aurait lieu de se méfier, ce qui me paraît, en fait, un comble.
Le second raccourci, lié au premier, est de vouloir dès lors montrer les utilisateurs de levures indigènes comme de têtus soixante-huitards doucement rêveurs, des naturistes intolérants face à cette désormais évidente qualité supérieure que représente l’usage de levures sélectionnées, en fait, à les montrer comme des gens bornés à rester figés dans leurs pratiques préhistoriques alors qu’en fait ils ne se réclament pas, par leurs pratiques, de la recherche du « meilleur » et de ce que tout ce que cela comporte dans notre société actuelle qui prône l’amélioration par l’aseptisation.
Imaginons même que vous pourriez avoir raison l’ombre de quelques instants, où donc nous mène votre raisonnement ?
Indéniablement, sous le couvert de faire meilleur à tous niveaux, votre choix ou du moins le choix que vous mettez en opposition au « naturisme » ne peut qu’accélérer la culture du vin « produit », nouvel emblème de la mondialisation victorieuse qui préfère un produit pasteurisé, fixé organoleptiquement, à une diversité toute terrienne voir même humaine.
Loin de moi de vous jeter la pierre de choisir la voie de l’industrialisation triomphante et de l’avènement de son enfant-produit, c’est votre liberté, et, visiblement, le choix de nombreuses personnes dans ce monde. Mais soyez aimable de ne pas diaboliser pour autant ceux qui ont fait le choix de la diversité, de la variabilité lié au naturel en les montrant comme des utilisateurs d’un produit inférieur.
A vrai dire, derrière votre article, aussi bien documenté scientifiquement soit-il, se pose le choix entre le fait pour moi d’ouvrir une Jupiler, produit hautement contrôlé et stabilisé, à une gueuze Cantillon, dont je sais pertinemment bien qu’elle différera d’un brassin à l’autre, voire d’une bouteille à l’autre, mais qui me donnera une émotion bien plus humaine que celle que me procurera la dégustation séquentielle de différentes Pils industrielles ou de sodas que je ne nommerai pas.
Prétendre, en voulant prendre le contre-pied de ceux qui défendent le naturel avec acharnement, que l’industriel est « meilleur », n’a rien de qualitativement humain, car vous savez tout aussi bien que moi que c’est de la diversité que survit la richesse de la vie.
14 février 2012
Les Brigittines, Ze world of Dirk Miny
It’s a very small world... the one of Dirk Miny !
Pourquoi, il dit cela, le Monsieur ?
Dirk Miny, c’est un ketje du Pajottenland, enfin, c’est comme cela qu’on dit par ici, cela veut dire un truc du genre « un gars qui a passé sa jeunesse dans une région très plate et très verdoyante au Nord de Bruxelles, autrement dit, à la campagne, en Flandre » .
Pourquoi donc m’attacher à vous dire cela ? Parce que le détail à son importance : élevé « culinairement » par sa grand-mère, un cordon bleu qui n’acceptait que les produits « du jardin », il n’est pas étonnant que le jeune Dirk s’est logiquement pris de passion pour les vrais produits de terroirs, ceux qui ont encore un « goût » et que ce terroir qu’il glorifie aujourd’hui dans ses installations, c’est celui de Bruxelles et du Brabant.

Il n’y a donc rien d’étonnant non plus que dès qu’il a l’occasion de reprendre « Les Brigittines » à la naissance des années nonante, sa carte sera toute tracée en ces mots : simplicité, générosité, goût, terroir. Cette recette paraît évidente à beaucoup, mais elle est rarement aussi aboutie que dans cette superbe maison de la Place de la Chapelle, dont son propriétaire a voulu aussi conserver le charme désuet du décor « Art Nouveau », ce qui a comme conséquence première de nous plonger dans cette ambiance bruxelloise que Brel nous a si bien chanté quand il parlait de son grand-père.

Toujours rien d’étonnant non plus que les sirènes des établissements Cantillon, à la gueuze bio et à la fermentation spontanée désormais mondialement connue, aient hypnotisé de leur chants l’oiseau Miny en quête permanente de produits locaux. Il serait ici un peu simplet de partir dans une allégorie à la Cantillon, tout le monde sachant que les mêmes sirènes m’ont aussi largement éblouies… Je dirais juste à celui qui a envie dans savoir plus que ce genre de bière : elle existait il y a 3000 ans, elle existera probablement encore dans 3000 ans, parce qu’elle est la finalité d’un travail intemporel et résolument humain.
Donc, pour toujours suivre le raisonnement, vous comprendrez que Dirk n’a pas tardé à mettre la Cantillon à l’honneur dans ses recettes, à commencer par ses incontournables joues de veau braisées dans la Kriek Cantillon, ses croquettes aux « vraies » crevettes et à la Gueuze, j’en passe et des meilleures.
Ne croyez toutefois pas que Dirk fasse de cette bière une obsession telle que l’imposer comme unique breuvage…. Bien sûr que non, parce qu’en sus de son lien profond aux produits régionaux et artisanaux, le patron des lieux à une furieuse passion pour les vins à forte conation bio, voire nature, ces « naked » wines qu’il prend un plaisir sans bornes à aller chercher lui-même dans le vignoble…
De cette passion des vins est née, entre autres, une des recettes phare des lieux, le « pied de porc en mémoire de Saint-Chinian », désormais objet du désir de tous les gastronomes bruxellois et d’ailleurs.
Mais dans les goûts du bonhomme, ce qui devait achever de nous rapprocher lui et moi (si ce n’est que je suis incapable de tenir une casserole), c’est que de toutes les régions viticoles, celles que Môssieu préfère, c’est l’Alsace, l’Alsace des Frick, des Binner, des Schueller et de Patrick Meyer.
Ne vous étonnez donc pas, si laissant au sommelier le choix des quilles, vous vous retrouviez avec un riesling de Kreydenweiss ou un de ces rares et fameux Pinot Noirs du Patrick précité…
Bref, pas loin du paradis sur terre… cet endroit. A tel point que des Ostertag ou des Deiss n’hésitent pas un instant quand à citer les « Brigittines » comme la « place to be » à table, à Bruxelles.
Jusqu’à ce point, pas vraiment grand-chose dans mes propos, d’autres comme René Sepul s’en sont chargés avant moi, avec brio, enfin, du moins, jusqu’à en arriver au but final de cet article, soit, l’énoncé d’une recette qui résume tout ce qui a été dit jusqu’ici, d’une recette créé il y a maintenant plus d’un an pour réjouir nos palais frigorifiés par les durs frimas de l’hiver : la choucroute bruxelloise des Brigittines.
Si la base reste aux choux et donc à l’Alsace, Ce qui va « autour » est bien plus profondément de chez « nous ».
Commençons par le socle, fait d’une généreuse tranche de bloempanch, charcuterie brevetée bruxelloise et honorée d’une guilde rien que pour elle, préparée comme du boudin noir et liée avec du sarrasin et de généreux morceaux de lard gras qui rappellent le Colonnata. Ennemi par excellence des mannequins modernes, la chose se caractérise en plus de son postulat calorique, par une belle saveur bien sucrée. Sur cette assise vient se lover le choux qui a eu soin de frémir dans la gueuze Cantillon et que viennent rejoindre des morceaux de saucisses sèches locales ainsi que des bulots, ces derniers assurant au plat un superbe caractère terre-mer. Au moment du service, la « final touch » consistera à napper l’ensemble de la toujours incontournable gueuze Cantillon.
Le résultat est irrésistible, le côté gourmand absolu provenant d’un mariage parfait entre l’amertume de la bière et des bulots avec la générosité du bloempanch…
Et avec cela, qu’est-ce que vous boirez ? De la Cantillon, pardi, ou des vins d’Alsace, plutôt sylvaner ou riesling, question d’apporter encore une pointe d’acidité vivifiante.
Bref, oui, tout cet article pour glorifier un plat,… j’en ai bien peur ! Mais pas n’importe quel plat, un véritable emblème de la géniale cuisine de Dirk Miny, incontournable, non peut-être !
Et cela fait un bout de temps que j’avais envie de m’étendre sur les Brigittines et la cuisine de son patron ; cette choucroute bruxelloise qui résume finalement aussi toutes mes passions culinaires en a été la meilleure occasion… a very small world, definitely !

Dirktje, met veel bedankt joeng…
Les Brigittines
5, place de la Chapelle
1000 Bruxelles
T : 00 32 2 512 69 57
www.lesbrigittines.com
Ouvert de 12 h à 14 h 30 et de 19 h à 22 h, fermé samedi midi, dimanche et jours fériés.
27 janvier 2012
VDVs 42 : voyage, voyage
présentent

Vendredis du Vin # 42:
Voyage, Voyage !
La Belgique, ce lointain pays aqueux (coucou) et houblonneux, situé derrière un mur d’eau appelé le « Nord » …
La Belgique ou traverser le pays du Sud au Nord prend souvent moins de temps que faire le tour de Paris…
La Belgique, enfin, où l’on trouve bien plus d’œnophiles que de pharmacies et d’églises réunies…
Pas étonnant que pour tous les glouglouteurs du petit royaume, pas toujours gouverné, le fait de franchir cette barrière du « Nord » pour rassasier leur insatiable soif de jus fasse systématiquement figure de joyeuse expédition voire de quête d’un Eldorado lointain, oui, lointain, puisque les proches « Alsace et Champagne » sont bien plus loin situées que la précitée transversale du pays, au-delà des chutes d’eau céleste.
Et donc, quand à l’invitation du très jeune et Morgonesque Président des Vendredis du Vin, à l’aube de cet an 2012 déjà plus si neuf que ça, quand Monsieur Guillaume Nicolas-Brion, donc, nous invite au « Voyage » dans son programme électoral, il ne devra pas s’étonner, de même que ses concitoyens hexagonaux, que les Belges en question n’aillent pas chercher en Corée du Nord ce qu’ils considèrent dans leurs raids en France comme un vrai voyage aux effluves de rêve (et le reste).

Il y avait lieu de préciser cela pour éviter plus loin des remarques du genre (avec l’accent) : « Mais, mais, une fois, des vins de Loire, d’Alsace, ça est quand même pas des vins de voyage, une fois, hein ! »
Et bien, Si, cher Président au Gamay Flamboyant, Si, et j’en ai bien peur, on parlera aussi de vins hexagonaux dans cette nouvelle aventure de la joyeuse troupe des « Vendredis du Vin Brusseleirs», lâchée à nouveau dans l’abîme du Serial Quilling tel un « Lâcher de Salopes » qui n’auraient vu de marins pendant 10 ans.
Pour l’occasion, notre Jean-François d’hôte habituel ayant décidé de faire fi de notre ripaille mensuelle pour ressourcer à coup de bulles dans l’eau (de la piscine) son petit corps meurtri par les tanins , l’espace de « juste 4 jours sur l’année »… pour l’occasion, donc, la réunion « qui fait peur » se tenait au lieu-dit « derrière la pharmacie », « climat » qui est au débouchage en série ce que DSK est à la découverte du corps féminin, autrement dit, ce que les saucisses sont évidemment à Francfort.
Avaient répondu positivement à l’appel du glou : Mamzelle Héloïse, Mamzelle Graziella, Mamzelle Brigitte, toutes trois bien enjouées, ainsi que ces Messieurs pas très tranquilles, le jeune Jef (dont je vous invite à observer la progression de la dégustation plus bas), Philippe (plus trublion que jamais), Bruno (toujours en quête de Rock et de Rhône), Fabrice (l’Europe-trotter du groupe), Fredon (plus bayonnais que jamais) et votre serviteur.
Comme nous parlons justement de « haute » gastronomie porcine, est-il encore utile de signaler que les Galettes des Rois qui clôturèrent cette réunion durent faire l’objet d’un véritable gavage, tant la table fourmillait d’effluves iodées et salées…. ?
Vraiment tout ceci n’est-il pas exagéré… non peut-être ? A en croire la tradition orale, il paraît même qu’un certain Jambon de Bayonne, horrifié par l’épaisseur de son futur voisinage, décida, dans une crise d’agoraphobie aigüe de se suicider dans un caniveau désormais de sinistre mémoire.

Mais fi de cette introduction qui n’a jamais eu pour but que de mener à mon blog la requête « DSK mange des saucisses à Bayonne devant un mur de salopes agoraphobes » fi de cette introduction pour aller au vif du sujet, soit le commentaire des quelques bouteilles éparses que mes compagnons et moi-même avons ouvert en cette nuit du 6 janvier pour célébrer le roi Guillaume Nicolas-Brion, réputé globe-trotter des Vendredis du Vin qu’il honore par sa présidence de Janvier après une véritable traversée du désert de notre secrétaire à vie, Iris, pour y parvenir.
Forts de toutes ces observations, la règle du jour fût donc, pour nous, de ne pas apporter de vins belges et surtout de tenter de se limiter à des vins récoltés lors de voyages oenotouristiques, donc à même chez le vigneron, du moins autant vraiment que possible.
Tout commença par une « confuse » comme dit Monsieur Preskovitch…
Pour écouter cliquez ici
J’avais prévu une bulle pour entamer les débats, une bulle assez tendue même, genre crémant d’Alsace absolument non dosé, si vous me suivez, et je fus fort marri de goûter un breuvage où un panier « Pomme-Poire » avec un peu de résiduel faisait l’essentiel du débat au nez, alors qu’à cette besace normande, venait s’ajouter des fraises Tagada à la bouche.
Oh, ne lisez pas de travers, c’est pas que c’était pas bon, au contraire, il y avait une vraie tension rafraichissante dans ce « vin » alliée à une superbe buvabilité… mais quand même, ces « poires sirupeuses » dans un crémant d’Alsace qui, à l’époque de l’achat m’avait presque fait peur (oui, Madame, peur !) tellement c’était tendu… euh, j’étais même plus déconfit que marri…
En fait, à la place de la dite bouteille d’Alsace, j’avais amené sur la table, un Poiré Authentique 2010 de Bordelet que notre jeune et nouvelle recrue, Jef, avait judicieusement apportée pour accompagner les Galettes précitées. Il s’agissait donc même d’un excellent Poiré et du coup, même si j’étais un peu gêné d’avoir tué cette bouteille, j’étais un peu rassuré sur mon achat alsacien.
Venons-en donc à ce Crémant d’Alsace de chez Klur… Non dosé, il m’avait séduit sur place par sa tension, sa netteté alors que le reste de la gamme m’avait paru discutable. Le deuxième point de séduction, c’est que l’oiseau était annoncé sans soufre, ce qui titillait forcément ma curiosité.

Le problème, c’est qu’en dégustation, si le côté « sec » et la tension très nature n’avaient pas changé d’un iota, il faut reconnaître que derrière le « Poiré », l’effet de séquence était redoutable, un peu comme si vous descendiez un Jasnières à 0 gr de SR derrière un Muscat très liquoreux du Mas Amiel… si vous me suivez… Bonjour les gencives ! D’autant que comme les bulles étaient profuses… mais énormes, l’effet « Oral B turbo à balayage multiple » était assuré. Comme avec un peu de patience, cela avait tendance à s’arrondir, on va dire « A revoir ».
D’Alsace, filons à travers la Suisse pour plonger en Vénétie avec ce Soave « Vigne di Mezzane » 2010 du Corte Sant’Alda (70% Garganega, 30% Trebbiano di Soave)d’une belle robe jaune dorée qui séduit d’emblée au nez par un nez vif et complexe alors que la bouche s’avère très fine avec une belle fraicheur qui accompagne un gras subtil, un vin tout en dentelle qui révèle de plus une belle amertume en finale.

Superbe vin qui pour l’occasion reçoit 3 chaussettes et une famille de raton-laveurs de notre jury (voir les VDVs BXL fêtent Nawel).
Légère marche arrière, ensuite, le temps de longer quelques lacs, traverser moultes tunnels pour revenir en Helvétie et y rester ce coup-ci, du moins le temps d’un vin. Et ces derniers mois, chez les VDVs Bruxellois, qui dit Suisse, dit Paul Henri Soler, un vigneron auteur de pépites découvert par notre vigneron de pote, Fabrice d’Ormiale.

L'effet "Ormiale"
Et ce Trinité ne déroge pas à la règle au contraire : issu d’un assemblage gewürztraminer, de chardonnay et de chasselas sur trois millésimes, ce vin à la robe jaune-vert propose un nez puissant sur l’amande mais surtout sur le floral avec une inouïe dominante de lys, totalement magnifique (sauf évidemment pour ceux qui n’aiment pas le lys).

En bouche, c’est gras, sec et délicat à la fois, toujours sur le lys, aussi, et puis c’est long à mourir. Quelque chose me dit que je ne vais pas tarder à vous bassiner un de ces jours avec ce domaine sur mon blog… En tous cas, ce soir, c’était 3 chaussettes cousues de fil d’or avec palmes.
Bon allez, retour en France, pour un bout de temps… Ça frise même le rattachement, obsession de pas mal de comiques du royaume des belges, ces derniers mois. Il est certain que comme d’aucuns néoministres désirent nous abaisser l’éthanol sanguin à 0,2 gr, on risque d’assister dans les prochaines années à un important flux migratoire Nord-Sud… au-delà du mur d’eau… Par contre, question rattachement, pas sûr, dès lors, qu’on veuille de nous (déjà que comme ça, bof), sauf évidemment, comme chauffeurs, des BOBs comme on dit ici…
Moi, ce que j’en dis, c’est que s’il a fallu attendre un an et demi pour venir nous emm… avec de pareilles idées à la con, on aurait encore pu rester 10 ans sans gouvernement… On finira, comme en Suède, à avoir peur de se mettre de l’After Shave, non mais…
Pour fêter ce retour hexagonal, on commence la « série » avec un Saint Véran de Pur 2009, alias Mister Cyril Alonso issu de chardonnays de chez Valette. La robe est bien dorée, le nez est, quant à lui, puissant assez solaire, avec des notes fumées et grillées qui accompagnent un beurré plus traditionnel. J’avoue que cela donne assez soif.

En bouche, si le côté solaire se marque encore un peu plus avec des épices, un gras limite alcooleux et une acidité un poil en retrait, le vin reste superbement buvable, avec un beau glou bien épicé ! Un troupeau de gazelles en récompense et un énorme merci à Lizzy Mercier- Descloux pour l’avoir enfin retrouvé, le troupeau…
Pour écouter cliquez ici
Bon avant de retourner en Alsace (on se demande vraiment pourquoi…), un bref détour par la Loire avec le Touraine Blanc « Le Brin de Chèvre » 2003 du Clos Tue-Bœuf, alias les Puzelat-Bonhomme Boys.
La robe est nette, jaune-vert, le nez est lui, un peu moins net avec des côtés cave humide et une aromatique entre végétal et miel.

En bouche, c’est plus précis avec une belle tension apportée par le chenin et qui permet au vin de ne pas se faire bouffer par la solarité du millésime. Résultat si c’est gras et bien mûr, cela n’en demeure pas moins sec, et comme la longueur est pas mal du tout, que demande donc le peuple ? Allez, trois chaussettes, facile !
Comme promis, et logiquement, puisque, pour rappel, on se situe au lieu-dit « derrière la pharmacie », on va aller un tout petit peu en Alsace, le temps de 3 vins. En dehors de célébrer le culte du monomane local, il y a quand même une logique à s’attarder sur cette région, quand on aime les voyages et qu’on habite au royaume des averses au-delà du mur d’eau.
En fait, c’est très dur pour nous, de l’éviter l’Alsace, quand on va en Suisse, en Italie, voire même en Allemagne ou dans pas mal de régions de France… et souvent, au lieu de simplement passer, on y reste un soir… ou plus… on s’y attache, un jour même, on décide de ne plus aller ailleurs… ou presque. C’est un peu normal aussi quand on voit la dimension de l’accueil dans cette région… Donc, bref, ça colle vachement bien avec la thématique du Président Guillaume, parce qu’en plus, même si ça n’a pas l’odeur des marchés coréens, faut quand même reconnaître que pour un gars du Nord, adopté, certes, mais du Nord quand même, c’est drôlement dépaysant les Haut et Bas-Rhin… déjà, il pleut pas… ou presque.
Donc,…
… Le premier de ces Messieurs est le Riesling Fronholz 2007 d’André Ostertag. Et là, déjà, on va me taxer de subjectivité, mais purée, qu’est-ce que c’est bon ! Le nez est une merveille de complexité avec des notes d’agrumes, d’anis, des fruits plus exotiques comme de l’ananas, du menthol, aussi, sans la moindre impression de surmaturité ou de douceur. La bouche, elle, est cristalline, droite, fraiche, croquante d’une part avec à nouveau cet ananas et d’autre part, profonde, minérale fine.

La longueur est au diapason de mes délires… c’est vraiment un tout grand vin, pas un des « collègues » présents ne me démentira ! Il va falloir en coudre des chaussettes sur ce coup-là !
Au royaume des superlatifs, on risque de ne pas s’ennuyer avec la bouteille suivante, soit le Riesling Grand Cru Kastelberg 2008 du Domaine Kreydenweiss, avec l’ami Antoine aux consoles. Déjà fort apprécié lors de précédentes dégustations, il semble qu’il fallait un peu l’attendre, le laisser reposer pour atteindre ceci : un diamant de minéralité. Faire un grand vin sur un terroir comme les schistes du Kastelberg, c’est pas trop difficile, mais quand on y ajoute du génie, que l’on laisse totalement le raisin parler, en minimisant à l’absolu les artifices de vinification, on obtient ce pur jus de pierre. C’est vrai que le nez est un poil fermé, assez floral avec des notes de beurre, mais déjà là, à l’agitation, on perçoit un plein de silex mouillé. Et en bouche, accompagné par la tension splendide, c’est monumental de pureté saline… un, peut-être « le » modèle du genre. Quant à la longueur, indescriptible !!!

C’est peut-être le meilleur riesling que j’ai bu de ma vie, en tous cas c’est celui où la minéralité m’a le plus ému. Comment ce vin alors qu’il fut porté aux nues par Thierry Meyer dans le guide B&D a pu faire l’objet d’un véritable assassinat par un aussi renommé dégustateur que Michel Bettane, six mois après, c’est pour moi une aussi grande énigme que de savoir ce qu’il y a derrière le Big Bang. Je vais encore me faire des amis, certes….
Au fait, sur les 8 bouches pantelantes d’admiration qui m’entouraient, pas un, n’a trouvé le moindre défaut, pas un n’y a trouvé le moindre atome de note oxydative, même si, j’en vois venir, beaucoup d’entre nous n’en seraient pas perturbés pour autant.
Après cela, tout risque de sembler difficile, et pourtant, c’est une troisième de mes bouteilles favorites qui arrive sur notre table sous sa chaussette aveuglante, le Riesling Grand Cru Muenchberg « Nature » 2004 du Domaine Julien Meyer, le jardin de Patrick Meyer. La robe est ici bien plus évoluée, le nez, lui est assez fermé, aussi, sans traces d’oxydations relevantes, plutôt sur le miel. La bouche est superbe, dominée, tendue littéralement par l’acidité qui vient dompter une certaine opulence aromatique étonnante pour le millésime. Le minéral paraît par contre en retrait, mais n’est-ce pas logique derrière le « monstre » précédent.

Ce qui est incontournable c’est que cette richesse tenue par l’acidité en fait, surtout sur la finale, un vin d’une superbe buvabilité, précisément, ce que recherche inlassablement son géniteur. Le retour des chaussettes volantes et pas un peu !

Scène dite des "Chaussettes Volantes"
Pendant que Bridget fint langoureusement son verre,
L'alsacomaniaque scrute le plafond où dansent les chaussettes sauvages
Pour le dernier blanc, on pourra pas au siège de la présidence des VDVs nous taxer d’avoir fait dans le petit zizi au niveau distance puisqu’on prend la direction du pays des Hobbits, de Gandalf et du reste de la bande de joyeux comiques qui le temps d’un tournage ont pu jouir des merveilleux paysages de la Nouvelle-Zélande. Ce pays, c’est un peu quand même comme la France, il a tout, sauf que c’est une île… Et c’est de là que provient donc ce Chenin blanc « Te Arai »« 2008 de chez Millton Vineyard, Gisborne 2008.

Plus doré que prévu à la robe, le vin peine un peu à s’exprimer au nez avant de balancer entre côtés amande et floraux. Après pas mal d’aération, les notes de sauvignon s’imposent un peu plus. La bouche est ample, pleine de matière, assez élancée par une tension plus lactique que citrique. Si la longueur n’est pas kilométrique, le vin n’en est pas moins plaisant, très velouté, en fait. Allez, trois belles chaussettes pour finir cette superbe série de blancs.
Je dis superbe, parce qu’ensuite, ça va plonger… on en reparle dans quelques instants, juste le temps de s’attarder au Bellet 2008 du Domaine de la Source (assemblage de Folle Noire et de Grenache), question de revenir en hémisphère Nord aussi vite qu’on en était parti. Si il n’y a avait pas totalement unanimité, j’ai clairement fait partie de ceux qui aimaient beaucoup ce vin. La robe paraissait déjà un peu avancée, le nez aussi, mais tout en complexité derrière ses notes sudistes et finement boisées, avec un côté sanguin épatant. En bouche, l’équilibre entre la fraicheur, le fruit et les tanins fins est très beau, surtout sur une belle longueur. Deux chaussettes sans trou et sans façons.
Et puis il y eu comme un vent du Nord… inexplicable, d’autant plus que c’est la seconde fois que cela arrive en 2 semaines où les hasards du calendrier nous ont fait nous réunir, le trou, The Hole, aussi Black que les rouges qui suivirent. La première salve de 4 quilles fut un véritable concours de sécheresse, de tanins durs et de nez flous, le pire étant atteint par le Patrimonio 2005 d’Antoine Arena, totalement RIP… les trois autres, avaient pourtant aussi tout pour plaire : Le Mas de Mon Père « Partez pour le Rêve » 2007, le Saint-Joseph 2009 de Monier Perréol (quoique qu’un peu de fruit était présent, ici) et, énorme surprise, le Brunello di Montalcino 2006 du domaine Campi di Fonterenza, mon énorme coup de cœur de l’été made in Padovani Sisters, pourtant carafé 8 heures à 14°C… Inexplicable donc… Fussent nos palais qui étaient fatigués, trop de blancs nuisent-ils au rouges, était-ce un jour racine, encore un, était-ce l’humidité de cet hiver à la belge (10°C et des murs d’eau), j’avoue qu’on en a tous perdu notre latin et bien plus encore. En tous cas vu la diversité des vins et la qualité des producteurs incriminés, difficile de jeter bêtement le haro sur ces bouteilles.

Bref,
On s’interroge....
Je plonge dans la Cave
Je remonte un Sylvaner V/V 2007 d’André Ostertag
Je sers en vitesse
Tout le monde adore
C’est bon,
Juteux
Frais,
Tendu
Damned
Le rouge est mis
Enfin,
Pas vraiment,
Pas du tout même
Bref,
On repart sur les rouges
Une bombe,
Normalement
Le Château le Puy « Barthelemy » Côtes de Francs 2008
De l’humus
De la tension,
De la matière,
Mais…
Trop serré,
Trop acide,
Bref, ZE cata…. Pour une quille à plus de 60 euros
Une dernière vérification pour la route avec une bouteille qui il y a 15 jours, entre deux homards, m’avait tué, le Saint-Chinian « Engoulevent » 2006 de Msieur Pelletier… ben là, complètement passé à travers, indescriptible… au secours ! C’est quoi ce beans… ???
Donc, voici un message de 8 terriens en détresse surtout… si quelqu’un a la moindre tentative d’explication…
Même le Regnié V/V 2009 du « Noun » Descombes, sorti de cave dans un dernier râle, avait laissé son fruit quelque part sur le chemin… M’enfin….
Bon, allez, retour aux affaires, on était, pour rappel, le 6 janvier, et puis Fannie…. Donc il fallait élire notre roi et notre reine du jour à l’aide de deux galettes fort appétissantes qui ne demandaient qu’à être dévoré sans toutefois croquer la fève. Le roi, ce fut vite fait, c’est MOI, n’en déplaise à Yul. Les autres, y zont triché, c’est sûr… bon, j’ai l’air malin avec cette couronne sur ma tête. Heureusement, vu la grôôôsse tricherie, pas nécessaire de trop croquer dans la galette, j’échappe à l’indigestion…
Reste l’autre tarte, la deuxième, celle que les filles doivent maintenant se taper, toutes seules, pour trouver cette fichue fève… ouhaaa, dur, dur, pour elles, on a craint pour leur vie…. Heureusement les finaudes se sont lancées dans le forage, les coups de sonde… and the winner is, Bridget, notre petite photographe… Bon allez, une bonne chose de faite !

Au fait… Balthazar et ses potes, profession mage, classe, roi, d’infatigables globe-trotters, non ? Voyage quand tu nous tiens… Tout est écrit, Makhtoub !
Et puis, quand même, au « VDVs Bxl Une Fois », on reste des professionnels, on se rappelle que Dame Merceron s’est inquiétée de ce qu’il faut boire avec les tartes aux mages…
Le choix du jour, enfin du soir, de la profondeur de la nuit, surtout, s’est porté sur la production Bordelet, Sydre & Co, pas le Poiré 2010, celui-là, je l’avais niqué, non, deux productions 2003 respectivement Sydre Argelette et Poiré Authentique. Intéressante tentative parce que 2003, tout de même ça fait un bail…

Première constatation, les deux breuvages ont gardé de la fraicheur malgré l’âge et le millésime. Le Poiré, à la robe doré-roux bien nette s’avère un peu maigre fluet, mais c’est buvable. Le Sydre, plus trouble, est nettement plus structuré, son équilibre entre rondeur, fruit et fraicheur est étonnant ! Une très belle surprise qui vaut bien quelques chaussettes d’applaudissements….
Et avec les galettes, pas photo, le Sydre est gagnant lui aussi, parfait, même !
Evidemment avec un Poiré plus jeune…. Oui, je sais !

Philippe,
Chasseur de Chaussettes Sauvages
Ceci clôt cette nouvelle édition des Vendredis du Vin Brusseleir Une Fois sous le haut patronage de Guillaume Nicolas-Brion. Nous tenons à le remercier profondément, dans son invitation au voyage, de nous avoir permis un nouveau délire, agrémenté de 23 quilles, chose sur laquelle je tiens à insister puisque de mauvaises langues endormies par le Savagnin se sont apitoyées sur la prétendue mise au régimes de récentes dégustations alsaciennes dans les installations dite « derrière la pharmacie ».
Elles n’ont qu’à voir, les langues, maintenant, et elles vont encore en voir, parce que dans moins de 24 heures notre bande de dégustateurs dégénérés envoie une délégation de 7 personnes en Loire (certains susurrent même 10), avec des coffres bourrés de Cantillon.
Ça va chauffer moi , je vous dis… Pas inutile sous le château qu’on fasse bouillir la marmite !
Au fait, les « collègues », merci pour la très très grosse ambiance… le jeune Jef n’arrête plus de le dire en boucle, les Vendredis du Vin Brusseleirs, c’est quand même autre chose,…. Hein !

Les aventures de "Jef"
qui ne sera pas en Loire
et c'est bien dommage !
A propos,
Afin de faire taire certaines langues fourchues qui ne voient en moi qu’un organisateur d’évènement dégustatifs à tendance orgiaque, je tiens à produire cette photo d’un élève studieux, appliqué, que pas même cet élément perturbateur de Philippe n’arrive faire sourciller. Na !

26 janvier 2012
Pétrole, pétrole !
Pétrole, Pétrole
Mais non... Je ne vais pas encore vous parler de ceci :

We are Legion.
We do not forgive.
We do not forget.
Ni d'ailleurs de ceci :

Quoique... on brûle....
Bref (c'est à la mode, hein), bref, si ce n'est pas de riesling que je vais parler (normal, après Dirler-Cadé, Laurent Barth et Marc Tempé, mon ratelier mensuel marque des signes de faiblesse), bref, si je ne veux pas non plus m'étendre sur un arôme primaire de sous-maturité ou un arôme secondaire plus classieux et minéral, il faut quand même que je vous parle pétrole, pétrole... (copyright Dalida & Delon, 1980)
En tant que producteur, en plus... (chez ce type (moi), tout finit toujours à la pompe)
Tout cela parce que Monsieur Olif, sur son blog, a remonté mon arbre généalogique pour me trouver un ancêtre dans un sombre émirat que j'aurais quitté, au désespoir de mes proches, pour sombrer dans les délices de Bacchus, instituant mon camp de base en Alsace, pour l'ascension de la Suisse Bourbil en provenance du Platteland Brusseleir, ou, dans l'autre sens, de la Suisse Bourbil au Platteland Brusseleir. On remarquera que dans ce second sens, on descend, alors que sur la carte, on monte...
Etonnant non? ...
Car on descend en ville mais on monte à Paris, alors qu'on descend sur la Corse mais qu'on monte en bateau...
Il est tout aussi commun qu'on descend dans la cave, alors qu'il faut bien en remonter, cette ascension, bien souvent, se faisant plus chargée que la descente, alors que cette montée (la chargée), personne n'en cause dans les textes ni dans la tradition orale.
Il faut toutefois encore noter que la seconde descente dans la cave (et non sur la suisse ou en ville), est traditionnellement plus chargée que la première.
Et ce qui reste remarquable, finalement, c'est qu'après avoir monté une bouteille, on la descend !
Me voici donc... Emir du Bas-Rhin... et que pourrais-je nier donc de mes origines pétrolifères suite à une si splendide analyse, tant la Lexica Universalis Vitifera Grosjenensis, l'institution bibliographique de Monsieur Olif (c'est ici), a fait rougir de honte Hari Seldon qui vient, depuis sa récente parution, de donner sa démission à Isaac Asimov en ces termes : "Si tu veux une encyclopédie galactique, t'as qu'à aller voir en Jura"
Bref, plutôt que de me voir étrillé entre Charybde et Scylla, me voici piégé pour l'éternité du web glouphile entre un certain MB qui présente bien (si, si, MB presents..., j'ai osé) et un plus que vénérable terroir à grands vins, qu'un certain Guillaume Nicolas-Brion encense sur son blog Morgonesque.
De l'essence à l'encens, il n'y a qu'un pas, de MB au Bojo, aussi, tout le monde sait ça, hein, non peut-être, bien que, dans cette dernière affirmation je me garde bien de voir du jus là où il n'y en a pas....
Bref, me voici, en quelque sorte, immortel....
























